L'ÉGLISE DE SAIKT DENIS
Là voix du temps répète à ma mémoire :
De ce temple sacré Porigine et la gloire :
C'était ici le champ où tu vins autrefois , Sensible Catulla , de Tapôtre gaulois Honorer le mart)rre, et, fille encor païenne ^ Recueillir le trésor d'une cendre chrétienne {}\ Notre foi recannait son bei^ceau dans ce lieu, ' Et l'église première, asile /lu vrai Dieu.
Jci fleurit Péoole où l'humaine sagesse , Des héritiers du trône instruisant la jeunesse , Ouvrait , pour l^ur tracer l'inconstance du sort, Les archives du temps et celles de la mort (•). Ici venaient nos rois expier les bâtâmes , Pleurer des nations les grandes funérailles, Et devant cet autel, où triomphait Denis, Hupiilier leur sceptre et la gloire des b*s.
Ici j'entends crier ces murs, ce sanctuaire, Ces caveaux dépeuplés, la prophétique chaire D'où le grand Bossuet, aigle de l'Étemel, Élevait àsl/S son vol la terre jusqu'au ciel. Sublime Bossuet ! aux éclats de ta foudre, Quand on croyait des rois voir tressaillir la poudre ,
(t) CatuIIa , dane gauloise , parrint à soustraire les dépouilles mortelles de saint Denis , et les inhuma dans son jardin^ où s'éloTa depuis Téglise consacrée à cet illustre martyr.
(a) Ijes rois , les princes et la noblesse du royaume confidrent aux xnôises de Saint-Denis le soin d'instruire leurs enfants , et de les former, dans leur cloître, à la crainte de Dieu.
£tde leurs descendants chanceler la grandeur, I L'avenir t'ouvrait-il sa noire profondeur ? T lisais-tu qu'un jour , plaintives , désolées , De ce temple disert leurs ombreyailées Demanderaient en vain à nos cœS|Pkis remords Le repos dont jouit le plus obscur des morts, [ Et que rimpiété , pour cantiques suprêmes , Chargerait leur tombeau de haine et de blasphèmes?
Très EU IL.
OLGARD,
ov LA FONTE DES NEIGES.
Le jour commençait à baisser^ un voyageur se trouvait égaré dans sa route y au milieu des neiges de la Suisse. Son ame inquiète osait encore dans * ^
ces affreux moments s'ouvric à Tespôir, pensant qu'il reiltontrerait avant peu un petit bourg dans *
!orm*»i îl T^rtfirrnît sc remettre de fs» l*'f:Tî?;î-
Pressé par la nuit qui s'accroissait insensiblement, il redouble sa marche , d'un côté frémissant du danger qu'il court , et de l'autre espérant en la Provi- ^ dence^ qui rarement abandonne le malheureux. Une heure se passe en recherches inutiles. Olgard ( c'est ^ ' ainsi que se nomme le Voyageur) ne découvre au- | tour de lui' aucune habitation, aucun abri tutélaire contre les rigueurs du froid et de la nuit-!...
