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DÉTAIL D’UNE ESTAMPE DE LE PAUME

il a sûrement consulté le Livre (l’architecture de son oncle, Alessandro Francini2; il a pu y trouver oravés de nombreux motifs de ces constructions à, lîitalienne, devenues à la mode en France depuis la Renaissance et dont la grotte de Meudon, célébrée par Ronsard comme celle de Versailles le fut par La Fontaine, était, avant la création de celle-ci, le plus mémorable exemple.

D’importants groupes de marbre furent destinés au petit édifice et commandés dès lors h Girardon, ii Regnaudin, à Gilles Guérin et aux Marsy. Devant les retrouver plus loin, n’en rappelons ici que l’origine.

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yeux1 ; Delaunay y a employé des coquillages de toute couleur, le corail, la nacre, les pétrifications, pour représenter le soleil, le chiffre du Roi, des tritons, des sirènes, des dragons, des masques, des guirlandes, des lustres, des oiseaux et tous les ornements de l’architecture. Ajoutons que Francine, qui a été l’ordonnateur de la Grotte de Téthys, la plus fameuse de toutes celles qu’on ait élevées, a dû se rappeler les travaux analogues faits par son père à Saint-Germain ; pour inspirer la décoration,

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La construction de la Grotte était ordonnée, quand Charles Perrault imagina la grandiose flatterie que Louis XIV y devait recevoir. Déjà, dit-il, la plupart des grandes décorations projetées à Versailles se rattachaient à la fable d’Apollon ou du Soleil, « car on avait mis sa naissance et celle de Diane, avec Latone leur mère, dans une des fontaines, où elle est encore; on avait aussi mis un Soleil levant dans le bassin qui est à l’extrémité du Petit Parc. Je songeai qu’à l’autre extrémité du même parc, où était cette Grotte, il serait bon de mettre Apollon, qui va se coucher chez Téthys après avoir fait le tour de la terre, pour représenter que le Roi vient se reposer à Versailles après avoir travaillé à faire du bien à tout le monde. Je dis ma pensée à mon frère le médecin [Claude], qui en lit le dessin, lequel a été exécuté entièrement, savoir : Apollon dans la grande niche du milieu, où les nymphes de Téthys le lavent et le baignent; et dans les deux niches des côtés, il représenta les quatre chevaux du Soleil, deux dans chaque niche, où ils sont pansés par des tritons. Lorsque le Roi eut agréé ce dessin, M. Le Brun le lit en grand et le donna à exécuter, sans presque y rien changer, aux sieurs Girardon et Regnaudin, pour le groupe du milieu, et aux sieurs Gaspard Marsy et Guérin, pour les deux groupes des côtés ».

Tout cet ensemble ne devait être terminé que beaucoup plus tard, et ce ne fut même qu’en 1672 que les modèles en plâtre furent posés et achevèrent, en attendant les marbres, le décor du « Palais de Téthys 1 ». La Fontaine, comme on le verra, a décrit les groupes par avance, ainsi que les figures d’Acis et de Galathée, dues à Tubi, dans le petit poème où il énumère les merveilles de la Grotte. Ce qu’on avait réalisé dès 1667 et ce qu’on trouve détaillé dans les premières descriptions, déjà fort admiratives, c’est la partie ornementale que Charles Perrault résume ainsi : « Mon frère fit aussi les dessins pour tous les autres ornements de cette Grotte : figures, rocailles, pavé, etc. Il fit encore le dessin de la porte ; c’était un soleil d’or qui répandait ses rayons sur toute l’étendue des trois portes, lesquelles étaient des barres de fer peintes en vert. Il semblait que le soleil fût dans cette grotte et qu’on le vît au travers des barreaux de la porte2 ». A partir de ce moment, la Grotte de Téthys, de plus en plus célébrée, fait partie des curiosités que les étrangers visitent à Versailles, et il est rare qu’elle n’ait sa place dans les divertissements et dans les fêtes.

