ACTE H, SCÈNE V
Jeanne. Ce que je défends, c'est ce qui éclaire, çà et là, d'un sourire, ta vie qui n'a ps£ eu sa part, et que je ne laisserai pas devenir plus étroite ni plus sombre. Ne sens-tu donc pas que c'est ton indépendance de demain, ton patrimoine à venir, que je sauvegarde là? 5
Sabine. Je fais passer ma fille avant moi. Ne vous occupez pas de moi.
Madame Fontenais. Je défends, dans la tourmente, le radeau sur lequel, après le naufrage de ton mari, tu as repris pied la première, sur lequel Marie- Jeanne va pou- 10 voir, à son tour, monter, et en même temps repêcher son mari. . . Et puis, voilà ! j'ai assez répondu !
Sabine. Ne me chargez pas de rapporter une condamnation sans appel aux deux malheureux dont vous tenez les espérances?'' Bites-moi plutôt que vous réflé- 15 chirez pendant quelques Heures, quelques jours même ? . . .
Madame Fontenais. . Ce serait tromper les gens. C'est tout réfléchi.
Sabine. Dites, au moins, que vous accorderez une partie de ce qu'on implore de vous? Promettez deux cent 20 mille francs. Cela facilitera sans doute de se procurer le
reste Maman, je vous en supplie, quand ce ne serait
que cent mille francs, promettez-les !
Madame Fontenais. Je neietterai pas un morceau de
notre avoir à cette usiné vofitce, 1 dont j'ai maintenant 35
\ redouter les deux ou trois cents bras, le souffle
t de flamme et de fumée. Je n'alimenterai pas
qui ne cessera d'avoir faim et qui nous mange-
' si mon bon père était là, il se prononce- 30
avec plus de miséricorde! Dans des
;s, vous venez de le rappeler vous-
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même, ses premiers mouvements furent secourables, il s'émut, il se saigna ! *
Madame Fontenais. Ton père a eu le suprême souci que sa fille et sa petite-fille ne fussent pas saignées après S lui I . . . Quand il eut pris le lit pour y mourir, je le vois encore me saisissant les mains et me disant: * Sabine est veuve. Elle est bien jeune ! Elle se remariera sans doute. En tout cas, notre petite-fille se mariera. Je veux, avant de m'en aller, avoir fermé chez nous le chapitre de ce que 10 peuvent gaspiller Tes gendres. Jure-moi que, quoi qu'il arrive, tu ne te laisseras endoctriner par personne. Juremoi que tu ne prêteras jamais ta signature, ni rien de la fortune qui reste, après que j'ai mis tant d'affection conjugale et de cœur paternel à la constituer. . . » Ma fille, 15 je n'ai pas de religion plus chère que la mémoire de mon mari. Or, je lui ai juré ce qu'il voulait. Je n'ai plus rien à t'expliquer après cela. (Elle veut s'en aller.)
Sabine. Écoutez-moi encore !
Madame Fontenais. Non, la discussion est close. 30 Sabine. Je vous en conjure, écoutez-moi.
Madame Fontenais. Allons! écarte-toi.
Sabine. Vous ne vous retirerez pas sur un mot impitoyable. ***■#&-
Madame Fontenais. Cette luram'â fait mal.
35 Sabine. A moi aussi.
Madame Fontenais. J'ai besoin de prendre l'a"
Sabine, lui barrant le passage. Tout à l'heure
Madame Fontenais. Laisse, que j'aille respirer.
30 Sabine, .avec éclat. Vous respirerez, man fille sera tirée d'affaire I ' / ;