‹ La couvée, comédie en trois actesChapitre 5 sur 41 · LA COUVRE · texte numérisé non relu

LA COUVRE

GRAINDOR

Rail ! chacun son tour... ça été comme ça avant nous... ce sera comme ça après...

MADAME GRAINDOR

Les enfants devraient rester toujours petits... pour qu'ils aient toujours besoin de nous. Ce qui me désole, c'est de voir que maintenant ils peuvent se passer de moi ; ça me vieillit, ça me fait voir que je ne suis plus bonne qu'à foire une morte.

GRAINDOR, bonhomme.

Tais-toi! Voyons! Te voilà toujours à l'inventer des chagrins. '

MADAME GRAINDOR

La maison nous paraîtra bien grande, lorsqu'ils seront partis...

GRAINDOR

J'y ai déjà pensé : je ^ferai percer le mur de la chambre de Fifine... j'en ferai un bureau pour mon premier commis.

MADAME GRAINDOR

Tu ne penses qu'à tes affaires... Ça ne te fait donc rien ?

GRAINDOR

Si.

MADAME GRAINDOR

Voyons, ces petits... ils ont été tout pour nous et, bientôt, nous ne serons plus rien pour eux.

GRAINDOR

C'est vrai, une fois qu"elle sera mariée... oui... ce n"est que de temps en temps, à table, chez eux, qu'ils se diront : « Tiens, si on allait voir les vieux ? »

MADAME GRAINDOR

C'est triste, la vie des bonnes gens.

Oui, c'est triste la vie des bonnes gens.

MADAME GRAINDOR

Si encore on était sur qu'elle sera heureuse.

GRAINDOR

Pourquoi pas?

MADAME GRAINDOR

Un médecin...

GRAINDOR

C'est un boa métier... le monde est si bèlc.

MADAME GRAINDOR

Nous le connaissons à peine.

GRAINDOR

Depuis trois ans. Nous avons pris tous les renseignements.

MADAME GRAINDOR

Qui sait s'il ne l'épouse pas pour noire argent?

GRAINDOR

La mère est aussi riche que nous.

MADAME GRAINDOR

Fifine est si jeune,..

Elle a rage que tu avais quand je l'ai épousée,

MADAME GRAINDOK

J'ai comme un mauvais pressenliment.

GRAINDOR

C'est un enfantillage.

MADAME GRAINDOR

Si nous attendions...

GRAINDOR

Quoi?

MADAME GRAINDOR

Je ne sais pas...

GRAINDOR

Tu ne sais pas... tu vois.

MADAME GRAINDOR

Enfin!

GRAINDOR

Tu cherches des préte.xtes et tu n'en trouves pas de bons. Tu ne peu.x pas la garder tout le temps avec toi, n'est-ce pas, puisqu'elle aime co garçon et qu'il faut en arriver là-

MADAME GRAINDOR

On dirait que tu as hâte d'en être débarrasse.

GRAINDOR

Non, mais je ne suis pas comme toi, à vouloir la conserver ici malgré elle .. et à voirnotre bonheur plutôt que le sien.

MADAME GKAINDUR

Tvi vas dire tout à l'heure que je n'aime pas ma fille, n'est-ce pas, que je suis une mauvaise mère, que je ne pense qu"à moi et que je suis jalouse de rafi"ection qu'elle a pour André... non, mais dis-le, dis-le ! {Un femps.) Tiens, tu aurais raison de le dire... je crois que je suis jalouse.

GRAINDOR

Eh bien! il ne faut pas l'être.

MADA:«E GRAINDOR

C'est vrai, mais je suis bien mallieureuse... Heureusement, il nous reste August'".

GRAirVDOR

Oui, heureusement..

MADAME GRAINDOR

Dis-moi, il m"a avoué ce malin... Il a fait un petit billet à ordre.. Irqjs cents francs... pour son tailleur, je crois... Tu le paieras sans trop le gronder?

GRAI.NDOR

.le neveux pas qu'il fasse de billets... Je le lui ai dit cent 'ois ! C'est un peu fort qu'il se permette... {Entra Aiif/uste.)

MADAMC GRAINDOR

Le voilà! Ne lui parle pas, va! Je vais mettre une belle robe pour recevoir madame Meillet. Ne le grontle pas, val

LA COUVEE -O

/ GRAINDOIt

Non. {Elle sort.)

SCÈxNE V GRAINDOR, AUGUSTE

AUGUSTE

Reoonjour, mon gros papa... Dis donc... J'allais sortir... J'ai rencontré mon bottier,

GRAINDÛll

Eii bien?

AUGUSTE

Il a une petite note.

GRAINDOR

Tu tes commandé une paire de bottes...

AUGUSTE

Je vais te dire...

GRAI.NDÛK

Je t-avais défendu de rien acheter à crédit. Tu as encore fait un billet... à ton tailleur. . Ta mère me l'a dit. Je n'aime pas ça, tu le sais bien, ijue ça ne t'arrive plus .. Corabi<?,n est-ce, ces bottes?

AUGUSTE

Soixante francs.

Soixante francs 1

AUGUSTE

Oui, mon gros papa.

GRAINDOR

D'abord, je te défends de m'appeler ton gros papa.

AUGUSÏK

Comnie.tu deviens grincheux. C'est loi nui me l'as appris. Autrefois ça te faisait plaisir.

GRAINDOR

c'est possible, maintenant cela me déplaît. .le ne suis pas content de toi.

AUGUSTE

Alors, tu me grondes à propos de botteF"*

GRAINDOR

Oui, monsieur.

AUGUSTE

Bien, monsieur.

GR AI. Ml OR

Et ne te moque pas de moi.

AUGUSTE

Je ne me moque pas de toi... ïu m'appelles monsieur, je te réponds monsieur. Vrai ! Tu n'es pas diùle, les jours où tu maries Filine.

GRAINDOR

Je n'ai pas envie de rire.

AUGUSTE

Tu as tort. 11 n'y a que ça de bon dans la vie.

GRAINDOR

Je ne veux pas que tu me ruines pour te payer des bottes.

AUGUSTE Tu peux être tranquille là-dessus,

GRAINDOR

Tu me feras le plaisir de renvoyer tes boites au boîtier.

AUGUSTE

Tu ne peux pas vouloir ça!

GRAINDOR

■ Pourquoi?

AUGUSTE

Parce qu'on se ficherait de toi.

GRAINDOR

Ne me réponds pas sur ce ton-là... Je ne suis pas ton camarade...

Attendsque je m'y fasse... Autrefois, tu disais: « Je veux être le camarade de mon fils. » Je t'ai entendu faire une théorie là-dessus. Tu étais furieux contre les parents trop sévères. Tu disais avec solennité, je me le rappelle, je te vois encore... (/mi/aufso/?2Jr/'e.) Ceux-là se font craindre, moi, je me fais aimer. Maintenant, tu veux que j'aie peur de toi... Eh bien! mon bon papa, ce n'est pas ma faute, mais je peux pas.

GRAINDOR

J'en ai assez, de tes dépenses. Je t'ai donné encore tout à l'heure quarante francs. Tu n'auras

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plus rkui, lu enteuds, plus rien, {Entre mndame Graindor.)

AUGUSTE

J'irai mendier de porte en porte.

GRAINDOU

Et je veux que tu me respectes, ou je nio fdche, à la fin !

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