Lettres de Colbert , t. V, p
3. La pose et la dépose des châssis vitrés coûtait 900 livres par an. L’orangerie en pleine terre reçut d’ailleurs un grand accroissement de 1679 à 1681. (Comptes, t. I, 1042, 1147, 1151, 1267, 1270). On trouve pendant les premières années des gages considérables à Le Bouteux, « ayant l’entretènement des jardins et orangerie en pleine terre de Trianon ». Il reçoit 17 500 livres, plus 500 livres pour l’entretien des fontaines (t. I, 838, 907).
Page 191. — 1. Bibliothèque nationale, Fonds fr. 2348, fol. 52-53. La Quintinye, à la fin de son petit Traité des Orangers , publié à la suite de son Instruction sur les jardins fruitiers et potagers (t. II, p. 483), rappelle ce qu’il est possible d’obtenir par les couvertures d’hiver, « quand
des gens habiles, propres et éclairés en prennent soin ; ce qu’on peut voir et qu’on admire tous les ans dans les jardins de Trianon peut servir de règle et d’instruction à ceux qui seront en état de les imiter. »
2. Félibien, l. c. « Ce lieu, dit le Mercure cité, étant destiné pour y conserver toutes sortes de fleurs, tant l’hiver que l’été, l’Art y seconde si bien la Nature qu’il en est rempli en toutes saisons. »
Page 192. — 1. Luynes, Mémoires , t. I, p. 346.
2. Mercure galant, janvier 1677, p. 215 : « Éloge de Versailles et de Trianon, par M. le duc de Sainl-Aignan. »
3. Félibien, les Divertissements de Versailles... enl' année 1674, dans ses opuscules, p. 399-401.
Page 193. — 1. Dangeau, t. I, p. 30, 37, etc.
2. Voici les textes qui permettent de reconstituer l’histoire de l’achèvement du Canal, commencé, comme on l’a vu, en 1668. Prévisions de l’année 1671 : « Pour l’élargissement et allongement du Canal à la croisée depuis Trianon jusques à la Ménagerie, tant pour la fouille de terre que pour la maçonnerie et tablette des murs, 696 500 livres. — Pour le percement de la montagne, pour faire passer l’eau de l’étang de Bonnière dans le pré de Versailles et pour les chaussées qu’il faut faire au-dessus dudit étang, 150 000 livres. » Prévisions de 1672 : « Pour la fouille du Grand Canal, la maçonnerie et le conroi, 264 000 livres. Pour percer la montagne et faire venir l’eau de l’étang de Bonnière dans le Canal, 60 000 livres... Pour la construction d’un moulin qui doit rapporter l’eau du Canal dans l’étang de Clagny, 20 000 livres. » (Comptes, t. I, 486, 588.)Le 4 mai 1672, Colbert écrivait : «Il y a trois cents voituriers au Canal, qui enlèvent près de 400 toises de terre par jour ». Et le 17 juillet : « Il y a 75 tombereaux du côté de Trianon, 65 du côté de la Ménagerie et 250 à la pièce du bout. Il y a 200 toises de mur de fondé, dont les deux tiers sont à la hauteur, à la réserve de la tablette...» Il donnait en même temps des détails sur le percement de la montagne et l’édification des moulins. ( Lettres de Colbert , t. V, p. 326, 330.) Les Comptes de 1678 mentionnent une maçonnerie de « murs de clôture pour l’augmentation de Trianon », et surtout celle « des rampes de Trianon pour descendre au Canal ». Les sculpteurs Antoine Poissant et Henri Couet reçoivent leur premier acompte « delà sculpture qu’ils font aux glaçons de la rampe de Trianon » ; leur paiement complet, en 1679, monte à 2 898 livres. Le nom de « Fer-à-cheval », est ordinairement employé dès cette époque (t. I, 1039, 1040, 1050, 1147, 1161; l. II, 61.) Notons aussi, du 9 juillet 1679 : « A Baptiste Tubi, parfait paiement de 8000 livres, à quoi montent les deux chevaux marins posés sur le Canal de Versailles. » (Comptes, t. 1, 1157.) Ces deux ouvrages, que plusieurs estampes font apercevoir, sont surtout connus par le recueil de Thomassin. Ils ont déjà disparu des plans de l’époque de Louis XV.
Dès 1669, avant môme que le Canal eût son étendue définitive, on y avait mis les premiers bateaux. Neuf embarcations étaient venues de Rouen, et une grande galiote avait été ornée de sculptures par P. Mazeline et garnie de 32 petites pièces de canon. Pour l’histoire des bateaux si variés qui animèrent le Canal, je dois renvoyer à un article du Correspondant du 25 mai 1900 : La flottille de
NOTES
Louis XIV au Grand Canal de Versailles. Les plus anciennes mentions de barques sont dans les Comptes, t. I, p. 333-335, 339, 392, 418, 486. La première flottille de 1669-1670 avait été fort bien étudiée dans un article de M. Coüard, paru en 1896 au Versailles illustré, t. I, p. 61-64. V. aussi l'Inventaire général du mobilier de la Couronne sous Louis XIV (1663-1715), publié par J. Guiffrey, t. II, Paris, 1886, p. 245, 252, 261.
