SCÈNE PREMIÈRE
MADAiME ALBERT, MONSIEUR COQUARD.
Madame Albert.
Se peut-il qu'à ce point on soit intéressé ? Monsieur Coquard.
Franchement son récit m'avait bouleversé.
Madame Albert.
Vous vous fiez d'abord à ce que dit Ursule. Je croyais qu'en Champagne on était moins crédule.
Monsieur Coquard.
Est-ce qu'on pense à tout?
Madame Albert.
\ ous deviez y songer.
Monsieur Coquard.
Je ne suis pourtant pas mul adroit pour changer j De l'amour au surplus vous voilà bien guérie ?
(^9) Madame Albert.
Ne renouveliez pas cette pi lisanierie»
Monsieur Coquard.
Je n'en ris qu'en passant , c'est fini j le filleul Désormais de son bord va se trouver tout seul ?
Madame Albert.
De belle passion, puisque Monsieur se pique....
Monsieur Coquard.
A présent si j'épouse , il me faut la boutique.
Oui.
Monsieur Coquard.
Tout considéré, j'étais bien dupe.
Madame Albert.
Mais....
Monsieur Coquard.
C'est marché convenu ?
Madami;^ Albert.
Quand je vous le promets.
Monsieur Coquard.
Me faudra-t-il long-temps après le mariage, Du père et de la mère attendre l'héritage?
Madame Albert.
Avez-vous déjà peur de le perdre , on verra....
Monsieur Coquard.
Ils peuvent m'en frustrer.
Madame Albert.
Eux?
" Monsieur Coquard.
Qui m'en repondra ?
Madame Albert.
Vous êtes sans mentir un homme bien étrange ? Au gré de vos souhaits pourvu que tout s'arrange , Qu'exigczvous de plus? votre lulérêt , le mien , Veut que nous nous prêtions un mutuel soutien.
Monsieur Coquarb.
Et vous comptez rester dans la maison ? Madame Albert.
Peut-être.
Monsieur Coquard.
Fort bien , mais votre but, ne puis-je le connaître?
Ali I ah ! Monsieur de tout voudrait être éclairci; Ce que j'ai fait pour vous n'est donc rien jusqu'ici ,
Et vous me soupçonnez avec tant d'injùslice ?
Je vous donne pour femme une jeune novice
Qui, d'un joug importun , brûle de s'affranchir,
Sourit dès qu'on lui parle et va vous enrichir ;
Pour vous en ma faveur de'roçeant à l'usage ,
Ses parens veulent bien s'aveugler sur voire âge j
Malgré vos cinquante ans ce flux de questions,
Dont vous enjolivez vos conversations ,
Et la soif de l'argent qui toujours vous domine,
J'obtiens que votre hymen à la fin se te» mine ,
Et lorsque tout est prêt, par les soins que j'ai pris,
De mes efforts constans voilà quel est le prix ?
Fi , Monsieur, c'est affreux I une pareille enquête Yoi
Quelqu'en soit le motif est un trait malhonnête ,
Et pour vous en punir et m'en débarrasser,
De ces lieux à l'instant je devrais
Monsieur Coquabd.
M'expulser.
tin moment , je suis là , point d'injures en face ; Mais ne craignez-vous pas que ce soit vous qu'on chasse I
Madame Albert ( ironicjucment ).
Moi , Monsieur !
MONSIEVB CoQUAT'iD.
L'oncle y vise et si j'en puis juger, Il pourra vous donner du dessous pour changer.
Madame Albert.
Lui?
Monsieur Coquard.
Wavez-vous pas vu son sang-froid , son silence, Lorsque vous me vengiez d'un rival qui m'offense , Pour le calmer , tout bas les efforts qu'il fesait ; En vous considérant comme il se composait ; Quand on a de l'esprit , on réfléchit, tout frappe j Devant nous en sortant il n'a pas ri sous cappe ! N'est-ce pas ? non , c'est moi qui m'égayais pour lui Du filleul en ces lieux c'est moi qui suis l'appui ? Ils ne reviendront pas ? complez-y , je soupçonne Qu'en secret l'un et l'autre ils vous la gardent bonne, Et qu'ils ont une trame et des moyens tout prêts, Pour vous mettre dehors et m'éconduire après.
Madame Albert ( avtcjermtté).
Je ne redoute rien , mes soins , ma prévoyance , Ma pénétration, fruit de l'expérien.je , Cette souplesse aveugle où j'ai su m'asservir, Et dont prcs de nos gens , j'ai l'art de me servir , Dix mois passés pour eux sans nulle inquiétude , Ajoutez à cela, le penchant, l'habitude,
Les suites d'un éclat , qui peut les alarmer. Et que pas un des deux n'oserait entamer; Tout doit me garantir des pièges de Dorville, Tout ce qu'il tenterait deviendrait inutile j Cette fois cependant , je veux le prévenir , M'assurer du présent de peur de l'avenir. Et que notre débat sur votre mariage, L'accable et pour jamais tourne à mon avantage.
Monsieur Coqvard{ à part ). J'y consens de grand cœur et trouverai tout bien...
Madame Albert.
Voilà parler.
Monsieur Coqoard.
Pourvu que je n'y perde nen.