‹ La couronne littéraireChapitre 61 sur 108 · LA JEUNE FILLE · texte numérisé non relu

LA JEUNE FILLE

Le soleil n'avait pas encore doré de ses rayons les coteaux de l'antique et délicieuse Helvétiejles vapeurs bienfesantes de la nuit brillaient sur l'herbe de la prairie; le feuillage du mobile peuplier n'avait point salué la nature ; tout était calme, et ce silence profond invitait à la méditation. Heureux ceux qui peuvent jouir de ce saint recueillement ! L'ame a besoin, pour s'interroger et pour s'épancher, qu'autour d'elle t«ut partage les douces éûiotions qu'elle éprouve dans la paix du matin.

Quelle est cette jeune fille assise aux rives du lac? Elle est pensive, ses yeux sont fixés sur une rose, dont les feuilles qu'elle a détachées suivent doucement le mouvement de l'onde.^ Gomme ses regards expriment la mélancolie ! Le chagrin paraît avoir terni le coloris de ses joues que les larmes ont creusées ! Elle a souri au moment où le lac recevait, sans les balancer, quelques débris de sa fleur bientôt réduite à la seule tige; elle a souri, mais avec effroi; ses lèvres ne sont peut-être pas accoutumées à servir d'interprète à la joie.

Le silence a cessé ; l'heure de la méditation s'est écoulée rapidement ; de frêles voix ont retenti dans les plaines; l'astre messager des bontés suprêmes dispense la chaleur à la terre, qui reprend son vêtement joyeux. Tout renaît, tout s'anime , tout sourit, et la jeune fille pleure... Mystérieux contraste! La joie du monde trouble ses sens... La clarté du

( 107 ) ^ soleil pour elle n'est pas un bienfait ^ son cœur craint de rencontrer un autre cœur.... Tout son bonheur, tout son espoir^ toute son existence semble attachée à la dernière feuille que ses doigts craintifs ont confiée au lac... Un vent léger s'est élevé , et les débris épars de sa rose sont emportés au loin. Ici la jeune fille a soupiré, et le bruissement des eaux ne m'a pas permis d'entendre les mots qu'elle a prononcés en s'éloignant.

Mon cœur s'est resserré. Je -la suis jusqu'au hameau prochain. Là , j'apprends qu'Emma est son ^ nom ; -qu'à peine à son seizième printemps les gens de l'art l'ont condamnée. Elle est orpheline , me dit-on , et son sort lui est connu. Hélas ! tout m'était expliqué : la fleur, le sourire, les pleurs... Mon souvenir fesait des rapprochements pour la première fois bien pénibles à mon cœur. « Si jeune ! m'écriai-je; non, la Providence ne détruirait pas son plus bel ouvrage ! » Je dis , et le rayon de l'espoir a soudain brillé dans mon esprit ; mon sang s allume , un sentiment jusqu'alors inconnu s'empare de mon être ; je veux sauver Emma ; mon existence semble dépendre de la sienne. Je cours , je vole implorer les lumières, l'humanité des docteurs les plus habiles } et plus impatient encore , je retourne, pressé par de flatteuses illusions, à la

cabane d'Emma. J'entre la jeune fîUe était

comme la tige de la rose..«. le vent de la mort avait emporté son amo.

M"* JosiEphine D.

( îo8 .) LES BOURBONS.

Depuis plus de huit siècles la France est gouvernée par çles monarques issus du même saug. Counaissez-vous sur la terre une race meilleure, une plus longue suite dé rois pieux, vaillants et boos, plus faits pour occuper un trône , et plus dignes de •commander aux hommes? La France, je le sais, a eu quelques méchants princes, ses jours de décadence comme de gloire, d'infortune comme deprospërités : telle est la commune destinée de tous les peuples de la terre. Mais oii trouver en Europe une nation qui ajt été pendant huit cents ans plus beureusenxeat et plus glorieusement gouvernée que la nôtre par des princes d'une même dynastie ?

Faut41 rappeler ici et ce Louis VI nouveau fondateur de la monarchie, ef ce Philippe qui mérita et qui a gardé le titre d'Auguste^ et ce saint Louis, ^rand homme de guerre comme grand législateur, •qui sut toujours être roi en chrétien-, et chrétien en roi ; et ce Charles douj^ le surnom atteste encore la haute sagesse ; et ce Louis xn , le pèi^ du peuple; «t ce François I*% le père des lettres^ «t ce bon , ce grand Henri, d<ynt la mémoire ^serà tét^rneiieifteifit ;populaire ^ et ce Louis le Grand, qui 'a donùé son nom au plus he^u des siècles; et cet immortel duc rde Bourgogne, 'qui promettait à la France un règne si beau ; et ce Dauphin , plus rapproché de nous, qui joignait tant de lumières à tant de vertus^ et ce monarque, aussi bon qu'infortuné, dont je n'ose ici prononcer le nom, dont le souvenir nous accable, dont le cœur ne sut qu'aimer et pardonner, et qui aujourd'hui est un des anges tutélaires delà France,

{ 109 ) après avoir ët^ victime de son amour pour elle ? Je crois voir ces longues générations, de rois se lever de leurs sépulcres, nous apparaître dans ce temple , toutes rayonnantes de gloire et de majesté, et présenter elles-mêmes au peuple français l'héritier de leur trône et de leur puissance. Oui , c'en de leurs royales mains que nous avons reçu noire monarque avec les princes de son auguste maison. Qu'il vire, qu'il règne , qu'il trouve dans nous les sentiments que ses prédécesseurs trouvèrent toujours dans nos pères y toutes les fois qu'ils ne furent pas égarés par les fureurs des partis.

Guerriers valeureux ^ -vous , dont les uns, blanchis dans les camps, se sont illustrés par de hiuils faits ^ dont les autres, trop jeunes encore pour avoir couru les mêmes hasards , brûlent de la même ardeur, défiNiseurs armés du trône et de la France; et nous aussi , Français de tous les rangs ^ nous tous, éclairés pat la même expérience, soyons animés des mêmes sentiments.. Le moment est venu de rmouer pour jamais l'antique alliance de l'autel et du Irdnts^ de reconnaître hautement que les deux ancres de salut pour la France sont la religion et la légitimité. Fixons tous ensemble nos regarda sur^ce cercueiL La repose le héros de la fidélité. C'est sur sa tombe qu'il faut abjurer nos erreurs et nos écarts, et protester plus que jamais de notre inviolable dévouement à la loi comme aux enfants de saint Louis. Ainsi, nous marcherons sur les traces du .prifl^e objet de nos regrets et de notre véq^raîtion. Ainsi , chrétiens ^\ français,' nous vivrons, nous maarrons 64è^ à Dieu > a*i Roi et à la pajtrie i . ,

L^abbé Fai&rssivovs.»

IIO )

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