LA COUVRE
GRAINDOR
Rail ! chacun son tour... ça été comme ça avant nous... ce sera comme ça après...
MADAME GRAINDOR
Les enfants devraient rester toujours petits... pour qu'ils aient toujours besoin de nous. Ce qui me désole, c'est de voir que maintenant ils peuvent se passer de moi ; ça me vieillit, ça me fait voir que je ne suis plus bonne qu'à foire une morte.
GRAINDOR, bonhomme.
Tais-toi! Voyons! Te voilà toujours à l'inventer des chagrins. '
MADAME GRAINDOR
La maison nous paraîtra bien grande, lorsqu'ils seront partis...
GRAINDOR
J'y ai déjà pensé : je ^ferai percer le mur de la chambre de Fifine... j'en ferai un bureau pour mon premier commis.
MADAME GRAINDOR
Tu ne penses qu'à tes affaires... Ça ne te fait donc rien ?
GRAINDOR
Si.
MADAME GRAINDOR
Voyons, ces petits... ils ont été tout pour nous et, bientôt, nous ne serons plus rien pour eux.
GRAINDOR
C'est vrai, une fois qu"elle sera mariée... oui... ce n"est que de temps en temps, à table, chez eux, qu'ils se diront : « Tiens, si on allait voir les vieux ? »
MADAME GRAINDOR
C'est triste, la vie des bonnes gens.
Oui, c'est triste la vie des bonnes gens.
MADAME GRAINDOR
Si encore on était sur qu'elle sera heureuse.
GRAINDOR
Pourquoi pas?
MADAME GRAINDOR
Un médecin...
GRAINDOR
C'est un boa métier... le monde est si bèlc.
MADAME GRAINDOR
Nous le connaissons à peine.
GRAINDOR
Depuis trois ans. Nous avons pris tous les renseignements.
MADAME GRAINDOR
Qui sait s'il ne l'épouse pas pour noire argent?
GRAINDOR
La mère est aussi riche que nous.
MADAME GRAINDOR
Fifine est si jeune,..
Elle a rage que tu avais quand je l'ai épousée,
MADAME GRAINDOK
J'ai comme un mauvais pressenliment.
GRAINDOR
C'est un enfantillage.
MADAME GRAINDOR
Si nous attendions...
GRAINDOR
Quoi?
MADAME GRAINDOR
Je ne sais pas...
GRAINDOR
Tu ne sais pas... tu vois.
MADAME GRAINDOR
Enfin!
GRAINDOR
Tu cherches des préte.xtes et tu n'en trouves pas de bons. Tu ne peu.x pas la garder tout le temps avec toi, n'est-ce pas, puisqu'elle aime co garçon et qu'il faut en arriver là-
MADAME GRAINDOR
On dirait que tu as hâte d'en être débarrasse.
GRAINDOR
Non, mais je ne suis pas comme toi, à vouloir la conserver ici malgré elle .. et à voirnotre bonheur plutôt que le sien.
MADAME GKAINDUR
Tvi vas dire tout à l'heure que je n'aime pas ma fille, n'est-ce pas, que je suis une mauvaise mère, que je ne pense qu"à moi et que je suis jalouse de rafi"ection qu'elle a pour André... non, mais dis-le, dis-le ! {Un femps.) Tiens, tu aurais raison de le dire... je crois que je suis jalouse.
GRAINDOR
Eh bien! il ne faut pas l'être.
MADA:«E GRAINDOR
C'est vrai, mais je suis bien mallieureuse... Heureusement, il nous reste August'".
GRAirVDOR
Oui, heureusement..
MADAME GRAINDOR
Dis-moi, il m"a avoué ce malin... Il a fait un petit billet à ordre.. Irqjs cents francs... pour son tailleur, je crois... Tu le paieras sans trop le gronder?
GRAI.NDOR
.le neveux pas qu'il fasse de billets... Je le lui ai dit cent 'ois ! C'est un peu fort qu'il se permette... {Entra Aiif/uste.)
MADAMC GRAINDOR
Le voilà! Ne lui parle pas, va! Je vais mettre une belle robe pour recevoir madame Meillet. Ne le grontle pas, val
LA COUVEE -O
/ GRAINDOIt
Non. {Elle sort.)
SCÈxNE V GRAINDOR, AUGUSTE
AUGUSTE
Reoonjour, mon gros papa... Dis donc... J'allais sortir... J'ai rencontré mon bottier,
GRAINDÛll
Eii bien?
AUGUSTE
Il a une petite note.
GRAINDOR
Tu tes commandé une paire de bottes...
AUGUSTE
Je vais te dire...
GRAI.NDÛK
Je t-avais défendu de rien acheter à crédit. Tu as encore fait un billet... à ton tailleur. . Ta mère me l'a dit. Je n'aime pas ça, tu le sais bien, ijue ça ne t'arrive plus .. Corabi<?,n est-ce, ces bottes?
AUGUSTE
Soixante francs.
Soixante francs 1
AUGUSTE
Oui, mon gros papa.
GRAINDOR
D'abord, je te défends de m'appeler ton gros papa.
AUGUSÏK
Comnie.tu deviens grincheux. C'est loi nui me l'as appris. Autrefois ça te faisait plaisir.
GRAINDOR
c'est possible, maintenant cela me déplaît. .le ne suis pas content de toi.
AUGUSTE
Alors, tu me grondes à propos de botteF"*
GRAINDOR
Oui, monsieur.
AUGUSTE
Bien, monsieur.
GR AI. Ml OR
Et ne te moque pas de moi.
AUGUSTE
Je ne me moque pas de toi... ïu m'appelles monsieur, je te réponds monsieur. Vrai ! Tu n'es pas diùle, les jours où tu maries Filine.
GRAINDOR
Je n'ai pas envie de rire.
AUGUSTE
Tu as tort. 11 n'y a que ça de bon dans la vie.
GRAINDOR
Je ne veux pas que tu me ruines pour te payer des bottes.
AUGUSTE Tu peux être tranquille là-dessus,
GRAINDOR
Tu me feras le plaisir de renvoyer tes boites au boîtier.
AUGUSTE
Tu ne peux pas vouloir ça!
GRAINDOR
■ Pourquoi?
AUGUSTE
Parce qu'on se ficherait de toi.
GRAINDOR
Ne me réponds pas sur ce ton-là... Je ne suis pas ton camarade...
Attendsque je m'y fasse... Autrefois, tu disais: « Je veux être le camarade de mon fils. » Je t'ai entendu faire une théorie là-dessus. Tu étais furieux contre les parents trop sévères. Tu disais avec solennité, je me le rappelle, je te vois encore... (/mi/aufso/?2Jr/'e.) Ceux-là se font craindre, moi, je me fais aimer. Maintenant, tu veux que j'aie peur de toi... Eh bien! mon bon papa, ce n'est pas ma faute, mais je peux pas.
GRAINDOR
J'en ai assez, de tes dépenses. Je t'ai donné encore tout à l'heure quarante francs. Tu n'auras
>28 r>A cou VI -.F.
plus rkui, lu enteuds, plus rien, {Entre mndame Graindor.)
AUGUSTE
J'irai mendier de porte en porte.
GRAINDOU
Et je veux que tu me respectes, ou je nio fdche, à la fin !