SCÈNE PREMIÈRE
DORVILLE, MO^SlEUR COQUARD.
Dorville.
Or ça, monsieur Coquard , raisonnons je vous prie.
C'est mon faible , ^Monsieur, et si je me marie , J'espère sur cela ne pas me iiégiigrr, El cultiver toujours mou tsprii, pour clianger.
( 22 ) DORVILLE
Ah ! pour changer ?.... fort bien, je vous en fe'licite, "Vous êtes je le vois un homme de mérite; Tandis que pour la forme on relit de concert L'acte qu'a fait en blanc dresser madame Albert, Puisque nous sommes seuls, je vais eu confidence Vous e'clairer ici sur tout ce que je pense. Monsieur Coquard.
Vous me flattez, Monsieur, dès que vous le voulez Je m'y prête et je suis tout oreille; parlez.
DoRVILLE.
D'abord.,..
Monsieur Coquard.
Ce jeune Arthur, filleul de votre frère Selon le bruit commun, n'a ni père ni mère ?
DoRVILLE.
Non, Monsieur.
Monsieur Coquard.
A ce compte, il est donc orphelin?
DoRVILLE.
Oui.
Monsieur Coquard.
Depuis quand est-il avec monsieur Jobin 7
DoRVILLE.
Ma foi....
Quelqu'un m'a dit qu'il était fils unique ?
DoRVILLE.
C'est vrai.
Monsieur Coquard.
Jamais pourtant il n'aura la boutique.
Quatre-vingt mille francs seraient trop ?
DoRVILLE.
Je le crois.
Monsieur Coquard.
Son pays ?...
DoRVILLE.
Je ne sais.
Monsieur Coquard.
Moi, je suis Champenois.
Dcr.viLLE.
Ah ! ah !
Monsieur Coquard.
Je porte un nom cité dans ma province, Connaissez-vous Vitri ?
DoRVlLLE.
L'endroit est assez miuce.
(23) MoifSIECR COQUARD.
J'en suis natif.
DORVILLE
Après?
MONSIEVR CoQUAaD,
Au lieu de voyager, J'ai voulu me fixer à Paris , pour changer.
DoRVILLE.
Mais en changeant d'état n'aurez-vous rien à craindre?
Monsieur Coquabd.
C'est cela , je suis riche et ne peux pas me plaindre. Mais à certains malheurs si j'allais m'exposer.... Poursuivez , c'est plaisir avec vous de causer.
DoRVILLE.
Trop bon ! je vous dirai....
Monsieur Coquabd.
Votre charmante nièce Augure-t-elle bien de moi , de ma tendresse ?
Dorville.
Sur ce point....
Monsieur Coquarb.
J'ai promis de la prendre sans dot.
Dorville.
Soit.
Monsieur Coqtjard.
Celui qui ne tient qu'à l'argent n'est qu'un sot. Dorville.
Quelquefois.
Monsieur Coquabd.
C'est pourtant la passion commune.
Dorvilli.
Mais....
Monsieur Coquard.
A combien un jour montera sa fortune ?
DoRVIUE.
Madame Albert a dû vous en informer.
Monsieur Coquard.
Point.
J'aurais craint d'offenser l'amitié qui nous joint. Et puis c'est une femme exacte , un vrai modèle , Supérieure en tout,... Mais que pensez-vous d'elle?
Dorville.
Moi?
Monsieur Coquard ( ricanant ).
SuflTit, j'ai bien fait de vous interroger; Et vous êtes toujours le même, pour changer.
DoRViLLE ( ai'ec impatience ).
Pour changer, sans changer,
Monsieur Coquard.
Quoi?
DORVILLE
Terminons, de grâce , Car de vos quolibets à la fin je me lasse; Madame Alberl intrigue et veut que ce soit vous De ma nièce , dil-on, qui deveniez Tépoux ; Je ne soupçonne point ses desseins, mais Ursule Re'pugne à contracter un hymen ridicule. Monsieur Coquard.
Ridicule , Monsieur ?
DOKVILLE.
Convenez-en tout bas , Votre âge avec le sien ne sympathise pas ; Un homme tel que vous , quelque éclat dont il brille, l\'est pas fail, croyez -moi, pour une jeune (îlie : Puis de vos revenus le produit n'est pas clair j On dit que vous vendez votre argent un peu cher j Et s'il faut qu'en ami Iranchemcnt je m'explique , Tout en vous admirant, au moral, au physique, J'ai peine à supposer que pour être chéri, Vous ayez ce qu'on veut, Monsieur , dans un mari.
Monsieur Coquard.
Il ne me manque rien.
DouviLLE.
Tant mieux, je le désire j Mais comme le lien où votre cœur aspire, Wa. d'autre attrait pour vous que la cupidité , Je vous dois un avis encor de ce côté.
Monsieur Coquard.
Un avis ?
DoRVlLLE.
Vous comptez sur un grand héritage ?
Monsieur Coquard.
Eh î bien ?
DORVILIE.
Je ne peux en dire davantage , Kt ma nièce qui vient m'oblige à vous quitter , Elle seule a le droit de tout vous raconter.
Monsieur Coquard [à pari).
Oui dà , prenons y garde. Oh ! je ne suis pas bêle.