Scène Première
Marie- Jeanne. Au lever du rideau, Marie-Jeanne, venant de l'appartement avec Léonie, achève de lui faire effectuer le tour du propriétaire.
Marie-Jeanne. Et ici, tu vois, c'est le bureau de
Didier. Il donne sur le jardin: la verdure te <cache les
"'ëciirîe'et remise. Nous n'avons que deux chevaux; c'est
peu pour les courses de mon mari, pour les miennes, poux
S mes visites. Mais il faut être raisonnable, dans les
commencements.
Léonie. Je comprends qu'avec ces facilités et ce- confortable, on s'accommode très bien d'habiter Boulogne-sur- Seine.
10 Marie- Jeanne. H importaiL.quc Didier ne fût plus astreint, ' soir et matin, à un trajet considérable. (Désignant la porte de gauche.) Par .cette porte, qui est notre passage vers l'avenue, il ne met pas cinq minutes d'ici à son 'usine. '/■ 15 Léonie. Qu'est-ce que ta mère a dit quand tu as cinit.** son quartier, où elle t'avait installée, p< si loin d'elle?
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ine. Pauvre bonne mère! elle m'a fait tou.. toire. Elle m'a traitée d'ingrate. Parmi je
ne sais combien degrieTsTeÛem'a, reproché même des choses accomplies à mon%u: enfxe' autres, d'avoir refusé, il y a quatre ans, de se remarier, par dévouement pour moi.
LÉONTE. Avec M. Stangy?
Marie-Jeanne. Comment l'as-tu appris?
Léonie. C'est qu'à l'époque où, toi et moi, nous étions jeunes filles, j'ai pu saisir quelquefois des mots, au sujet n de ce monsieur, entre papa et maman.
Marie- Jeanne. Quels mots ?
Léonie. Tu ne te scandaliseras pas? . . . Mon père disait: « Je ne suis pas curieux, mais je voudrais bien savoir jusqu'à quel point vont les choses entre Mme Revel i; et M. Stangy? ...» Cela mettait maman dans tous ses états, f C'est vous, se récriait-elle, qui avez la manie de voir le mal, dès qu'un homme est poli avec une femme I Le mal n'existe que dans la cervelle des maris comme vous I ... » Mais je bavarde et je devrais être partie, ac Adieu. Mes bébés m'attendent.
Marte- Jeanne, la reconduisant. Quelle chance tu as d'en avoir 1
Léonie. Trois enfants en trois ans, je n'appelle pas ça de la chance 1 a;
Marie- Jeanne. Moi, depuis le temps, je commence à désespérer.
Léonie. Crois-en mon expérience: cela vous arrive toujours quand on ne s'y attend pas. (Léonie sort.)
Mabïe-Jeànne, Didier. Didier entre, soucieux, par la porte de l'allée.
Didier. Mon père n'est pas venu?
Marie- Jeanne. Non. J'ignorais que nous le verrions aujourd'hui. Comme tu as mauvaise mine! Pourquoi as-tu l'air si fatigué? D'où arrives-tu? S Didier. J'avais affaire chez des banquiers. J'ai dû courir aux quatre coins de Paris.
Marie-Jeanne. C'était bien la peine que nous déraénagions pour te mettre à proximité de tes affaires, si tu recommences à passer ta vie sur la grande route. Depuis 10 une quinzaine, tu te transportes à Paris chaque jour, quand ce n'est pas deux fois par jour.
Didier. Ça n'est pas pour mon plaisir.
Marie- Jeanne. C'est peut-être par excès de zèle? . . . Oui, je t'agace, je le sais, quand je te prêche un peu de 15 modération. . . Pourquoi te surmener ainsi? Ne m'as-tu pas dit, l'année dernière, que nous étions déjà presque riches?
Didier. Quand on est dans les affaires, on ne peut jamais dire ce qu'on possédera encore le lendemain. 20 Marie- Jeanne. Ah ! avec un homme tel que toi, je me sens bien tranquille! Je n'ai qu'une appréhension, c'est que tu abuses de tes forces, et que tu tombes malade. Je t'aime tant ! Tout à l'heure, figure-toi, j'enviais Léonie d'être mère. Et cependant, lorsque je sors de mes envies îS les plus folles d'avoir un petit être qui serait de toi, que de ^fois je tremble, s'il venait, d'être alors exposée à l'aimez plus que je ne t'aime ! Quand je t'embrasse comme ceci, je sens au fond de moi s'épanouir to ïté