MOURIR
Mourir par un soir calme, aimant et reposé,
Lorsque la terre a tu tous ses souffles d’ivresse, Et mourir oublieux des chers êtres qu’on laisse, De tout ce que le cœur fervent avait osé.
Ne plus sentir ce mal, ce besoin, cette fièvre D’étreindre l’infini qui nous hante et nous mord; Etre là pacifié, assagi dans la mort,
Sans regret, sans ennui, sans plainte sur la lèvre!
Descendre dans la terre où nos pieds ont marché, Vers laquelle nos bras s’ouvraient comme une porte; N’êt.ve plus qu’une sombre et froide chose morte, Qu’un corps appesanti, lourd, funèbre et penché!
Mourir, quitter l’humaine et fraternelle escorte . . . Cela sera, mon Cœur, doux fardeau que je porte.
LA PROMESSE
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LA PROMESSE
Quand les jours, un par un, se traînent sur nos vies, Avec des airs songeurs et des mines pâlies, Lorsque l’heure qui passe est pareille à la nuit, Indifférente, morne et pesante d’ennui;
Lorsqu’on est fatigué de la même habitude,
Et que le cœur est pris de vague lassitude,
Quand, enfin, tout cela ne nous satisfait plus,
Qu’on a longtemps été des beaux plaisirs exclus,
On rêve tout à coup d’éclatante rupture Avec la léthargie et l’ennui qui torture;
On aperçoit tout près cet attirant regard Que dirige vers nous le complaisant hasard.
Oh! les beaux lendemains sur la terre étrangère Débordante et diverse ainsi qu’une étagère!
Les réveils éblouis sous un ciel de clarté,
A qui l’on attribue encor plus de beauté!
Les courses au hasard au travers de la ville,
Où l’on n’aperçoit rien que des maisons en file, Des gens préoccupés et tout le brouhaha Par qui l’ardente vie assure qu’elle est là! Bonheur de se mêler au va-et-vient des foules, Sans souci, sans regret, et de suivre ces houles; D’apercevoir sur tout un si luisant rayon De soleil qu’on dirait de l’or en fusion!
Douceur de se sentir bondissante et vivante Et de tendre sa lèvre à tout ce qui nous tente; De prendre de la joie épandue à foison Et de se dire: “C’est pour moi et j’ai raison!”. . . Oh! les jours où l’on va triomphante et riante,
Où le caprice ému et cher nous oriente,
Où l’on n’a plus souci des heures ni de rien,
Tant les moments sont bons et se ressemblent bien!.
Je me rappelle encor ma gaîté enfantine,
Avec des airs hâtifs d’abeille qui butine,
Lorsque je m’en allais vers quelque beau projet, Que mon rire sonnait clair comme l’eau d’un jet. Je ne suis plus pourtant, hélas! aussi rieuse, Ardente, jeune, aimante et si capricieuse!
LA PROMESSE
Mais quelquefois encor, dans un souffle puissant,
Un désir de lointain vient réchauffer mon sang.
Je vois, fuyant pareils aux barques sur les ondes,
La beauté des pays, l’enchantement des mondes; J’entrevois le départ, le Plaisir imprudent Qui serait là changeant, instable et qui m’attend.
Je le reconnaîtrais à ses mines étranges,
Se jouant sur les quais à l’entour des oranges,
Des figues, des raisins, ces exotiques fruits,
Ces sorbets soleilleux, ces petits paradis.
Je le reconnaîtrais, figure sans égale,
Ce bambin pétillant comme un feu de Bengale Et ce présomptueux qui dit: “Viens-tu là-bas?. .. Par ces riants chemins, gaîment, tu t’en iras,
Sans regret, sans ennui, sans souffrance et sans rides, Dans le grand jardin d’or des belles Hespérides.”
DANS LA VIE
DANS LA VIE
Allez-vous-en, fuyez, mes belles Espérances!
Pourquoi rester encore?. . . Il ne viendra jamais. Mon cœur désabusé, plein de vagues absences,
A cessé de l’attendre, ô lui que j’aimerais.
Sur mon front soucieux et ma lèvre muette,
Il n’a pas vu le rêve ému que l’on défend,
Et dans ces pâles vers, insensée, inquiète,
Hélas! j’ai trop voilé ma pauvre âme d’enfant,
Ma pauvre âme d’enfant qu’il attendait peut-être, Que le hasard devait placer sur son destin Et mes vers qu’il lira, un soir, à sa fenêtre,
Le laisseront en paix dormir jusqu’au matin.
Peut-être dira-t-il: “Quelle est cette inconnue Qui chante ces refrains lourds, brisés, palpitants Et, le regard perdu dans le bleu de la nue,
Il y verra planer des rêves de vingt ans;
Lorsque tout-à-coup, pris d’une crainte inquiète, Il doutera de moi qu’il ne comprendra pas.
Puis, pour une autre, un jour, dédaignant le poète, Qui 11e demandait rien que d’aimer ici-bas,
Qui saurait partager la souffrance, sans crainte, Et l’aurait soutenu jusque devant la mort,
Me dédaignant, moi, qui ne connais pas la feinte, Qui saurais consoler et pardonner le tort,
Pour une autre, peut-être, il ouvrira son âme A la gaîté de vivre, à la douceur d’aimer . . .
Mon cœur sera pareil à la mourante flamme Que l’on voulut, un soir, mais trop tard, ranimer.
DANS LA VIE
Le beau, le noble amour que j’attendais encore, S’envolera peut-être au rythme de mes vers.
Et je resterai seule en face de l’aurore,
Triste et seule à jamais dans ce vaste univers.
Quand, un soir, au milieu de la fête l ruyante,
Je serai le vaisseau qu’assaille l’ouragan,
Sans soutien, lasse et faible, ah! si, dans la tourmente, J’allais voir défaillir mon courage arrogant!
Si j’allais m’écrier, ardente, folle et pâle,
Devant un avenir plus sombre qu’un tombeau:
Ah! je veux ignorer où mène la rafale,
Et ce que j’aurais fait de sublime et de beau.
Si, se penchant un soir jusqu’à moi, faible femme,
Il m’avait soutenue, ô lui que j’attendais,
Hélas! s’il avait su découvrir en mon âme
Mon beau trésor d’amour, de tendresse et de paix”. . .
Ah! pauvre, étrange vie!... On souffre et l’on te chante, On ment pour faire croire à la gaîté des jours. . .
Lbi soir qu’on est plus lasse, on veut être méchante Mais le cœur se révolte et, si l’âme est aimante,
Pour celui qui viendra, on le garde toujours.