‹ La course dans l'auroreChapitre 13 sur 39 · JOUR DE BRUME · texte numérisé non relu

JOUR DE BRUME

Une froide, attristante brume Filtre du ciel opaque et gris, Et l’espace vague, imprécis,

A la mine d’un toit qui fume.

Tout mouvement est arrêté,

Au lointain royaume des astres; Les arbres sont les bruns pilastres Appuyant cet éther ouaté.

Tout se confond: le ciel, l’espace, L’horizon semble être à deux pas; C’est oppressant, c’est lourd, c’est las, Rien ne remue et rien ne passe.

On pense que l’on touchera Le vague infini, le ciel dense,

Que ce n’est plus la voûte immense, Mais un voile qu’on atteindra.

C’est un calme, un morne de tombe, Les bruits dorment sous ce linceul;

On a peur et froid d’être seul,

Dans le soir qui tout le jour tombe. . ,

INVOCATION À L’HIVER

INVOCATION À L’HIVER

Hiver de mon pays, Hiver au cœur de glace,

Ah! viens donc remplacer l’automne qui me lasse, Avec ses ciels mouillés et ses matins brumeux!

Ah! viens donc, bel Hiver, au luisant diadème,

Pour redire à la terre aimante ton poème Aux farouches accents lourds et tumultueux.

Reviens, en ta beauté, pour que je chante au monde Ton vent dur qui meurtrit, qui hurle, siffle et gronde. Lève-toi, que ton souffle anime mes poumons,

Et que ma faible voix, en ta voix confondue,

Soit un peu de musique âpre, hère, éperdue,

Que vont répercuter nos plaines et nos monts.

GO

Lève-toi, que mon âme à ton âme pareille,

Vole loin de l’été, cette troublante abeille,

Qui transperce le cœur d’un dard amollissant! Lève-toi, que mon âme ardente se redresse,

Que je sente affluer à mon cœur cette ivresse,

Que ton baiser glacé fait bondir en mon sang!

Hiver de mon pays, Hiver au cœur farouche,

Au souffle de géant, lève-toi, que ma bouche Dise combien je t’aime à l’univers séduit;

Dise tes gais grelots troublant la paix des routes,

Et tes Noëls joyeux, qui planent sur nos doutes, Comme un rayon d’étoile, en l’ombre de la nuit;

Dise ton souffle dur, fouettant mon visage,

Et ces clairs tourbillons qu’aveugle, plein de rage,

Tu fais partout bondir, en dansant, en criant,

Et ta neige, tombant doucement comme l’ombre; Dise aux pays brûlés tes diamants sans nombre, Prince plus somptueux qu’un vizir d’Orient.

Ah! reviens donc t’asseoir au sommet des montagnes, Conduisant, excitant les Tempêtes, compagnes De tes fougueux transports, de tes sombres ébats! Viens réveiller la terre au choc de tes rafales,

Et bercer doucement nos monts, nos plaines pâles,

Au rythme de tes chants, au rythme de tes pas.

INVOCATION À L’HIVER

Mais tu viens. . . Je le vois à ce changeant visage Qu’ont les jours refroidis, à la plainte sauvage Qui monte des forêts, se prolonge sur l’eau.

Et les Saisons qui fuient, chaudes, échevelées,

N’ont qu’un mourant sourire, en quittant nos vallées, Pour ce guerrier futur, intrépide, âpre et beau.

Tu viens. . . Déjà j’entends s’élever la tourmente Qu’animera ta voix colossale, géante,

Ta voix que je voudrais chanter sur les sommets.

Ah! ce chant immortel, quand donc F exhalerai-je,

Si pareil aux accents des vents de ton cortège,

Que les siècles charmés l’entendent à jamais. . .

VENT DU NORD

VENT DU NORD

Le vent du Nord souffle en rafale, Sur les hameaux;

Il bondit, se tord et dévale Des hauts coteaux.

Il vous mord la face et vous jette, En impromptus,

Les tas de neige qu’il brouette, Longs et pointus.

Il caracole, il paraît ivre,

De tant tourner,

D’enlacer l’arbre qui se livre, Abandonné:

Il râle sa funèbre joie,

La fait hurler,

Affolant les êtres qu’il ploie, Pour les violer.

Sur la plaine, il passe et varlope Les blancs remous;

Dans les vallons, il s’enveloppe Jusqu’aux genoux.

Il clame aux heureux de la terre,

Un chant fougueux,

Mais un long refrain de misère Aux pauvres gueux.

Dans leur mansarde, il passe aux fentes Ses doigts déments,

Avec des râles de Bacchantes Dans les tourments.

Il est grand, rude, âpre et farouche,

Le vent du Nord;

Il rampe, s’apaise, se couche,

Se dresse et mord.

VENT DU NORD 05

Près des volets fermés, il rôde,

Chantant, criant,

Plus souple qu’une brise chaude De l’Orient.

J’aime tes fougues, ta furie,

Ton pas d’infant,

Apre mistral de ma patrie,

Rude géant.

Je voudrais, à travers l’espace,

Aller un peu,

Confondre avec ton cœur de glace,

Mon cœur de feu.

Et je suivrais tes courses folles,

Tes sombres jeux,

Fuyant loin des ivresses molles,

Mains sur les yeux.

(*) Ce poème a remporté le 1er prix,

(section originalité,', au concours organisé en 1928 par le Salon des Poètes de Lyon, concours ouvert aux poètes de langue française du monde entier. (Note de l’éditeur).

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