LE CORMIXARD DU PAUVRE
Le corbillard du pauvre] oh! mon ÉHsa*^ quelle idée de misère et d'abandon ce simple mot n'exprime-t-il pas! Qui croirait que cette misère apparente cache un sentiment de sensibilité qui est rare parmi les riches, dont le luxe et le faste forment' les convois; Fin différence y préside, et les seules convenances réunissent une foule d'amis qui se croient quittes de tout envers le défunt lorsque dans une phrase dictée par l'usage ils ont fait un simple éloge de ccliy à qui ils avaient voué la plus sincère amitié. Le pauvre a peu dlamis, mais ils lui sept dévoués. J'ai été témoin, à ce sujet, d'fpe scène si touchante que je m'empresse de t'en faire part. Etant au Père La Chaise, j'aperçus un corbillard dont la simplicité m'annonça qu'il conduisait un malheureux dans ce lieu de repos. Son convoi était l'image de la mjsère; sa vie avait été inconnue, sa àtort l'était de même : les larmes de l'amitié ne devaient pas couler sur sa tombe, mais celles de la reconnaissance allaient inonder son cercueil. Un seul être avait partagé son sort , adouci ses maux : son chien , le seul compagnon de ses souffrances , suivait son corbillard ; la douleur était peinte dans tous ses mpu- . vements, tout était mort pour lui , son maître n'existait plus. Ils arrivent À J'encltoit où pour jamais ses affections vont être ensevelies; le corps est jeté dans la fosse; alors, ne pouvant douter de son malheur, il s'élance avec lui; en vain veut-on l'éloigner, il
(89) gratte avec violence cette terre qui renferme ce qu'il a de plus cher ; il se roule sur le cercueil ^ il pousse de douloureux hurlements ; épuisé par la douleur , il se couche à côté de son maître; il a été son gardien pendant sa #ie y il veut Tétre onrès sa mort : mais la nature ne peut soutenir ce violent chagrin; ses forces Tabandonnent^ il pose sa této sur le cercueil, et poussant ua faible et dernier soupir, il expire, en tournanl ses yeux vers celui dont la main bienfesante Ta nourri.
Oh ! mon amie , comment te rendre l'impression que cette scène fît sur moi? je crois qu'il est plus facile 4e le concevoir que de l'exprimer; émue et désirant perpétuer ce trait touchant, je résolus de lui faire élever un simple marbre blanc, sur lequel je ferais graver ces miots : *
Ici-bas , n^ajant aucun bieif ,
Il n'eut qu'un sevX ami., son chien.
M"' Clarisse Le N,
LES SOE^pS DE SAINTE CAMILLE.
Quel tribut offrir à vos bienfaits modestes y
O sœurs des malheureux ! 6 yous, filles' célestes Qui, vivant pour nous plaindre et pour nous seconrir, Savez souQVir sans faste et sans faste mourir ? Bravant et la fatigue et la peste homicide, Tera ces remparts lointains la chaiîté vous guide ^ Le courage est.encore un devoir à vos yeux , Et la mort n'est pour vous que la {lorte des cieux. A vos humbles vertus qu'importe cet hommage Que leur rend sans effort le cœur le plus sauvage? Au sommet de ces tours qui dominent sur nous, L'homme a placé la gloire^ elle est plus haut pour vous! Vous dédaignez l'éclat qu'un vain monde dispense j Si Diea bénit vos soins, c'est votre récompense.
Nous respectons vos lois; nos cœurs reconnaissants
Craindraient de vous offrir un fastueux encens.
Anges consolateurs, dont Tardeur peu commune
Évite les honneurs et cherche Tinfortune,
*Ah ! pour vos jours au moiny^ermettez-nous des vœux :
Ce n'est pas sans motif que tous tremblons pour eux;
Ce globe des vertus n*eat que dépositaire :
Le ciel toujours trop tdt vous reprend à la terre.
1 OUBRT.