M. ET M*. JOBIN , DORVILLE, ARTHUR
Monsieur Jobin.
Comment vous revenez encor sur le passé ?
DoRVILLE.
Oh I vous m'écouterez puisque j'ai commencé.
Madame Jobin.
Mei , Monsieur , je suis sourde et ne veux rien entendre.
DoRVILLE.
Le piège est sous vos pas , je dois vous en défendre.
Monsieur Jobin.
S'il me plaît d'y tomber.
Madame Jobin.
De quoi vous mêlez-vous ?
Dorville.
Ma sœur !....
, Madame Jobin.
Continuez , soyez maître chez nous.
DoRVILLE.
Sans moi c'est fait de vous et de votre famille.
Madame Jobin.
C'est vous qui brouillez tout , et conseillez ma fille j Pour rassurer Coquard , j'ai fait ce que j'ai pu, Son hymen avee elle est à demi rompu , Il murmure , il se plaint , puis s'esquive. DonviuLE.
Qu'y faire?
( 33) Madame Jobin ( désignant Arthur).
De Monsieur, sourdement, vous êtes l'émissaire, En ces lieux ^ après nous, lui trouver un appui. Si nous vous en croyons, n'est pas assez pour lui , Vous voudriez encor qu'on lui donnât pour feuinie.... On n'est pas plus modeste , en vérité'.
Arthur.
Madame....
Madame Jobin.
( A DoT-vUle. ) Quand je vous parlerai vous répondrez j pour vous Qui semblez ne vouloir vous rapprocher de nous Que pour mieux avilir notre pauvre cousine , Lorsqu'à vous pardonner elle se détermine , Et se charge pour nous de votre protégé , J'aime à voir à quel point vous êtes corrigé ; Ne rougissez-vous pas de lui prêter des vues Que depuis son veuvage elle n'a jamais eues ? De pareils procédés blessent la bonne foi. Et qui se les permet doit demeurer chez soi.
DORVILLE
C'est me congédier sans nulle réticence;
Mais si je vous fais voir avec pleine évidence....
Madame Jobin.
Finissez, ou je sors.
DoRVILLE.
Le choix est un peu dur , Mon frère, je vous prie, interrogez Arthur; Sur notre démêlé tout me prouve et m'indique Qu'il en sait maintenant plus que nous.
Monsieur Jobin.
Qu'il s'explique.
J'y consens.
Arthur ( avec embarras ).
Moi, Monsieur, je ne sais rien du tout. DoRviLLE ( avec force ).
Il en impose.
Monsieur Jobin.
Lui?
Madame Jobin.
C'est me poussera boutj Voulez- vous qu'à dessein servant votre malice, Il nous irrite aussi contre sa bienfaitrice.
Arthur {avec sagesse et fermeté), ^ladamc, sur ce point, cessez de m'averlir Je connais mon devoir el n'en veux point sertir.
Monsieur Jobin.
Bien cela, mon enfant, j'admire la sagesse, Ma femme te rebute et te gronde sans cesse , Mais elle l'aime au fond, d'ailleurs je suis pour toi : Et dans l'occasion tu peux compter sur moi : Rien ne se fait ici que par mou ministère, On me tracasse un peu, mais j'ai du caractère.
Madame Jobin ( àpart).
Le moyen d'en douter d'après tout ce qu'on voit.
DOUVILLE
Vous le dites toujours et personne n'y croit.
Madame Jobin.
Eli bien , re'pondez donc et je serai contente, Vous laissez outrager notre pauvre parente. Seule je la défends et je prends son parti, A votre autorité l'on donne un démenti.
Monsieur Jobin.
Croyez-vous ?
Madame Jobin.
Parlez donc.
Monsieur Jobin.
De reste , çà mon frère , Je ne me contiens plus tant je suis en colère j Prétendtz-vous eiicor venir dans ma maison Pour me contrarier sans rime ni raison ? Ai-je perdu mes droits sur ma femme et ma fille? Kepuis-je plus admettre au sein de ma famille Quiconque me convient sans avoir votre aveu ? Mon bien m'apparlienl-il ? vous faitez-vous un jeu De semer parmi nous le trouble et la discorde? Ah ! ah ! vous vous laistz? quand je touche la corde, Je la pince un peu sec, n'est-ce pas? apprenez Qu'on ne me mène pas comme un sot par le nez; Que j'ai du goût, du sens, de l'esprit, des lumières. Qu'on ne m'en revend pas sur cerlaims matières. Et qu'en tout et sur tout, sans avoir te dessous. Je peux rivaliser un talent tel que vous.
Dorville.
Peste ! quelle énergie ! à merveille mon frère .' En eûél, vous avez vraiment du caractère , Je vois qu'il ne s'agit que de vous mettre en train.
Monsieur Jobin.
Tel je suis aujourd'hui , tel je serai demain.
Dorville.
î^'altendez pas aussi que je change de style ^Votie monsieur Coquard n'est qu'au franc imbe'cile ,
Un usurier, qu'au doigt chacun montre partout^ Et jamais on n'a pris un gendre de ce goût.
Monsieur Jobin.
Ah!
DORVILLE
Si madame Albert presse ce mariage C'est que son avarice y trouve un avantage, Que votre bien par là lui reste tout entier, Et qu'elle aura le temps de se l'approprier; Ce n'est pas tout , Arthur convient tort à la dame , Elle ne vous trahit que pour être sa femme.
Monsieur Jobin.
Comment diable 1
DORVILLE
Qu'il parle, il sait la ve'rite , Voilà ce que je crains, ce qu'elle a projeté, Approuvez maintenant, exhaltezsa conduite Et vous verrez bientôt quelle en sera la suite.
Madame Jobin.
Chanson que tout cela.
DoRVILLE.
Quoi.
Monsieur Jobin.
C'est elle.