SCENE SIXIEME
OCTAVE, allant s'asseoir sur le canapé.
Les grands parents ont pris des informations. Vertu, santé, candeur, autres perfections,
Tout se détaille et tout se compte.
On n'a plus à se voir après, on se confronte.
AGATHE, (lebo\it devant lui, arrangeant sa cravate- ' Vous avez atteint votre but.
Mais Camille aurait dû se montrer plus rebelle; Vous l'épousez au troisième salut.
OCTAVE
Je n'ai pas le temps, moi, j'ai de la clientèle. C'est l'usage d'ailleurs, et tu feras comme elle.
AGATHE, souriant.
. C'est un danger que je ne courrai pas. OCTAVE, la regardant.
Et pourquoi donc cela, mignonne ?
AGATHE, simplement.
Parce que je n'aurai pour dot que ma personne. Vous remuez trop les bras.
OCTAVE, se levant avec vivacité.
Mais ta personne est charmante AGATHE, gaiement.
J'en conviens de grand cœur.
OCTAVE
Ta taille est élégante.
AGATHE, riant.
N'espérez pas qu'on vous démente.
OCTAVE
Tes yeux sont ravissants, et... tu te marîras.
AGATHE
Jamais.
OCTAVE
Jamais est un mot chimérique.
AGATHE, gravement.
Mon cher cousin, je suis comme vous, moi : Je suis une femme pratique.
OCTAVE
Lui indiquant une glace.
Et tu resterais fille? — Allons, regarde-toi. AGATHE, arec gaieté *.
A combien monteraient mes beaux yeux et ma taille. Et ces perfections que vous estimez tant ? Combien supposez-vous que ma personne vaille Chez le notaire, en bon argent comptant ?
OCTAVE, la regardant.
C'est ravissant, ce long regard qui brille. Cette fossette où l'esprit s'est blotti. Cette grâce ! Est-elle gentille !
AGATHE, riant.
Cela vaut-il un château bien bâti.
Ou le million de Camille?
C'est autre chose.
AGATHE
Oh ! je ne me plains pas.
Mon triste sort n'a rien qui m*épouvante. Votre sexe orgueilleux se vante.
Quand il se croit forcé de diriger nos pas. Je marcherai sans lui ; je ne suis pas savante,
Mais j'ai prudemment tout appris :
Je fais de la dentelle et des fleurs, j'en invente ; Passons le piano, je dessine, je chante, Et j'ai plus de raison, seule, que trois maris.
* Octave, Agathe.