LE REGRET
A M. et Mme Alfred DesRochers.
Que de jours écoulés et perdus à jamais,
Emportant les bonheurs confus que j’espérais!. . .
Je rêvais autrefois d’un destin plein d’orages, D’impétueuse ardeur sur de plus chauds rivages; J’imaginais ma vie, aux pays fabuleux,
Heureuse, ardente et libre et je disais: “Je veux, Je veux presser sur moi les soleils de l’Asie,
Je veux vivre et chanter, brûlante poésie,
Les plus joyeux frissons d’un jour clair et riant, L’ardeur, l’affolement des soirs de l’Orient”. J’aurais vu le matin étincelant, humide,
Dans des jardins plus beaux que le palais d’Armide.
LA COURSE DANS l.'.U'K
Les fleurs auraient frémi sous ce baiser vermeil. Que leur eût prodigué le vacillant soleil.
Et tout mon être aurait été baigné jetas Les chauds midis auraient tant embrasé l'espace Et le soir, attardé sur le seuil du couchant.
Eût mis tant de parfum sur le rameau penchant Qu’il serait, comme au veut des pétales de roses. Tombé de la clarté, du bonheur sur les choses. Quand le sommeil aurait, de sou doigt merveilleux Dévoilé le pays des - nges à mes yeuse.
Je m'en serais allée, avec Sohéherarade.
Au jardin fabuleux où les fleurs sont vie jade Nous aurions visité ce somptu ux E Qu'aurait ouvert pour nous le magique Aladin.
Et le réveil aurait continué le rêve.
Tant eût été pareil à ma vision brève Le spectacle éclatant des pâles orangers.
Le charme éblouissant des fleurs dans les vergers.
Et pourtant, puisqu’ainsi doit être toute vie:
Le regret ternissant l'allégresse ravie.
J’aurais vu. certain soir à bien d’autres pareil.
Sous les mêmes mourants ns du chaud soleil. J’aurais vu. Lame triste et vie regrets saisie.
Un navire quittant les rives vie l'Asie.
Parfumé de cédrat, vie myrrhe et vie santal.
Et rapportant mon cœur à mon pays natal.