‹ La couvée, comédie en trois actesChapitre 1 sur 41 · SCÈNE PREMIÈRE · texte numérisé non relu

SCÈNE PREMIÈRE

GRAINDOR, ANDRÉ, pim MADAME GRAINDOR M. Graindor, 30 ans, bien mT>, momlaches et favoHA à peine grisonnants. Pas ridicule du tout, mais simple et bonhomme. André ]\leiUet, 2S ans, très ■ correct, tonte sa barbe, sérieux. Madame Graindor. /to ans, d'une élét/ance discrète de bourgeoise à son aise. Encore jolie.

GRAINDOR, entrant par Ir fond, à droite avec André.

Mais, mon cher monsieur André, j'aurais voulu élever mon fils moi-même. Malheureusement les

affaires, les tracas de là vie m'en ont empêché. Je Fai laissé à sa mère qui me l'a gàlé. J'ai eu tort... Seulement, que voulez-vous, je suis à la lète de lapremière maison de liquidesde la ville... Il m'arrive de n'avoir pas le temps de monter déjeuner... Si ce n'était pas aujourd'hui dimanche, j'aurais été dérangé quinze fois depuis une heure... Élever mes enfants !... J'ai eu bien d'autres choses à faire.

j ANDRÉ

C'était peut-êl pe celle-là la plus importante.

GRAINDOR

Je ne vous dis pas... Enfin, j'ai tout de même su me faire aimer d'eux. Il y a des pères qui se font craindre, moi. je me suis fait aimer. J'ai traité Auguste en camarade, dès qu'il a eu l'âge. .. Je l'ai emmené au café avec moi... je...

MADAME GRAINDOR, entrant, à son mari.

Dis-moi, mon ami... ne trouves-tu pas qu'Auguste avait mauvaise mine à table tout à l'heure?

GRAINDOR

Mais non. Te voilà bien... toujours la même. Tu passes ton temps à lui inventer des maladies.

MADAME GRAINDOR

Pour les hommes, les enfahts ne sont jamais malades... J'ai peur qu'il ne couve une fièvre.

ANDRÉ

Jq vous assure que non, madame Graindor.

SIADAMIC GRAINDOR

Ah ! c'est vrai, je ne puis me faire ù l'idée que vous êtes médecin.

A;\nHÉ

Il y a SI peu de temps...

GRALNDOR

Tu crois encore aux médecins, toi?

MADAME GRAINDOR

Toi, tu ne crois à rien, c'est entendu.

GRAIiVDOR

Et je m'en vante... Ce n'est pas au dix- neuvième siècle... presqu'au vingtième...

MADAME GRALNDOR, à A ndi'é.

Alors, VOUS pensez que ce n'est rien?

ANDRÉ

Rien du tout.

MADAME GRAINDOR

Il a dû rentrer tard cette nuit, je ne l'ai pas entendu. Je lui avais mis sur son réchaud une tasse de chocolat, il n'y a pas touché.

GRAINDOR

C'est qu'il avait soupe dehors.

MADAME GRAINDOR

Du tout. Il est allé au Grand-Théâtre pour le troisième début de la seconde Duga^Dn.

GRAINDOH

Oui, mademoiselle Silva... {Il pousse André du coude.)

I^ LA COUVKE

Est-ce qu'elle a été reçue?

MADAME GRATNDOR

Je ne sais pas. Ça me fait penser que je nn lui ai pas encore payé son abonnement au théâtre, à ce pauvre petit.

ANDRÉ

11 est abonné?

MADAME GRATNDOR

■Naturellement. Où voulez-vous qu'il passe s<'.s soirées? Tl aime beaucoup la musique. [On entend dans la salle à manger du bruit et des celais de rire.)

GRAINDOR

Qu'est-ce que c'est ?

MADAME GRAIXDOR

C'£st Auguste qui joue avec sa sœur... Lnissoles donc, mon Dieu ! ils sont si enfants tous, les deux.

GRALXDOR

Auguste est encore plus jeune que Fi fine, bioa qu'il ait quatre ans de plus qu'elle.

MADAME GRATMDOR

C'est vrai, elle n'a que dix-huit ans... (A André.'; Quand je pense que vous voulez l'épouser.cc

ANDRÉ

îîlais oui...

MADAME GRAIXDOR

Kous jivons le temps.

LA couver: 5

ANHEÉ

Vous m'avez autorisé à écrire à. ma mère do venir faire sa demande.

MADAME GRALNDOR

Vous lui avez écrit?

ANDRÉ

Oui.

MADAME GRAI.XnOH

Ça ne pressait pas. {On entend un hnnl (Jr vaisselle cassée dayis la pièce voisine.)

MADAME GRAINDOR, sortant à droite, au fond.

Ah ! les vilains enfants ! Voulez-vous vous tenir tranquilles... Fifine ! Auguste! {Lorsqu'elle ouvre la porte, on entend les éclats de rire de Fifine et d'Auguste.)

GRAINDOR, à André.

Ma femme me fait toujours rire... Elle croit qu'Auguste a encore dix ans... Figurez vous, ce garnement-là... j'étais avec sa sœur... je l'ai rencontré l'autre jour dans la rue en compagnie d'une personne... J'ai fait semblant de ne pas les voir parce que j'aurais été forcé de lui faire de la morale et que ça m'embête... Et elle était jolie, vous savez... mais jolie... Ah ! il a bon goût, le gaillard... Je lui demanderai qui c'est... Quelquefois il me raconte... Qu'est-ce que vous voulez que je dise... D'abord, j"ai les idées très larges... et puis, ma foi, il faut bien que jeune>se se passe!... {Entrent Fifine et Auguste se poursui-

vant et madame Graindor. Fifine entre lapreniirrn, très jeune, riant et se cachant derrière sa mère, ponr qu Auguste ne l'atteigne pas.)

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