‹ La couronne littéraireChapitre 55 sur 108 · L'INFORTUNE, LA VERTU ET L'HÉROÏSME · texte numérisé non relu

L'INFORTUNE, LA VERTU ET L'HÉROÏSME

Une enfant dont la raison et la sensibilité avaient é\.é avancées par 1^ malheur^ tombe du trône dans une prison; son père , dont elle ne pouvait ignorer les vertus , périt sur Téchafaiicl sans qu'on ose le lui caclier , dans la crainte de lui dérober une bénédiction que le ciel doit ratifier ;'sa mère, dont le courage lui servait d'exemple, et l'amour de consolation, est ' enlevée ^ ses yeux pour subir le même supplice; une seconde mère, son dernier soutien, modèle de piété et d'héroïsme, périt sur le même échafàad. Seule ^ ou plutôt à son tour chef de famille dans une prison qui renfermait encore un frère plus jeune qu'elle, elle s'en voit privée, et ne peiit ignorer la cause de sa mort. N'ayant connu de la vie que ce qu'elle a de plus amer, résignée à la rendre sans regret au Dieu qid la lui avai( donnée^ ne pouvant

entendre autoiif d'elle le inoiodre bruit , 'qu'elle Qe{)rît pour l'annonce de sa dernière heure ; elle apprend qu'on l'exile. Selon les lois éternelles de l^a Providence, quelles modifications un tel assemblage de malheurs aura-t-il produites sur le caractère de cette infortunée? Au-dessus de la vanité, elle en a connu le néant; au-dessus de l'orgueil , qui ne peut être à ses yeux qu'une faiblesse, c'est dans son ame qu'elle cherchera im refuge , et la fierté de cette ame deviendra plus puissante que l'injustice des hommes. Douce, parce que la nature l'a faite ainsi , simple dans ses goûts, soumise à tous ses devoirs, et sans efforts compatissante au malheur, confiante quand la franchise des sentiments qu'on lui montrera l'éloignera des souvenirs du passé; timide devant la malveillance , qu'une grande circonstance se présente , et cette femme étonnera le monde par son caurage, sans qu'il sott en ellç de croire qu'elle ait rien, fait d'extraordinaire. Ce qui nous surprenp, ce qui excite notre admiration^ n'est-il pas le résultat de l'éducation qu'elle a reçue du malheur dans son enfance? Peut-elle craindre la mort quand son ame est4bQue? N'est-ce psus de la mort qu'elle a reçu toutes les émotions qui ont fait battre son cœur et lui ont appris à connaître le néant de la vie ? Peutelle craindre le jugement des hommes^ et y atta^ cher le même prix ? Cette ame fière n'a-^elle pas été Qpnduite à ne reconnaître que Dieu pour juge?

FlÉvÉE.

(98) LE RÊVE DU BONî^R.

Le jour fuit loin de nous ^ la nuit le remplace et vient nous annoncer que l'heure du repos approche; chacun se dirige vers sa demeure , et va se livrer aa sommeil. Il prodigue ses douceurs à tous les mortels ( le coupable seul le méconnaît. Souvent, par un rêve enchanteur, on est consolé des tourments de la vie; le bonheur est votre partage : tout vous sourit. Le malheureux même sur son lit de misère se trouve quelquefois heureux; une douce illusion vient lui fiire oublier tous ses maux : il lui semble qu'il ne doit plus souffrir; il se voit entouré de secours, accablé de bienfaits; le riche, en lui apportant quelques dons , Tencourage , et semble lui dire : Console-toi, je te soulagerai. «Content, il veut presser dans ses bras des enfants qu'il chérit: mais, hélas! l'heure du réveil approche, son bonheur va s'évanouir, il. va^se trouver privé de tous les biens dpnt il s'était vu possesseur , l'inquiétude va bientôt remplacer la tranquillité dont il avait joui, ses enfants vont venir lui demander le pain que la pitié lui refuse : en vain il ira implorer celui qui pendant son sommeil semblait vouloir metd% fin à ses souffrances ; il est sourd à ses prières : il croyait être heureux pour toujours , mai» il n'a fait que rêver le bonheur. Il n'est pas le seul à plaindre : celui qui refuse de le secourir ne l'a jamais connu; son repos est troublé par la plainte de l'indigent qu'il a dédaigna. Heureux celui qui connaît la bienfesance, et qui sait par cette vertu adou<;ir les maux du malheureux! chaque bienfait le conduit aui[)onheur; il a choisi la route la plus sûre; son cœur , satisfait du bien qu'il fait, lui dit sans cesse qu'il l'a. trouvé.

El£onore de V.

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