DANS PEU DE JOURS PEUT-ÊTRE
Ah! savoir que bientôt, dans peu de jours peut-être, Je 11e serai plus rien;
Que la terre fera, tombant sur mon pauvre être,
Un imbrisable lien!
Oh! savoir que de moi ne restera que cendre Et qu’irréalité,
Que dans le gouffre noir on ira me descendre, Par un ciel de clarté;
Qu’il tombera sur moi une nuit longue, affreuse, Sans arrêt, sans merci,
Que rien n’éveillera, dans cette couche creuse, Mon pauvre corps transi!
Oh! l’horreur de savoir que l’on est sur la terre, Pour des temps aussi courts,
Et qu’ils continueront leur course millénaire,
Les implacables jours. . .
DEVANT UNE IMAGE
msnf
DEVANT UNE IMAGE
0 belle blonde, au clair de lune,
A quoi donc rêvez-vous ainsi ?
Serait-ce à quelque tête brune Que vous troublâtes, ô fortune,
Et qui vous sût charmer aussi?
Dans un bruissement de rame,
Par le sentier du clair ruisseau, Viendra-t-il, l’amant de votre âme, Vous dire sa naissante flamme, Beau comme un pâle jouvenceau?
142 LA COUBSE DANS l’aTJKOKE
Aurez-vous la brûlante extase Qui courbe tout l’être et le cœur ?
Sous la lune aux tons de topaze, Serez-vous tous deux comme un vase Débordant de chaude liqueur?
Parle-t-on de joyeux délire En ce livre que vous tenez ?
Etes-vous la vibrante lyre Qui d’un mal complaisant soupire, En des accords abandonnés ?
Dites, seriez-vous amoureuse ?
Comme moi, du vibrant Musset ?
Sont-ce Les Nuits, page fougueuse, Récit, d’une âme douloureuse Que la tendre Muse berçait;
Serait-ce les strophes sublimes De l’immortel Espoir en Dieu Où, perdu dans de noirs abîmes, L’homme soupire vers les cimes Et dévoile son cœur en feu;
DEVANT UNE IMAGE
Serait-ce Rolla jeune et sombre,
Que tout à l’heure vous lisiez ?... Porté par vos rêves sans nombre, Viendra-t-il, haletant dans l’ombre, Doux amant, s’asseoir à vos pieds ?
O belle blonde, au clair de lune, Si, comme vous, j’allais rêvant, Ce serait d’une tête brune Plus chère à moi qu’une fortune, Plus capricieuse souvent.
Mais je ne prendrais pas de livre;
Le hasard conduirait mes pas.
Chancelante comme un homme ivre, «Lirais, inquiète de vivre,
Avec des rêves plein mes bras.
J’irais vers le riant Espace,
Beau comme un pâle giaour,
Et nous causerions face à face, Lui, de ces beautés qu’il embrasse, Moi, de mon impuissant amour.
Je dirais: “Espace, lumière,
O vaste séjour des condors,
Souffle de la rose trémière,
Soleil, clarté, splendeur première, Appel vers de nouveaux essors,
Donnez-moi cette ardente ivresse Qui monte de vos floraisons.
Ah! prenez, prenez ma jeunesse Qui vibre toute à la promesse De plus merveilleux horizons!”