‹ La course du flambeau: pie?ce en quatre actesChapitre 27 sur 83 · ACTE I, SCÈNE XV · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE XV

j'ai suivies ne regardaient que ma fille; mais, par cela même, elles m'étaient sacrées^/

Stangy. Je ne saisis pas.

Sabine. Oh ! Stangy, voyons ! . . . (Ma fille pour qui je suis encore tout au monde ! Sa jeune âme, en train de 5 se former aux grandes sensibilités! N'ai-je pas dû me défendre contre la tentation d'installer, tout à coup, un rival en face d'elle? Comment Jui infliger l'évidence que mon cœur serait dorenavantpartàgé? . /. Je n'ai aperçu d'autrejjeîsource que de me dérober vis-à-vis de vous. 1» J'évitaisles réponses qui pouvaient attiser votre impatience. J'affectais la légèreté, la froideur même. Les jours s'écoulaient, formant des mois, bientôt une année. Je rêvais d'atteindre ainsi, sans révolte de votre part, jusqu'au mariage de Marie- Jeanne. Je faisais comme les 15 vieillards qui ne devinent pas que leur fin est proche. Je m'étais habituée à ne pas prévoir, moi, la mort de mon rêve: je vivais ! . . . Hélas ! combien des soleils derniers de ma jeunesse ai- je ainsi laissés, un à un, s'éteindre ! . . . Vous me trouvez sans doute bien peu coquette à votre 20 égard, et bien égoïste, de n'avoir point tout d'abord compté avec l'âge qui, chaque jour, me dispute une parcelle de mes modestes agréments.

Stangy. Ne craignez rien: vous justifiez toujours autant mon admiration pour vous. Quant à votre fille, je as m'efforcerai d'être, pour elle, un beau-père dont elle n'ait "ouer.

:. Oht elle, je n'aurais eu qu'à la consulter, j'en pour en rapporter sa plus affectueuse soumission : de m'unir à vous. Mais c'eût été abuser de sa 30

La tâche des mères est de protéger contre tout uel l'esprit imprévoyant, l'innocence de leurs en-

B-uel

fants. Je me représentais les petits bonheurs dont jesèvrerais Marie- Jeanne, si je rompais son étroite intimité avec moi: Ses epanchements aii soir et du matin dans le négligé de nos chambres ! . . . Ses bras purs que, de temps immé- S modal, elle connaît pour les seuls maîtres de m'embrasser! . . . Pouvais-je êtrej moi, la première à ^blesser les (■/CjjIbs délicates pudeurs de ma fille, quand je meneurteràïs

■ au timide détournement de son front, au reproche chaste et jaloux de ses yeux?

10 Stangy. Pendant que vous imaginiez tout cela, chère amie, vous oubliiez ce que j'endurais, moi qui, au sortir d'ici, restais souvent un quart de la nuit à rôder furieusement sous vos fenêtres ! Mais vous venez de me faire

trop de bien. Je ne suis plus à plaindre. Je ne récriminerai

15 pas contre vos scrupules, quoiqu'ils aient été excessifs, convenez-en, maintenant que nous en avons triomphé?

Sabine. Vous ne doutez plus de mon désir de porter votre nom. Vous pouvez à présent concevoir quel rôle bienfaisant, quel personnage inespéré vous jouez dans ma

20 vie qui n'a pas eu sa part de bonheur, et qui, sans vous, est appelée à finir sombre et muette, recelant tout son

besoin d'amour Mais si je vous ai avoué pombien voua

m'êtes cher, il ne m'appartenait pas d'âjoutérque je me sentisse aujourd'hui plus libérée qu'hier. -fc-y^vwi'f"

25 Stanqy. > A présent que je me sais aimé, vous ai" de m'ajôurher encore !

Sabine. Je vous ai livré tout mon secret, pour c collaboriez à ma tâche. Reconnaissez que j'ai 1 de ne pas nuire à l'établissement de Marie- Jeani 30 est actuellement fille unique. C'est là un bien qu m'a fait lui constituer en quelque sorte depuis sa n Si je l'en dépouillais, quel acte accomplirais-ji

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