LA COUVRE
GRAINDOR
Moi ! par exomple I J'ai été le camaradr '^p mon lils
MADAME GRAINDOR
Les hommes, n'est-ce pas, madame, ne savent pas aimer les enfants?
GRAINDOR
Allons ! Je ne dis plus rien ! Je suis un monstre, c'est entendu.
MADAME GRAINDOR
Auguste ne fait rien sans me consulter.
GRAINDOR
Hou I Heu I
MADAME GRAINDOR
Parfaitement! Tenez, madame, un exemple.
N'avait-il pas eu Tidée de faire de la musique, (les opéras, vous savez, des ballets, etc. Vous pensez que je n'ai pas voulu voir mon fils fréquenter ce monde-là... Je me suis moquée de lui, je l'ai découragé, j'ai réussi...
GRAINDOR
A en faire un oisif.
MADAME GRAINDOR
C'est bon. Il aurait peut-être fallu l'écouler, n'est-ce pas, et aussi le laisser se marier à vingt et un ans! H voulait se marier, madame... Une jeune fille assez gentille, dans une bonne situation... c'est vrai. . Mais un jour, il succédera à
LA COIVKE ai)
son père, n'est-ce pas ? Or, la maison Jacquemart, liourdon et Cressent, notre seul concurrent sur la place, a une demoiselle qui fera très bien son alTaire. Cette jeune fille a quatorze ans, nous attendons, nous ferons ce mariage et nous aurons réuni sur une seule tète tout le commerce des liquides de la région.
MADAME MEILLET
11 aimait cette jeune fille?
MADAME GRAINDOR
Mais oui... encore assez... Nous l'avons envoyé passer trois mois à Bordeaux, chez un de nos correspondants. 11 s'est amusé un peu. Il y a des choses sur lesquelles une mère doit savoir fermer les yeux. Mais, madame, nous avons eu tant de peine à l'élever!... Voilà le moment où il commence à nous donner quelque satisfaction, ce n'est' plus maintenant que je vais le laisserpartir. Dieu merci, à vingL-deux ans, il n'a pas d'autre volonté que la mienne. Est-ce que ce n'est pas une récompense pour une mère?
MADAME MEILLET
Mon Dieu, madame, j'ai des idées autres [Un temps.) Mais vous savez ce qui m'amène... vous avez une jeune fille charmante et vous voulez la marier...
MADAME GRAINDOR
Nous voulons. . nous voulons... A la vérité nous aimerions mieux attendre encore... long-
temps... Elle est si gentille que c'est vraiment dommage... si jeune, je veux dire...
MADAME MKILLET
Mon fiis a pour elle une vive affection... Je crois que vous n'êtes pas hostile à l'idée d'une union entre ces deux enfants... vous savez notre position, je connais la vôtre et je viens vous demander pour André la main de mademoiselle Graindor. [Silence.)
MADAME GRAINDOR, à SOU mari.
C'est à toi de répondre, mon ami.
GUAINDOR
C'est ta toi, plutôt.
MADAME GRAINDOR
Du tout,
GRAINDOR
Ma foi, madame, votre fils nous -plaît beaucoup.
MADAME GRAINDOR
Beaucoup...
MADAME MEILLET
Vous consentez?
MADAME GRAINDOR
Oui, madame... [Madame Graindor se mouche, madame Meillet en fait autant. Jeu de scène. Allés s'essuient les yeux, remettent leurs mouchoirs dans leur poche, se regardent, puis se prennent les mains. Fifine enlre-bàille la porte et la referme aussitôt.)