‹ La cousine Albert, ou, La maîtresse dans la maisonChapitre 20 sur 27 · SCÈNE PREMIÈRE · texte numérisé non relu

SCÈNE PREMIÈRE

MADAiME ALBERT, MONSIEUR COQUARD.

Madame Albert.

Se peut-il qu'à ce point on soit intéressé ? Monsieur Coquard.

Franchement son récit m'avait bouleversé.

Madame Albert.

Vous vous fiez d'abord à ce que dit Ursule. Je croyais qu'en Champagne on était moins crédule.

Monsieur Coquard.

Est-ce qu'on pense à tout?

Madame Albert.

\ ous deviez y songer.

Monsieur Coquard.

Je ne suis pourtant pas mul adroit pour changer j De l'amour au surplus vous voilà bien guérie ?

(^9) Madame Albert.

Ne renouveliez pas cette pi lisanierie»

Monsieur Coquard.

Je n'en ris qu'en passant , c'est fini j le filleul Désormais de son bord va se trouver tout seul ?

Madame Albert.

De belle passion, puisque Monsieur se pique....

Monsieur Coquard.

A présent si j'épouse , il me faut la boutique.

Oui.

Monsieur Coquard.

Tout considéré, j'étais bien dupe.

Madame Albert.

Mais....

Monsieur Coquard.

C'est marché convenu ?

Madami;^ Albert.

Quand je vous le promets.

Monsieur Coquard.

Me faudra-t-il long-temps après le mariage, Du père et de la mère attendre l'héritage?

Madame Albert.

Avez-vous déjà peur de le perdre , on verra....

Monsieur Coquard.

Ils peuvent m'en frustrer.

Madame Albert.

Eux?

" Monsieur Coquard.

Qui m'en repondra ?

Madame Albert.

Vous êtes sans mentir un homme bien étrange ? Au gré de vos souhaits pourvu que tout s'arrange , Qu'exigczvous de plus? votre lulérêt , le mien , Veut que nous nous prêtions un mutuel soutien.

Monsieur Coquarb.

Et vous comptez rester dans la maison ? Madame Albert.

Peut-être.

Monsieur Coquard.

Fort bien , mais votre but, ne puis-je le connaître?

Ali I ah ! Monsieur de tout voudrait être éclairci; Ce que j'ai fait pour vous n'est donc rien jusqu'ici ,

Et vous me soupçonnez avec tant d'injùslice ?

Je vous donne pour femme une jeune novice

Qui, d'un joug importun , brûle de s'affranchir,

Sourit dès qu'on lui parle et va vous enrichir ;

Pour vous en ma faveur de'roçeant à l'usage ,

Ses parens veulent bien s'aveugler sur voire âge j

Malgré vos cinquante ans ce flux de questions,

Dont vous enjolivez vos conversations ,

Et la soif de l'argent qui toujours vous domine,

J'obtiens que votre hymen à la fin se te» mine ,

Et lorsque tout est prêt, par les soins que j'ai pris,

De mes efforts constans voilà quel est le prix ?

Fi , Monsieur, c'est affreux I une pareille enquête Yoi

Quelqu'en soit le motif est un trait malhonnête ,

Et pour vous en punir et m'en débarrasser,

De ces lieux à l'instant je devrais

Monsieur Coquabd.

M'expulser.

tin moment , je suis là , point d'injures en face ; Mais ne craignez-vous pas que ce soit vous qu'on chasse I

Madame Albert ( ironicjucment ).

Moi , Monsieur !

MONSIEVB CoQUAT'iD.

L'oncle y vise et si j'en puis juger, Il pourra vous donner du dessous pour changer.

Madame Albert.

Lui?

Monsieur Coquard.

Wavez-vous pas vu son sang-froid , son silence, Lorsque vous me vengiez d'un rival qui m'offense , Pour le calmer , tout bas les efforts qu'il fesait ; En vous considérant comme il se composait ; Quand on a de l'esprit , on réfléchit, tout frappe j Devant nous en sortant il n'a pas ri sous cappe ! N'est-ce pas ? non , c'est moi qui m'égayais pour lui Du filleul en ces lieux c'est moi qui suis l'appui ? Ils ne reviendront pas ? complez-y , je soupçonne Qu'en secret l'un et l'autre ils vous la gardent bonne, Et qu'ils ont une trame et des moyens tout prêts, Pour vous mettre dehors et m'éconduire après.

Madame Albert ( avtcjermtté).

Je ne redoute rien , mes soins , ma prévoyance , Ma pénétration, fruit de l'expérien.je , Cette souplesse aveugle où j'ai su m'asservir, Et dont prcs de nos gens , j'ai l'art de me servir , Dix mois passés pour eux sans nulle inquiétude , Ajoutez à cela, le penchant, l'habitude,

Les suites d'un éclat , qui peut les alarmer. Et que pas un des deux n'oserait entamer; Tout doit me garantir des pièges de Dorville, Tout ce qu'il tenterait deviendrait inutile j Cette fois cependant , je veux le prévenir , M'assurer du présent de peur de l'avenir. Et que notre débat sur votre mariage, L'accable et pour jamais tourne à mon avantage.

Monsieur Coqvard{ à part ). J'y consens de grand cœur et trouverai tout bien...

Madame Albert.

Voilà parler.

Monsieur Coqoard.

Pourvu que je n'y perde nen.

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