‹ La course dans l'auroreChapitre 34 sur 39 · À MON PIANO · texte numérisé non relu

À MON PIANO

A quoi bon demander à ta corde sonore,

Un chant qui bercerait mon douloureux ennui ? Dans la nature calme, en est-ce moins la nuit,

Si le bleu firmament d’une étoile se dore ?

A quoi bon demander des rayons à l’aurore, Puisqu’aucun dans mon cœur morose n’aura lui; A quoi bon ressaisir quelque beau rêve enfui, Puisque demain peut-être il s’enfuirait encore.

LA COURSE DANS l’aïïHORE

C’est le sort des humains qu’il leur faille marcher, Dussent-ils s’y meurtrir, sur l’espoir ébauché.

A quoi bon, à quoi bon, de mon âme, ce gouffre,

Te confier la plainte, insensible instrument,

Et, dans tes longs sanglots, croire pour un moment Que c’est peut-être bien ton âme à toi qui souffre. .

LORSQUE JE M’EN IRAI

LORSQUE JE M’EN IRAI

Lorsque je m’en irai, certain soir, vers la tombe, Seule, mais sans effroi,

Personne ne dira: “Ma mie, ô ma colombe,

Moi, je n’avais que toi”.

Personne ne dira: “O ma petite amante, Pourquoi donc t’en aller?”

Mais je m’endormirai comme la biche errante, Au doux cœur esseulé,

Qui se voit poursuivie, atteinte dans sa ronde, Par le plomb du chasseur,

Et lèche en expirant la blessure profonde Qui fit saigner son cœur.

Je m'en irai de même, et je bénirai l’arme Qui me fera mourir;

Je n’aurai point de cri, je n’aurai point de larme, Car j’aurai fini de souffrir.

Un doux apaisement planera sur ma couche Où s’assoiera la mort;

Les mots expireront en montant à ma bouche, Comme le gazouillis de l’enfant qui s’endort.

On ira, on viendra, oh ouvrira ma porte,

On versera des pleurs;

Je suis jeune, et pourtant je serai bientôt morte, Malgré l’été, malgré les fleurs,

Malgré les jours portés par de luisantes ailes, Le soleil ravissant;

Les brises du matin, onduleuses gazelles,

Au souffle caressant;

LORSQUE JE M’EN IRAI

Malgré le clair printemps et ses multiples faunes, Jouant du tympanon;

Malgré le bel été, aux reflets verts et jaunes, Couché sur le gazon.

Je m’en irai, malgré la lumineuse aurore Enceinte du soleil;

Malgré les midis blonds, posés comme une amphore, Au haut du jour vermeil.

Je m’en irai. Malgré le soir de perle et d’ambre, Beau comme un chérubin;

La paisible clarté, le feu clair de ma chambre, Dansant comme un bambin;

Malgré tant de regards, tant de chaudes prunelles Où mes yeux se sont plu,

Et le charme grisé de folles ritournelles Que je n’entendrai plus.

J’aurai bien vainement bondi sous la tendresse Qui vers vous me jetait,

Aube pâle, luisant sous la tiède caresse Des brises qui chantaient;

Soir sublime et berceur, endormant la campagne Et les peines du jour,

Beau soir majestueux, planant sur la montagne, Comme un sombre vautour.

J’aurai bien vainement vers toi, riant Espace,

Tendu mes bras nerveux,

Vers toi, chaude Lumière, éblouissant ma face, Caressant mes cheveux.

J’aurai bien vainement cheminé, demi-ivre,

Par le trop court chemin,

Prêtant à tous mon cœur ouvert comme un beau livre, Que l’on tient dans sa main.

En vain, j’aurai porté tout un monde d’extase, Secrètement en moi. . .

Peut-être pour un rien se brisera le vase Contenant tant d’émoi.

Alors, je m’en irai, certain soir, vers la tombe,

Morne, l’œil accablé,

Et mon être blessé, tombera comme tombe Un frêle épi de blé.

LORSQUE JE M’EN IRAI

Le matin renaîtra pour réjouir la terre,

Les hommes et les fleurs,

Par les riants chemins, l’Amour, de son mystère Voilera les douleurs.

Les oiseaux passeront, volantes harmonies, Souples refrains ailés;

La lune argentera les voûtes infinies,

Les lointains constellés;

Dans les jours vibrera l’âme de toute chose, Majestueux accord;

Le zéphyr portera le parfum de la rose,

Sur ses élytres d’or.

Rien ne sera changé. . . Seule, je serai morte Et morte pour jamais.

Je ne pourrai, ouvrant cette funèbre porte, Revoir ceux que j’aimais.

Peut-être le printemps, en visitant la terre, Descendra jusqu’à moi,

Et froide, je dirai: “Fuis ma retraite austère, Va! garde ton émoi!

J’ai trop longtemps vers toi, comme une âme païenne, Crié ma passion,

Laisse-moi dans la paix attendre, plus chrétienne,

La résurrection”.

Mais, parfois le soleil, ainsi qu’une colombe Effleurant les roseaux,

Laissera ses rayons filtrer jusqu’en ma tombe, •

Pour réchauffer mes os.

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