SCENE IV
Atalontc avait en partage :
• La beauté, la souplesse cl la grâce du corps, « Enrichi par les Dieux des plus brillants trésors.
Mais comnfient m'assurer... Si je l'éveillciis... 0"^ lui dire?.. Essayons cependant... Alalanle!.. Ataiante!.. peut-être a-t-elle aussi ce nom, puisqu'elle est en tout l'image delà femme, dont ce livre fait le gracieux portrait... Alalante ! Alalante !..
CANDIDE, S éveillant. Qui m'appelle?... ma mère , non !... Ce n'est pas ma mère! qui donc es-tu ?
SÉRAPHIN. Séraphin!
CANDIDE. Séraphin ! quel est ce nom?...
sÉnAPHiN. Le mien... El loi, comment te nommes-tu?
CANDIDE. Candide... Mais que fais-lu ici?...
SÉRAPHIN. J'étais là , cherchant l'explication d'un mot, dont parle ce livre.
CANDIDE. Et ce mot, quel est-il?
SÉRAPHIN. Amour.
CANDIDE. Amour?... Qu'est-ce que cela?...
SÉRAPHIN. Un sentiment qui vient du ciel... du moins le livre le dit... c'est! mais tiens, je vais le lire ce passage, écoule!...
CANDIDE. Oh! lis-le-moi bien vile... ce mol a caressé mon oreille d'un charme qui m'était encore inconnu.
SÉRAPHIN. Elle aussi !... c'est peut être mai...
CANDIDE. Pourquoi !... Est-ce donc une faute que d'éprouver une impression nouvelle? D'ailleurs, ma mère ne m'a jamais défendu d'admirer les chefs d'œuvre de Dieu, de prier, de cultiver les fleurs.
SÉRAPHIN. Et puis...
CANDIDE. C'est loul... Seulement, je me suis quelquefois demandé , en arrosant ces fleurs, comment il se faisait que le soir j'en retrouvais une autre... Éiail-ce le hasard qui l'avait fait nallre?... Nous-mêmes, me disais-je , sommesnous ainsi que ces fleurs, vivifiés par un rayon de soleil?...
SÉRAPHIN. Souvent, je me suis fait ces questions!...
CANDIDE. Ce livre, que lu dis si savant,, pourra nous l'apprendre pculôlre.
SÉRAPHIN, lisant,
1*^11001016 a besoin d'aimer, il faut aussi qu'on l'aime; L'amour de notre vie est l'éternel problème! On le cherche, on l'attend, on le trouve une fois. Et puis pour nous punir de transgresser ses lois Les dieux jettent en nous une heure de délire, Et nous foulons aux pieds dans un éclat de rire L'amour vrai, pour courir a des amours menteurs. Les hommes de leurs maux sont toujours les auteurs. Maudit celui qui sertie dieu de son caprice El va chercher l'amour a l'école du vice!
siiRAPHiN. Du vice!... il y a cela?...
CANDIDE. L'amour peut donc être un vice?...
SÉRAPHIN. N'y a-t-il pas les bons et les méchants!.... pour les bons, l'amçur doit êlre une venu ; pour les méchants, un vice.
CANDIDE. Adieu !
SÉRAPHIN. Oh: ne pars pas ainsi .. écoule... il faut que je lo fasse un aveu, Candide... je crois que je t'aime !... il me vient aux lèvres des mots qui jusqu'alors m'élaienl inconnus... que je croyais ne pas comprendre... que je ne puis dire qu'à toi seule... ton regard me fait tressaillir, ta voix me fait battre le cœur... la main, dans la riiienne, me fait trembler. .. Candide, je l'aime.
CANDIDE. Séraphin.
SÉRAPHIN. Le temps que l'on passe à se dire que l'on saine, ne ()eut être désagréable au Créateur.
CANDIDE. El si on nous surprenait ensemble...
SÉRAPHIN. Est-ce donc aussi une faute que d'être l un près de l'autre?... Non, car...
Air des Vingt sous de Périnctte.
Pour goûter le vrai bonheur Il faut aimer une femme ; Il faut lui donner sou Âme, Il faut lui donner son cœur î Ce seutimeut, ou l'appelle L'amour...
CANDIDE
Qu'est-ce donc cela?
SÉRAPHIN
C'est l'existence nouvelle Qui naît de ce bouheur-Ui, C'est une croyance Siiinte Que Dieu nous mit dans le cœur!
C'est l'e.^pérynce, c'est la crainte,.
Dans un baiser, c'est le bonheur !
CANDIDE. Eh b'wîn, embrasse-moi!
SÉRAPHIN. Candide, je le le répète, les paroles ont jelé je ne sais quel trouble dans .mon âme..» et je iir'(»se...
CANDIDE. Et pourquoi donc?... les oiseaux ne s'embrassent-ils pas?... le zépliyr qui passe sur mon visage ne me caresse-t-il pas de son souffle ?.. les fleurs que le vent lait balancer sur leur tigo n'ont-elles pas l'air de s'embrasser aussi?... tout dans la nature enfin semble s'aimer en se rapprochant.
SÉRAPHIN. Mais je ne suis pas une femme.
CANDIDE. Qu'importe ! si lu voulais, nous vivrions comme frère cl sœur. Ahl que cela serait gentil ! je le mènerai à la mère, nous resterons l'un près de l'autre, et lorsque je serai triste , tu meconsoleras, en me disant, comme lu le faisais tout à l'heure, que je suis jolie et que tu m'aimes.
SÉRAPHIN. Mais il me semble pourtant que ta es tout autre que moi.
CANDIDE. Tu es pcut-êUe meilleur.
SÉRAPHIN. Oh! non, ce ne doit pas éire cela... et puis le livre dit qu'Alalante avait des trésors.
CANDIDE. Je suis doncplus riche que toi?...
SÉRAPHIN. Le livre l'affirme.
CANDIDE. Voyons , je veux savoir s'il n'a pas menti.
k\r : Quel vilain temps, mon Dieu.
Voyons, rapprochons-nous, Je veux à tes genoux Détailler ton visage.
CANDIDE
Pourquoi ? tout nous sourit Car le ciel nous lit Tous deux h son image I
SÉRAPHIN
Tes jolis traits Sont juste les reflets * De toute ma figure
Tes beaux cheveux Sont un peu plus soyeux Mais de même nature.
CANDIDE
Tes ravissants yeux bleus lléfléchlssent des cicux L'azur plein d'innocence.
SÉRAPHIN
Sur ta lèvre vraiment Une rose en passant Déposa sa nuance.
CANDIDE
Ma taille...
SÉRAPHIN
Eh bien I...
Regarde ..
CANDIDE
Je ne vois rien...
SÉRAPHIN
Tu passes quelque chose...
Pourquoi rougir?..
CANDIDE
Je ne peux plus finir.
SÉRAPHIN
Ne crains rien !
CANDIDE
Non, je n'ose.