L’OFFRANDE
Ce soir, je pense à vous que je ne connais pas, Mais qui viendrez un jour peut-être.
Je songe à vos regards, au doux bruit de vos pas, A ce qui vous fera mon maître.
J’ignore tout de vous: je ne sais votre nom,
Votre âme ni votre visage,
Et je garde pourtant, pour vous en faire don, Mon espoir et son cher mirage.
Vous viendrez, vous serez là tout près de mon cœur, Si près que mon être en tressaille.
Je sens, en évoquant ce merveilleux bonheur, Quelque chose en moi qui défaille.
J’oublierai les dégoûts, j’oublierai les ennuis Qui meurtrirent mon cœur trop tendre, Et je vous offrirai tant de jours et de nuits, Que je passais à vous attendre;
Les sublimes printemps sur la terre venus, Avec de doux frissons d’amante,
Et qui m’ont façonné, de leurs doigts ingénus, Ma belle âme rêveuse, errante;
Les étés lumineux, les jaunes matins d’août, L’insecte dansant dans la brise,
Qui m’ont tant attachée à la lumière, à tout Ce lointain qui s’irise.
Et je vous offrirai comme un trésor à moi,
La nature grave et profonde,
Qui me fit inquiète, une chose d’émoi,
Aussi diverse que le monde.