Plus tard, il semble que Louis XIV veuille réunir sur le Canal les modèles des plus curieux bateaux alors en usage. Deux magnifiques gondoles sont d’abord construites pour lui à Venise, à la suite de la visite de l’ambassadeur Michieli à Versailles, que j’ai racontée (p. 123), d’après sa dépêche du 13 septembre 1671. (Venise, Archivio di Stato, Filza 149. Francia. Senato III Sécréta. Je me suis servi des copies de la Bibliothèque nationale, Fonds ital. 1812, fol. 91. La dépêche du 16 décembre, fol. 115, répond à la délibération du Sénat, et les allusions à celte affaire sont nombreuses dans la correspondance de France.) Voici la partie du texte de Michieli qui se rapporte au Grand Canal de Versailles : « Una delle opéré più meravigliose che saranno nel spacioso recinto di questo luogo, è un gran canale di larghezza non ordinaria et di lunghezza di una lega per una parte et per l’altra, da un lato del quale vi saranno piciole habitatione adorne delle più rare delicie. Mi disse il Re, à questo proposito, che per navigarlo haveua varie sorte di legni, cioè piciole feluche et allri schifi conforme l’uso di Napoli et di Provenza. Per scuoprire il regio animo, mi parve proprio di sogiongere che per solcare le acque de’ canali non vi era cosa più propria delle gondole di cotesta città ; à che il Re corrispose con un sorriso cortese et gentile. » Les remerciements du Roi pour l’arrivée des gondoles sont mentionnés au registre Senato Corti 50, les 13 janvier et 3 février 1674. Les gondoles et leurs gondoliers furent présentés au roi à Versailles, le 14 janvier 1674, par l’ambassadeur Giustiniani, qui avait eu sa première audience précisément au Château de Versailles, le 15 novembre 1673, jour où Michieli y avait pris congé de Leurs Majestés ( Gazette , 1673, p. 1108). On sait que les gondoliers de la République, bientôt rejoints par des compatriotes, ont fait souche de sujets du roi de France et laissé leur nom à une partie du Parc. M. Fcnnebresque , qui est l’historien récent et très informé de la Petite Venise [la Petite Venise , histoire d'une corporation nautique. Paris et Versailles, 1899), voudrait rattacher l’origine du nom du « Grand Canal » de Versailles au Canal Grande de Venise, à cause des relations étroites rétablies peu de temps auparavant entre le roi de France et la République. Cette supposition ne me semble pas fondée.
M. Fennebresque a suivi dans le plus grand détail, grâce surtout aux dossiers des Archives nationales, l’histoire de la colonie vénitienne à Versailles, de son organisation, de ses règlements jusqu’à l’époque de la Révolution. Je n’ai qu’à y renvoyer le lecteur, en signalant toutefois, dans le registre O' 1810 des mêmes Archives, l’existence du règlement de 1750, avec l’état des chaloupes et gondoles à cette date.
Pendant que se construisaient les gondoles à Venise, deux yachts venaient d’être commandés en Angleterre par Colbert à l’ambassadeur Colbert de Croissy, dans une
lettre du 13 mars 1672. Louis XIV tient à les faire bâtir par le meilleur maître charpentier du roi d’Angleterre, mais à les payer lui-même ( Lettres de Colbert , t. V, p. 322). L’arrivée à Versailles, trois ans après, est racontée avec détail dans une curieuse lettre de Perrault au ministre, écrite de Paris, le 26 août 1675. Les deux yachts ont été débarqués à Marly, et conduits jusque sur le Canal de Versailles par une brèche ouverte dans le mur du Grand Parc. Les charpentiers anglais qui les amènent se servent, pour le transport, d’une machine spéciale qui fait l’admiration du charpentier Cliquin. ( Mél . Colbert, vol. 172 bis, fol. 393. Colbert envoie ce rapport à son fils pour qu'il le montre au Roi.) En 1677, on met à l’eau huit chaloupes nouvelles construites au bord du Canal, et, en 1678, arrive la première Dunherquoise. Sur l’intérêt que présentent les ateliers de construction de la Petite Venise pour l’histoire de la marine française, et sur les travaux de décoration, où Tubi et Philippe Caffiéri jouent un rôle important, on consultera les articles cités plus haut, le livre de M. Guiffrey sur les Caffiéri , et celui de M. Fennebresque. Je publierai ailleurs un rapport de Christophe Le Roux, maître des matelots du Canal, sur l’état définitif de la flottille. (Archives nationales, O1 1792.)
3. Le détail de l’histoire de Clagny est donné dans un petit livre de Pierre Bonnassieux, le Château de Clagny et Madame de Montespan d après les documents originaux. Histoire d'un quartier de Versailles. Paris, 1881. Le lecteur se reportera utilement à cet excellent travail, auquel j’ai ajouté bien peu de chose.