‹ La couvée, comédie en trois actesChapitre 24 sur 41 · SCÈNE VIII FIFINE, MADAME GRAINDOR · texte numérisé non relu

SCÈNE VIII FIFINE, MADAME GRAINDOR

MADAME GRAINDOR, érialant.

Âh ! c'est trop fort! Ah ! je ne m'attendais pas à ça de toi? Ah! non! Pendant une demi-heure on insulte ta mère devant toi et tu ne trouves rien à dire, et tu ne prononces pas un mot pour hi défendre 1

FIFINE

Mais, maman, André ne t'a pas insultée.

MADAME GRAINDOR

C'est cela. Approuve-le, mon enfant, c'est»parfait 1 II ne te manquait plus que de l'approuver. Ah! le mal élevé, le grossier personnage!... le... Je ne sais pas comment j'ai pu me contenir aussi

1\ LA coiivi:E

longtemps... EL moi, bonne tète, je lui apportais des cigares! Ah I non! tu me trouve; air trop sotte et l'on se moquerait trop de la vieilL', ici ! i£lle rembalbi les àfjayes.)

FIFI.NE

Mais, maman...

MADAME GRAINDOR

C'est bon ! C'est bon ! je sais ce que je fais ! Des exquisitos pour monsieur? A. quatre-vingts centimes! Ah! Ah! Ton frère les fumera, lui, et il sera bien content... et lorsque « mossieu » voudra bien nous faire l'honneur de venir dîner à la maison, on lui en donnera un... au dessert. [Elle porte le paquet à la porte du fond.) Redescendezmoi cela. [Fifine la suit presque jusqu'au fond et redescend derrière elle. Madame Graindor oa vers le canapé à gauche en passant entre le canapé,et la cheminée.)

FIFINE

Tu n'es pas raisonnable, voyons ! Tu ne peu:^ pas lui reprendre...

MADAME GHAINDOR

rVon. Je me gênerai !

FIFI.NE

Mon mari...

MADAME C.HAINDOR

Mon mari ! Mon mari! Eh bien, quoi, ton mari! On dirait que tu parles du bon Dieu ! {Elle s'as-

LA COUVEE ib

si<'(L)\\ne me fait pas peur, Ion mari ! Ton médecin de quatre sous, sans clients...

FIFL\E

Ce n est pas de sa faute, s'il n'y a pas de malados... Tu as mal compris ce qu'il te disait.

MADAME GHAI.NDOR

C'est ça, je suis une imbécile, n'est-ce pas? C'est lui qui ta appris à me répondre comme ça! FiFi.NE, s'assei/anl près (relie.

André a très bon cœur et il t'aime beaucoup.

MADAME GRAINDOK

Eh bien, moi, je le déteste, depuis le premier jour où il a été question dun mariage avec toi. Je me force pour lui faire bonne mine, parce que c'est mon devoir, et si je le soigne à table, si je lui fais des cadeaux, c'est pour toi, c'est pour qu'il ait plaisir à venir chez nous, c'est pour qu'il fasse toutes tes volontés. Je te dis que je le dûtes lo, ton mari.

FIFIXE

Que&'t-ce qu'il t'a fait ?

MADAME GRAINDOR

Ce qu'il m'a fait! Il t'a prise. Je suis jalouse cl3 lui, si lu veu.v le savoir !

FIFINB

Je ne te comprends pas.

MADAME GRAINDOR

Tu me comprendras, quand ce sera ton tour.

Cette histoire de cigares Lui causera beaucoup de chagrin.

MADAME GRAINDOR

Tant mieux... Nous ne serons pas encore quittes... Et qu'est-ce que tu vas faire, toi? Tu vas te laisser mener par le bout du nez ? Réponds : Entre ta mère et ton mari, tu n'hésiteras pas, hein ? Tu choisiras ce bel oiseau-là ! Dieu sg chargera de te punir ?

FIFINE

Oh!

MADAME GRAINDOR

Tu verras! Tu verras! Tu seras jolie, dans quelques années, avec ta nichée d'enifants ! qui rempliront la maison de cris {File passe à droite chercher son crochet.) Ce sera gentil, ici, oui i avec des berceaux jusque dans l'anticliambre e.t des langes sales dansions les coins... Tu seras belle! {Se retournant.) Et je te promets du plaisir, lorsque tu te compareras à des amies qui auront un mari moins patriote que celui-là ! Pendant que tu sera? là, à moucher le nez de toute la bande, lui, bien tranquille et fier, s'en ira faire le joli cœur chez ces petites dames qui auront leurs nerfs, ou papillonnera dans les coulisses, à des répétitions auxquelles tu n'iras pas.

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