acte n, scène vn
Sabine, cédant à cet appel. Il me semble épeler, sur un tombeau, un nom qui me fait battre le cœur.
Marie-Jeanne. M. Stangy est bien vivant 1 . . . Son activité, vous en lisez la preuve, brasse évidemment une foule de capitaux, avec le geste large qu'on a dans le s Nouveau-Monde. De plus, puisqu'il vous a offert de vous épouser, nul n'est mieux désigné que lui pour avoir de la confiance en vous, pour se contenter de votre garantie, pour être empressé à vous rendre service. . . A tous les points de vue, il m'apparait comme l'être providentiel 10 chargé de notre salut. Écrivez-lui une longue lettre bien explicative. Il a le temps de la recevoir et de répondre. . . Ma petite mère, voici une plume, de l'encre, du papier. Dépêchez-vous d'écrire à M. Stangy.
Sabine. Me rappeler à lui par une demande d'ar- 15 gent 1 . . . Lui réapparaître sous les traits d'une quémandeuse, d'une connaissance d'autrefois, qui se fait importune ! ... Oh ! non ! vois-tu ! Je tiens à croire, pour
me compenser d'avoir perdu son amour, que tout de même un lien est resté entre nous, fait de son estime et de ma ao fierté. N'exige pas que je détruise encore cela, que je me dégrade peut-être dans l'opinion qu'il a emportée de moi I ... Je n'en ai pas le courage ! . . .
Marie-Jeanne. Et où en trouverai-je, moi, du courage, si ma grand'mère dit: * Je ne donne pas l'argent 25 au* i'ai t, si ma mère ajoute: « Je n'écris pas la lettre e peux »? . . . Qu'est-ce qui m'appartient, à moi, de pour mon mari ?
bine. Je m'exprime mal. Je n'obéis pas aux conseils ix orgueil, ni même au souci de la plus simple 30 . Je me sens tenue par quelque chose de plus proplus impérieux. C'est une pudeur à l'égard de cet
homme, toute une grande pudeur vis-à-vis de celui-là, parce qu'il m'a aimée, parce que, son argent, il me semblerait que je l'extorque au souvenir d'un sentiment sacré, et que j'y supporte une odeur d'amour payé. Comprends s donc cela ! Dis-moi que tu devines ce que j'éprouve. Tu es femme aussi ! . . .
Marie- Jeanne. Je suis femme, oui, femme de Didier. La pensée qui m'hypnotise est celle de mon mari. Mes yeux ne peuvent se détacher de l'issue par laquelle il cesse-
io rait de se casser la tête contre les murs. J'insiste, mère, avec toute mon énergie, pour que vous vous adressiez à M. Stangy.
Sabine. Tu me réduis à interroger ma conscience, à me demander si la résistance que je t'oppose est dénatu-
15 rée? . . . Mais non ! . . . Je revois la minute où, ayant à me décider au sujet du même homme, je t'ai, sans restriction, préférée à moi. Je ne puis donc me défier de ce que mon instinct me suggère aujourd'hui. Si je m'arrête, ce n'est, à coup sûr, que devant une indélicatesse, une
so malpropreté d'âme.
M âme- Jeanne. Il vous parait plus propre de voir votre fille et son mari, cousus de dettes, rouler dans les mauvaises affaires ! . . . Vraiment, quand je regarde où nous en sommes tous, permettez-moi de regretter que *
15 vous n'ayez pas accepté autrefois l'offre irréprochable de » M. Stangy. Au lieu qu'il nous soit devenu un étra auquel vous n'osez pas recourir, il pourrait être ici, 1 sa fortune, et, pour assister mon ménage, il serait beau-père !
30 Sabine. Tu m'accuses de t'avoir fait du tort? Marie- Jeanne. Oh ! je ne vous accuse pas. Si ■ vous êtes trompée, je sais bien que c'est par excès