‹ La couvée, comédie en trois actesChapitre 38 sur 41 · SCÈNE V GRAINDOR, seul, puis FIFINE · texte numérisé non relu

SCÈNE V GRAINDOR, seul, puis FIFINE

GRATNDOR

A Tautre, maintenant!... A moi aussi, il va m'en falloir, du courage. (// va à la porte par lafjuelle est sortie Fi fine.) Fifinel Fifine! (// descend en scène. Entre Fifine.)

FIFINE

Me voilà.

GRAINDOR

Viens ici, Fifine, assieds-toi et causons. Ta mère n'est pas là. nous sommes seuls tous les deux. Nous allons tailler de la bonne besogne. Qu'est-ce que tu as l'intention de faire?

FIFIXE

Rien, père.

GRAINDOR

« Rien, père. » Dis-moi donc papa, comme il y a deux jours. Je ne t'ai rien fait moi ? Ta mère, elle... je ne sais pas... elle a été manigancer dans ton ménage... mais moi, je ne t'ai rien fait.

FIFINE

Je n'accuse personne.

GRAINDOR

La question n'est pas là... Qu'est-ce que tu as l'intention de faire? demain, par exemple?

FIFINE

Je te dis : rien... (',e que j'aurai fait aujourd'iiui.

GRAINDOR

Rester ici ?

Oui.

Tout le temps?

Tout le temps.

FIFINE

GRAINDOR

FIFINE

GRAINDOR

Cela te fera plaisir?

GRAINDOR

Oui, mais... Et à moi! Tu ne t'es pas demandé si ça me ferait plaisir à moi... En somme, aous l'avons mariée, nous nous disions : elle est casée, ol tu nous retombes sur les bras. Enfin, ça va peul-ôLie m'ennuyer, moi.

FIFINE

Toi?

GRAINDOR

Oui. {Essaijaul de mentir.) Ta mère et moi nous aimons bien être tout seuls, pour déjeuner, l'^nlin, tu nous déranges, tu... tu...

FIFINE

Tais-toi donc... vous êtes contents comme tout,

(le me voir revenue. Tu veux faire semblaut que ça t'ennuie pour que... Eh bien, je resterai ici jusqu'à ce que tu me mottes à la porte,

GRAINDOR

Tu n'aimes donc plus ton mari?

FiFiNE, sans forces.

Non.

GRAINDOR

Alors, il faut divorcer.

Divorcer !

CRALNDOR

Dame ! [Avec aplomb.) Je crois d'ailljurs qu'André en a Fintcmtion.

FIFINE

Lui!... {Un silence et un demi-sourire.) Tu no me feras pas croire ça non plus, papa.

GRAINDOR

Ah ! je ne te le ferai pas croire... dans ce cas, je n'essaierai pas... Parlons sérieusement, alors, ma petite Fifîne. Vous n'avez qu'une brouille d'amoureux, il ne faut pas la faire durer. Ce soir, lu dîneras chez toi.

FIFINE

Non.

GRAINDOR

Pourquoi?

FIFINE

Parce qu'André me l'a « ordonné » et que je ne veux pas avoir Tair de lui obéir.

GRAINUOR

Ah! il faut donc recourir aux grands moyens. Tu disais que tu resterais ici jusqu'à temps que je le mette à la porte... Eh bien, je t'y mets.

FIFIiNE

Je serais curieuse de voir cela.

Tu vas le voir... Je ne suis pas en colère après loi, tu sais, je t'aime toujours bien, ne va pas le tromper là-dessus, seulemeni, je te mets à la porte.

FIFING

Tu veux rire.

GRAÏNDOR

Pas le moins du monde. Lève-loi et remojalc chez toi.

FiFi.NE, incju'ièle, mais essayant encore de sourire.

Il faudra employer la force.

GRAINDOR, air très tendre. {Très détaillé.)

Va-t'en, ma bonne petite Fifine. Vois-tu... je ^ais tout te dire. Si je n'écoulais que mes manies, que le souci démon propre bonheur, je te dirais de rester ici tout le temps, parce que je suis content de te voir, de t'en tendre, de te savoir là, parce que c'est très doux à mon âge d'élre câliné, détre dorloté par ces petites maius-là ;

muisles vieux doivent être seuls... C'est très dur (le s'y faire, par exemple. {Un temps.) On a de la peine à s'y décider... La plus grande preuve d'aaiourqu'ils peuvent donner à leursenfants, c'est celle-là, vois-tu, parce que ça, c'est la vraie douleur de la vie. {7Vès tendre.) Va-t'en, Fifine, va-t'en!

FIFINE

Comme tu es bon !

GKAIXDOR

Ma foi, je crois en effet que je le suis, en ce moment, mais ça n'est pas si commode que je l'aurais cru.

FIFINE

Tu as du chagrin à cause de moi.

GRAINDOU

Oui, c'est à ça que servent les enfants... Si tu veux me -consoler, c'est bien simple, sois heureuse. Pas un mot de résistance, viens ,. (// la prend doucement par le cou., la conduit de même à la porte de droite avec une grande tendresse.) Je te mets à la porte... de force... ma petite Fifine.

FIFINÈ

Je veux t'embrasser.

GRAINDOR, qui peut à peine retenir ses larmes.

Non, ce n'est pas la peine... on se reverra... on se reverra ! (// descend en scène en se mouchant. Fifine reste un moment à la porte du fond. Luirent André et sa mère.)

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