‹ La course du flambeau: pie?ce en quatre actesChapitre 77 sur 83 · ACTE IV, SCÈNE VI · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCÈNE VI

proteste îe tu n'avais pas prévu tant de peine

que j'a» lare vite que tu ne saurais plus t'arra-

clier de i faire régner entre nous cette immensité

d'absence !

Marie- Jeanne. Je vous jure, petite mère, que je vou- 5 drais pouvoir me couper en deux. Mais, du moins, mon absence ne sera pas éternelle. Je reviendrai, un jour, vous sauter au cou, avec délices !

Sabine. Oui ! si le chagrin ne m'a point alors portée en terre. 10

■ Marie-Jeanne. Ne me tenez pas de ces propos-là, mère ! J'ai des amies que la carrière de leur mari a fait aller en garnison dans le sud de l'Algérie, dans l'Indo- Chine. . . Elles auraient donc été réduites à divorcer, si le bonheur et l'intérêt de leur ménage n'avaient point 15 primé toute autre considération chez leur mère, à elles?

Sabine. J'ai servi ton ménage au delà de l'imaginable. Je ne conspire pas contre lui. Je demande que tu y sois heureuse, près de moi. Ton bonheur, ta vie courante, les roses revenues à'ton teint, je veux, dans la contempla- 20 tion, en posséder ma part. Je tiens à toi, comme si depuis vingt et un ans que je t'ai mise au monde, nqus n'avions cessé de faire corps ensemble ! Ma tendresse t'a donné pour gages les tourments dans lesquels je t'ai enfantée, les mauvais jours et les mauvaises nuits, depuis lors, quand 25 tu fus petite et grande, qù tes plaintes faisaient repasser dans mes entrailles les torturants frissons de ta naissance. Je t'ai donné pour gages les longues années d'un dévouement capable, au besoin, d'aller — ■ tu peux m'en croire, — jusqu'aux pires hontes, jusqu'au dernier des crimes! 30 Mes titres auprès de toi, je ne crains pas de les mettre en balance avec ceux de M. Didier !

Mabie-Jeanne, se redressant. Mère, je vous en prie, n'élevez pas la voix contre lui. Il est mon mari!

Sabine. Oui, ton mari ! Cela signifie qu'il y a quatre

ans il était encore un passant pour toi, que le Caprice des

S rencontres fit venir se mettre à ton côté. Le lien, entre

vous, il est formé, celui-là, dans le facile plaisir des caresses.

Les gages, qui les a fournis en cette circonstance? sinon

toi, avec ta pureté, tes charmes, et, peut-être, ta dot !

Marte- Jeanne. Jusqu'à quelle insinuation allez-vous?

10 C'est la délicatesse de son amour que vous mettez en doute.

Mère, n'ajoutez pas un mot, cela vaudra mieux poux les

sentiments que je veux vous porter.

Sabine. Quoi ! je devrais me taire tandis que tu t'apprêtes en sa faveur à me dépouiller de toi !.. . J'ai bien le 15 droit pour ma cause, de te montrer que cet agent de malheur, en échange de ce que tu lui apportais de bon, t'a stupidement conduite aux abois. Ce qu'il a mis dans ta corbeille, ce sont les motifs de larmes, les ravages de ta santé, la tare de la faillite !

10 Marie-Jeanne. C'en est trop ! Qui touche à lui me blesse. Adieu 1 Sabine. Où vas-tu?

Marie- Jeanne. Sur la route, au-devant de mon failli, que je suivrai jusqu'au bout du monde 1 {Marie-Jeanne as s'éloigne.)

Scène VII Sabine,, seule, appelant sa fille qui disparaît Marie- Jeanne! . . . Elle n'est plus là! . . . Elle a ■ mencé de partir pour toujours! Me voici seule I tournant vers le chalet.) Maman 1 maman 1

.CTE IV, SCÈNE Vm

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