ACTE H, SCÈNE IV
laissé prendre les devants. . . Je ne viens pas récriminer, je viens achever de savoir. J'admets, je crois que vous n'avez été ni imprudent ni ^hujjrgjtet que c'est uniquement la chance qui vous alràmrjîassons à ce qui va pouvoir arriver, faites-moi bien comprendre le point où s vous en êtes. . .
Didier. J'en suis au moment où ma position peut être sauvée tout entière, ou tout entière perdue. J'offre qu'on fasse examiner mes, comptes, mes livres, ma correspondance, par l'expert qu'on voudra; et l'on se con- 10 vaincra ainsi que je ne demande pas un caïçau, mais une commandite appelée à prospérer elle-même, tout en me rendant la prospérité^ Ce n'est pas pour moi, soyez-en - 'convâm'cueTTlue jein'acharne à ne pasTacner prise. Depuis que je me débats contre le sort, j'ai vu tant de vilenies 15 et de duretés chez les manieurs d'argent, j'ai tant éprouvé d'angoisse et de découragement, que je renoncerais volontiers à mes ambitions, à la lutte, à tout, si j'étais seul. Mais il y a Marie- Jeanne, ses habitudes heureuses, ses joies d'enfant chérie, ses luxes innocents de belle petite 30 madame. . . Et pour ne pas lui infliger des renoncements, des humiliations, des tristesses, à cause d'elle je ne me résigne pas à succomber !
Sabine. Mon ami, chacun de nous pense à Marie- Jeanne avant de penser à soi. Nous l'aimons si fort que 1$ souvent,, l'un et l'autre, nous nous en sommes détestés. . . .
Didier. Je proteste que je n'ai jamais eu pour vous de I tels sentiments.
Sabine. Soit! ce n'est que moi que j'accuse d'avoir no i une hostilité de rivale, des rancunes jalouses quand 30 il nblait que, dans les affections de ma fille, vous
mr Mais aujourd'hui que, près d'elle,
il ne s'agît plus d'un malaise à dorloter, ni d'accaparée des caresses, à cette heure où il s'agit de conjurer on péril, sentez en moi une alliée bien sincère, bien ardente ! . . .
; Didier. Votre concours m'est indispensable pour obtenir de Mme Fontenais les trois cent mille francs qu'il me faut et qui m'ont été refusés partout. Si, à cette dernière porte où je frappe, je suis définitivement repoussé, je vois, avant peu, crouler tout ce que jjaj mis quatre 10 ans d'efforts à édifier, je suis déclaré ei Sabine. Oh !
Ddjier. Je suis saisi par les h*ûTssn
Sabine. Ah ! misère ! . . . La faillite ! ... la
Ces mêmes mots qui, aux mauvais jours d'autrefois, m'en-
15 traient dans les oreilles comme des vrilles brûlantes, j'étais
donc condamnée au supplice de les réentendre aujourd'hui,
chez ma fille ! . . . Mais son apport à elle, Maravon nous
a certifié qu'il n'était pas compromis?
Didier. Naturellement: la dot de ma femme, en va-
ao leurs dotales, est intacte, inerte, déposée à la Banque de
France.
Sabine. Par conséquent, quoi qu'il arrive, la ruine de
votre ménage ne saurait être, t out, à fait complète?
Didier. Elle sera plus fâcheuse a mes yeux que si elle
35 était complète. Comment! j'aurais réduit à l'indigence
celui-ci et celui-là; mais, moi, mon contrat de mariage
me forcera pourtant d'être encore un petit rentier ! J'aurai
ru in£ du monde, et je ne serai pas ruiné ! Ah ! c'est vous
n *meprendre sur mon compte, si vous supposez que je me
3a résignerais vilainement à devenir insolvable, et pis encore I
à passer pour un malin chez les gens ayant eu confiance
dans ma parole, dans l'honnêteté de 1 "'"nature.