SCÈNE VIL
LES MÊMES hors SUZON.
Arthur (à Madame Albert), Votre courroux, Madame, à des regrets m'expose. Et de son accident c'est moi qui suis la cause.
Madame Albert.
Vous ?
Arthur.
Sachant que tous trois vous teniez comité , J'ai cru que sans manquer à votre autorité, Je pouvais l'envoyer....
Madame Albert.
Vous mentez , je le gage ?
Arthur.
Ce soupçon....
Madame Albert.
Brisons là.
Arthur.
Comment ?
Monsieur Jobin.
C'est le plus sage.
Cousine, dans trois jours nous allons à Pantin.
Madame Jobin.
Un exprès est yenu nous prier ce matin. Madame Adbert.
De quelle part ? Qui donc ?
Monsieur Jobin.
Madame Dorothée.
Madame Albert.
Cette orgueilleuse-là?
Monsieur Jobin.
Vous êtes invil«c.
Moi?
Monsieur Jobin.
Nous avons promis.
Madame Albert.
Et vous avez eu tort* Yous n'irez pas.
Madame Jobin.
Nous ?
Monsieur Jobin.
Bah!
Madame Albert.
Non , vous dis-je. D'aborJ Nous avons en ces lieux à traiter autre chose , Et puis à ce dipart votre santé s'oppose.
Arthur ( bas à madame Albert ).
Renoncent-ils enfin a leur commerce ?
Madame Albert {has.) Paix I ^ Je vous ai défendu de m'en parler jamais. Monsieijr Jobin.
Tu vois, à notre sort comme elle s'intéresse ?
Arthur.
En eÉfet.
Madame Jobin.
Que d'égards !
Monsieur Jobin.
Et de délicatesse î Madame Albert {minaudanl }.
Point du tout.
Par pudeur, Madame parle ainsi.
Monsieur Jobin.
Sans elle , on oublîrait que je suis maître ici.
Madame Jobin ( bas ).
Ah I le plus fort est fait.
Monsieur Jobin ( se rengorgeant).
Mais l'autorité perce.
C'est fini, mon enfant, je quitte le commerce.
Arthur (vivement)^ Vrai?
Monsieur Jobin.
J'y compte.
Arthur ( avec timidité).
Et quel est votre heureux successeur?
Madame Albert [ironiquemoit).
On ne s'exprime pas avec plus de douceur ,
De sa discrétion j'admire la souplesse.
Répondez donc, cousin.
Monsieur Jobin {se frottant les mains ). Si c'e'tait toi.
[ Arthur ( avec joie ).
Dieu !
Madame Albert.
Madame Jobin.
Qu'est-ce ?
Rêvez-vous ?
MoNsiEUTi Jobin.
Nullement.
Madame Albert ( has h madame Jobin ).
Silence. ( haut , avec ironie) Cette fois J'approuve votre e'poux , il a fait un bon choix j Si véritablement votre fonds est à vendre, Nul autre que Monsieur ne pouvait y prétendre ; N'a-t-il pas , selon vous , pour tenir la maison , L'âge , l'esprit qu'il faut , et surtout la raison ? Quels dangers avec lui redouter dans la suite , Sa fortune api es tout répond de sa conduite.
Arthur.
Votre projet est-il de me faire sentir?....
Madame Albert {avec intention méchante).
Mais vous vous oubliez , à ne vous point mentir. Vous n'avez pas d'état, aucune consistance , Ajoutez à cela votre inexpérience, (!es raisons..,, soyez juste et convenez , mon cher, Qu'on ne peut pas compter sur des profits en l'air, El qu'en cédant son bien, serait-ce à l'amiable, On veut avoir du moins un acquéreur solvable.
Monsieur Jobin.
On profite toujours avec son entretien.
Arthur.
Quoi!,...
Monsieur Jobtn.
Je change d'avis , mais tu n'y perdras rien. Et je veux te tirer de la classe commune, La cousine.... A tantôt.... Touche là, sans rancune.
Arthur.
Qui , moi ? maintenez-vous dans ces bons sentimens , Et comptez tous les trois sur mes remercîmens. ( A pari. ) Que de lu&es :
Madame Albert {bas à Arthur), Sortez.
ARTHtTB {à part en sortant).
J'attends monsieur Dorville , Et son secours ici pourra noui être utile. ( // sort. )