LE SOIR
Le soir, doucement, s’abat sur les branches, Comme un vol errant de colombes blanches, Et les branches ont de légers frissons,
Des tressaillements, des bruits de chansons. C’est une langueur sourde, orientale,
Que le jour vaincu, complaisant, étale.
Le soleil descend de sa haute tour,
Encor palpitant d’un splendide amour;
Ses rayons mourants dorent la campagne,
Qui ressemble à l’âpre et tintante Espagne, Qui vibre, s’émeut, et paraît gémir,
Pareille à l’enfant qui ne veut dormir,
Sachant bien qu’il est, de par la nature, Plaisir plus charmeur, plus douce torture, Plus sublime joie, haletant désir,
Qu’il pourrait, ce soir, peut-être saisir.
Un furtif accord tombe de la brise Comme d’un beau luth qui soudain se brise Et le jeune Espace est tout étendu,
Dans les bras de l’ombre, ardent, éperdu. . . Par ce soir trop plein, couleur de topaze, Etre un peu de paix, rien qu’un peu d’extase Un peu d’ombre d’où le réel s’enfuit,
Où le rêve tombe et meurt dans la nuit. . . Etre l’humble fleur que le soleil baise, Enivre, étourdit, que le soir apaise. . .