Les étoiles brillaient déjà, et les feux de la lune, j
qui se réfléchissaient dans le miroir des' neiges, éclairaient ses pas incertains; le souffle aigu du vent interrompait seul le silence qui régnait. Olgard ne sait de quel côté il va se diriger ; pas un arbre sur lequel il puisse se reposer ne se présente à sa vue. Plus il avance^ plus la hauteur des glaces amonce-
( 9î ) lées semble lui pi^escrire de reculer. Dans cetH
affreuse position ,. que va-t-il devenir? L'œil fixe sur les deux, il ^^ire. O sort cruel ! dit-il^, me condamnes-tu dq|i||P^ mourir ici de froid et de fatî< gue?... J*ai quitte ma pairie pour juger par moimême de ces contrées lointaines; përirai-je donc victime de ma curiosité ^..» En disant ces mots, il cherche à ranimer \in reste de courage; il lutte contre les glaces qui s'opposent à ses efforts ; trcgp vain essai ! il se voit réduit à demeurer couché dans ce lit froid et affreux que la nature lui offre; et dans la dévorante inquiétude oja il se trouve, son ame livrée à toutes les horreurs du désespoir laisse échapper ces tristes pensées : Hélas! tout ici semble m'annoncer ma pçrie prochaine. J'ai perdu jusqu'am moindre rayon d'espoir. Qui viendra me délivrer de l'affreuse situation dans laquelle )e me trouve ? Quanil , }eune encore , emporté par la sot^ du désir de W»% connaître, j'abandonne me mère chérie et un père auquel j'espérai» un |our faire partager laes travaux et mes plaisirs , je me vois entouré , loin d'eux, des plus affreuses images de la mort. Imprudent^ }*ai signé moi-même l'arrêt qui me condamne; et quelle ame entendra mes plaintes inutiles? Les' cieux mêmes restent muets à mes larmes..., mes larmes ! sous le toit paternel elles eussent été essuyées par les mains de l'amitié : ici elles coulent sans témoins. O Dieux ! déjà je sens mes forces s'anéantir , le froid glace mes sens , la mort pénètre dans mon ame. O ma mère ! tu reposes en ce moment, le sommeil vient de fermer tes yeux , un songe heureux te berce , hélas ! et tu perds ton enfant. Adieu, si je meurs ^ reçois du moins mes derniers regrets !
(î)3) Ol^rd n'en peut dire davantage; il est privé du ïntiment par le froid qui l'accable, l^alheureuxl pu d'heures après il est auss^ priv.^ de la vie. Le ^demain , quelques montagnards le trouvèrent tendu, sans connaissance. Us le porl^èrent jusque laus leur babitation^ et, voyant qu'il n'existait plus^k lui rendirent les .derniers devoirs.
M''' CÉLESTE D
liA MOBT DU DUC D'ENGHIEN.
O paiNCE ! vous vivez en paix, occupé de cette religion. qui vous attire par l'élévation même de a doctrine; vous goûtez, après tant de fatigues. et . le traverser, un repos honorable , au milieu des lémoignages de cette tendre vénération qu'inspire toujours le héros malheureux. Mais que vous êtes oin de pressentir le coup qui vous menace , et qui doit porter dans votre ame un désespoir sans boroes ! Qoebfentot vous aurez besoin, plus que jamais , le tomes les consolations quela religion seule peut âonuer! Quelle épreuve cruelle vous était réserirée î quel nialheur impi;.évu ! <|uel tragique évè- Qement ! quelle catastrophe inouie ! Tout-à-coup un cri funèbre, parti des rives de la Seine,- retentit jusqu^e dans votre retraite et dans celle d'un fils qui va être encore bien plus à plaindre que vous. Je tremble de réveiller ici d'inconsolables douleurs. D'£nghien n'est plus ! £h quoi ! tant d'héroïsme et de bonté, tant de jeunesse et d'espérances se sont * donc évanouies comme un songe! If est mort comme meurent les héros chrétiens^ mais enfin il est mort ; il est mort sous la main lâchement meurtrière ! Périsse à jamais la nuit fatale qui cojivrit de son
ombre ce mystère de férocité ! Périsse le' jour qui vint révéler à la capitale le forfait de la nuit l La France tout entière en frémit d'indignation plus encore que d'épouvante. Ils furent pénétrés d'une horreur profonde ( je le dis à leur gloire ) , ces mêmes guerriers français dont le jeune prince avait été. l'ennemi, mais toujours l'ennemi généreux, et seulement sur le champ de bataille. La patrie en deuil crut voir précipiter dans la même tombe une race entière de héros. Leur gloire ne périra pas J nous le savons ) mais ce n'est pas assez pour nos cœur» ; il ne sera donc pas donné à nos neveux de voir comme nous les descendants de ce vainqueur de Rocroi , qui portait la victoire dans ses yeux. Hélas ! tout passe , tout s'éteint sous le soleil, les races des héros comme les races vulgaires. Chrétiens, que cela, du moins ^ nous avertisse de porter plus haut nos pensées , de rechercher ces biens que les hommes ne peuvent ravir , et de travailler à faire graver nos noms bien moins dans, les anpales du temps que dans celles de l'éternité.
L'abbé Frayssinous, oraison funèbre du prince de Condé.