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CHAPITRE QUATRIÈME

LES PREMIÈRES DESCRIPTIONS DE VERSAILLES

En 1 année 1668, Versailles se présente comme un tout achevé. Dès la suivante, le caractère général en sera entièrement changé par les grandes constructions de Le Vau. Il sc trouve (pie nous avons, de cet elat qui va disparaître, plusieurs témoignages exactement de la même époque et d’une remarquable précision. Le premier est un tableau de Musée du Versailles, que je crois pouvoir doter avec certitude de 1668, car il porte comme exécutés tous les travaux faits h ce moment et n’indique rien des transformations du bâtiment, considérables déjà en 1669 l. C’est une fine peinture anonyme, d’une minutie toute flamande, oit se révèle un art fort habile de la perspective dans les constructions et dans le tracé du parc, qui sc trouve embrassé d’ensemble de la façon la plus ingénieuse. A quelle main faut-il attribuer ce rare chefd œuvre de précision topographique? Les spirituels petits personnages, qui animent en grand nombre les premiers plans, ne semblent pas, au premier abord, pouvoir être d’un peintre d’architecture aussi expert. Mais le problème d’origine que pose ce curieux tableau, ne me paraît pas insoluble. Le nom tic l’artiste à qui on doit l’attribuer nous est révélé par les Comptes : c’est l'œuvre de Pierre Patel, et lu plus curieuse sûrement qu’aient de lui les collections françaises2. 11 est possible qu’il se soit fait aider, pour exécuter cette commande du Roi, par le crayon très sûr d’Israël Silvestre, par exemple, qui était à cette date, d’après un de ses titres officiels, « dessinateur des perspectives des maisons royales ». Quoi qu’il en soit, 1 ouvrage de Pierre Patel mérite d’être examiné avec soin, et interrogé avec confiance : aucune des nombreuses peintures inspirées par Versailles, qu’elle vienne de Van der Meulen, d’AlIegrain, de Cotelle ou des Martin, ne montrera plus de conscience et de fidélité.

Par la route, qui sera un jour l’avenue de Saint-Cloud, arrive le carrosse rouge de Louis XIV. Il est mené ventre à terre par six chevaux bais, escorté d’une troupe do cavaliers et suivi du carrosse de la Reine, a six chevaux blancs. En avant, galopent sur deux rangs les mousquetaires, précédés île leurs tambourins et de leurs trompettes. Sur le terre-plein qui conduit à l’avant-cour et où se tiennent des valets et des carrosses, un double rang de gardes de différents costumes fait la haie et leurs tambours battent aux champs. Mainte petite scène, rixe entre laquais, chaise à porteur renversée, repas sur l’herbe, jeu de quilles, viennent mettre la vie sur la place, bordée d’hôtels symétriques do pierre et brique rouge, dont chaque portail sur cour est orné de trophées. A droite de l’aile des cuisines, l’œil domine la nappe d’eau de trois grands réservoirs construits un peu au-dessous du batiment de la Grotte de Téthys. Sur la gauche, s’élève le clocher aigu de la paroisse du village de Versailles. Deux allées d'arbres arrivent presque jusqu’au Château, de chaque côté du « parterre en broderies ». Dans le fond du tableau, au delà des parterres bas et des charmilles qu 'égaient un petit nombre de statues, on aperçoit le Canal ou plutôt la courte amorce du Canal, creusée depuis peu, commençant à une assez grande

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distance du bassin des Cygnes (bassin d’Apollon). Le mur du premier Grand Parc, qu’on peut juger bien restreint, se distingue dans toute sa longueur au delà de la Ménagerie et de l’église du hameau de Trianon, encore existant. Des allées droites et de plantation récente traversent une plaine où le peintre n’a pas manqué de marquer plusieurs étangs; enfin, épars au loin dans le paysage bleuissant, de Choisyaux-Bœufs à Rocquencourt et à Saint-Antoine-du-Buisson, apparaissent tous les villages, aisément reconnaissables, du Val-de-Galie.

Le commentaire explicatif d’un aussi précieux document est fourni surtout par la Promenade a Versailles de Mademoiselle de Scudéry, qui en égale parfois l’exactitude et qui nous renseigne en

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