‹ La course du flambeau: pie?ce en quatre actesChapitre 28 sur 83 · ACTE I, SCÈNE XV · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE XV

égard? . . . Elle ne possède rien, dp-chef de son père. Elle a tout à revenir de moi. Son ÏÏveruresVprécis, fixé, classé. * Il est ici, en portefeuille. Notre notaire peut annoncer ce qu'elle aura plus tard. . . Mais, d'après la façon dont on compte dans la société, une fois la.mère remariée, devant s la perspective deâ'sûi ; *e1làncBs■ d'enfants,,la valeur de la fille est tout de suite rabaissée de môitïeÇ"des deux tiers, des trois quarts. . .

Stangy. Ma fortune est bien supérieure à celle qu'il y a de votre côté. Si vous me donnez un enfant, plusieurs 10 enfants, ils devront s'en contenter. Je ferai en sorte que l'héritage de votre fille ne soit pas diminué.

Sabine. Je sais qu'entre gens loyaux comme nous, tout peut s'arranger en faveur de la justice, même contre la loi. Et si Marie- Jeanne était mariée, je suis persuadée 15 qu'en mettant, ce soir, ma main dans la vôtre, je n'exposerais celui qui l'aurait épousée à aucune ^dupenè^*^ar la 1 "" suite. Mais nous n'en sommes pas là! Ma fille n'est ~'i. encore qu'un parti de demain, d'après-demain. . . Si je " m'unissais immédiatement, à vous, iyaurais-je pas à re- a«l douter pour elle,' desôrnïafis/'les mênanceV peuFêtre insurmontables d'une famille dans laquelle Marie- Jeanne se mettoiten tête^d'entrer ? Ces étrangers objecteraient que réntente morale entre vous et moi est irrégulière, que de futurs enfants auront moyen d'attaquer des dispositions 25 prises, que même nous pouvons, vous et moi, nous raviser/ au bénéfice d'un petit êtae nouveau. Et si Marie-Jeanne est alors sérieusemcntéprise ? Et si des parents détachent d'elle un fils déférent, un fiancé qu'elle chérirait? ... La VÛrrais-je donc sangloter et rester seule, parce que, moi, 30 ■ j'aurais trouvé que la vie à deux m'était belle et bonne ? . . . (il bien faudra-t-il que je l'oriente vers des mariages in-

férieurs à ceux que mon esprit, jusqu'à présent, s'était plu à lui destiner? ... Oh ! non ! ne me demandez point que je coure aucun risque de faire à ma fille du tort, du chagrin, du mal ! . . . Mon ami, je sais désapprouver les erreurs de S sensiblerie chez les mères. . . Mais ce que je vous dis là, c'est de la simple honnêteté maternelle. . . Ne me regardez pas comme une coupable, avec cette sévérité!

Stangy. Combien de temps vous proposez-vous de me faire encore souffrir? i^jJJ^mA-

io Sabine. Mon Dieu ! vous voici redevenu méchant. Stangy. Vous m'avez suffisamment démontré que vous aimiez votre fille d'un tout autre cœur que vous ne m'aimez.

Sabine. [Pourquoi faire des comparaisons ? Je vous

15 aime tous les deux. . . Oh! écoutez-moi: comment vous fixerais-je une date? ïej/ous 1 dirais: un an. . . que je 1 mentirais à ce que je souhaite pour le bien de Marie- Jeanne, pour sa santé, et même à ce que je souhaite pour moi, si j'ose dire.J La pauvre petite n'a que dix-sept ans t 30 Le parfum qui me vient de cette âme blanche en fleurs, puis- je le chasser de moi? Vous ne voudriez pas que je pousse prématurément mon enfant dans les bras d'un garçon ? . . . Quand elle me quittera de son propré'eulÎTîAoïi déchirement sera déjà bien assez rude ! Ah ! soyez alors 1$ auprès de moi pour me soutenir, pour me consoler, pour me griser! . . . (..,, ■■>

Stangy. Je ne m'astreindrai plus, pour un laps indéterminé, à des langueurs insupportables et humilian' Il y a trop longtemps que mon âme s'ulcère. Dépft ' 30 vous de la guérir, ou je pars la soigner, selon la mé que j'ai inventée.

Un Domestique, entrant par la droite. Le va

iCTE I, SCÈNE XV Hl WÊÊ'^7

chambre de monsieur Stangy est arrivé, avec la voiture du chemin de fer.

Sabine. Ah !

Stangy, au domestique. C'est bien! (Le domestique sort.) La seconde raison de vivrej dont je me suis pourvu, 5 est là qui m'appelle. C'est ma résurrection, tandis que je suis encore assez jeune pour renaître dans l'énergie et la dignité du travail.

Sabine. Ne créez pas d'irréparable entre nous, je vous en conjure! Envoyez une dépêche! 10

Stangy. Mon dernier mot est celui-ci: je veux vous avoir, mais je ne veux plus vous attendre.

Sabine. Et moi, j'en suis réduite à vous répondre , toujours la même chose: n'y eût-il qu'une possibilité au monde pour que mon remariage suscitât un obstacle au 15 mariage de ma fille, c'est trop ! Cela corramprait d'un goût de remords les joies qui voudraient se poser sur mes lèvres. . .

Stangy. Quand j'aurai franchi cette porte, si ce n'est pas pour aller au télégraphe, et me dégager, tout sera ia terminé entre nous. Vous ne pourrez plus me rappeler; je ne saurais plus revenir. Je serai déjà en Belgique, pour gagner de là l'Angleterre où je m'embarquerai. II ne va plus y avoir aucun moyen d'empêcher l'acte, qui, demain matin, m'aura enchaîné, sur l'autre bord de l'Atlantique, 35 jusqu'à la fin de mon existence.

Sabine. Je vous ai dit tout ce que je croyais, tout ce gue je sentais. Vous me broyez le cœur, sans détruire l'idée que je me fais de mon devoir! ... Je n'ai pas le droit ! ... Je ne dois pas ! ... Je ne peux pas ! . . . 30

Stangy. Adi .1

irtez pas encore ?

Stangy. II faut que je sois au train dans vingt minutes.

Sabine. Vous ne me laisserez pas sans nouvelles? Vous m'écrirez ?

Stangy. Pas de lettres ! Si vous m'en adressiez, je ne S les ouvrirais pas. Reposez-vous de moi, et laissez-moi me reposer de vousl

Sabine. Vous reviendrez? Je vous reverrai?

Stangy. Jamais ! (Il s'éloigne.)

Sabine. Oh ! oh !.. . Stangy ?

io Stangy, prêt à revenir. Quoi?

Sabine, après une lutte intérieure. Non I ... En effet ! . . . Rien! (Elle tombe sur un siège.) Marie- Jeanne ! (Stangy sort par la droite.)

Page 1