Versailles a vu en 1668 la plus grande fête de Louis XIV, la plus somptueuse qu’il ait jamais donnée et celle qui est, par excellence, dans les anciens récits, la « fête de Versailles ». Elle ne dura qu’un jour, ou plutôt qu’une nuit, celle du 18 juillet, et coûta environ cent mille livres3. Il en existe plusieurs relations, sans parler du programme du spectacle, le Grand Divertissement royal de Versailles, publié avant la fête et distribué aux spectateurs. Félibien a été chargé par le Roi d’en écrire le récit officiel, plus complet que celui qu on mit dans la Gazette; Mademoiselle de Scudéry l’a fait, de son côté, d’une façon assez pittoresque; enfin, une série de cinq grandes estampes gravées par Le Pautre vint remettre sous les yeux du public, une dizaine d’années plus tard, les principaux épisodes de la fête4. Elle resta longtemps, on le voit, dans la mémoire des contemporains et marque, en effet, le moment le plus brillant de la jeunesse de Louis XIV.

G était deux mois et demi après la paix d’ Aix-la-Chapelle. Le Roi voulait rendre à la Cour les plaisirs du Carnaval, que la guerre avait empêchés. Il désirait en même temps paraître aux yeux de Madame de Montespan dans tout le rayonnement dont l’avaient entouré les victoires de Condé et de Luxembourg. La duchesse de La Vallière était encore à la Cour et maîtresse déclarée; mais ce n’était déjà plus pour lui plaire que se donnaient les fêtes de Versailles. Le Roi choisit lui-même les emplacements des jardins (ju on devait disposer et décida les divertissements, où les eaux nouvellement amenées allaient jouer le rôle principal. Le duc de Créqui, premier gentilhomme de la Chambre, fut chargé de ce qui regardait la comédie; le maréchal de Bellefonds, premier maître d’hôtel du Roi, prit soin de la collation et du souper; et Colbert, comme surintendant des Bâtiments, des constructions et du feu d’artifice. Il distribua la besogne entre Vigarani, qui dressa la salle de comédie, Henri Gissey, dessinateur des plaisirs du Roi, qui accommoda celle du souper, et Le Vau, qui fit la plus importante, celle du bal. Jolly eut à diriger les

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effets d’eau, Gissey, les illuminations, et il est à penser, sans qu’il soit expressément nommé, que Le Brun donna des idées à tout le monde.

Au jour fixé, le Roi vient de Saint-Germain dîner à Versailles avec la Reine, le Dauphin, Monsieur [duc d’Orléans] et Madame [Henriette d’Angleterre]. Le reste de la Cour arrive dans 1 après-midi, et les officiers du Roi reçoivent et offrent des rafraîchissements dans les salles du rez-de-chaussée ; les principales dames sont conduites dans des chambres particulières où elles peuvent se reposer. Vers six heures, le Roi, la Reine et toute la Cour sortent sur le Grand Parterre. « Cette agréable multitude de belles personnes extraordinairement parées » se répandent « en un instant dans tous les jardins, îi peu près comme un grand amas d’eaux retenues et resserrées, qui s’épanchent tout d’un coup et qui inondent une grande étendue de pays1. » On reconnaît en ce récit Je style de Mademoiselle de Scudéry, qui fait elle-même partie du brillant cortège. Le Roi cependant passe devant la Grotte de Téthys, descend le long du parterre de gazon et va, au rondeau du Dragon, faire admirer les figures de plomb doré nouvellement posées. Puis, par les jeunes bosquets qui off rent déjà une ombre assez épaisse, on se rassemble dans une espèce de labyrinthe, dont le centre est un cabinet de verdure à l’aboutissement de cinq allées. Le bassin qui s’y trouve alors est couvert par cinq buffets adossés au jet de la fontaine et dont chacun offre un aspect inattendu : l’un est une montagne dont les cavernes sont remplies de diverses viandes froides ; un autre, un palais bâti de massepains et de pâtes sucrées; ces buffets sont séparés par des vases renfermant des arbres, dont les fruits sont des fruits confits. Les fruits naturels ne manquent pas non plus : ils sont encore sur leurs arbres, rangés le long des allées en charmille. On y peut cueillir, dans l’une, des poires de toute espèce; dans la seconde, des groseilles de Hollande; la troisième présente des abricots et des pêches; la quatrième, des bigarreaux et des cerises; et la cinquième est toute bordée d’orangers du Portugal. Il y en a pour les goûts les plus divers, et les yeux, au bout de chaque allée, sont charmés par une belle disposition de niches fleuries au chiffre du Roi, chacune abritant la figure dorée d’une divinité des bois, d’un effet vif sur le fond vert des palissades.

« Après que Leurs Majestés eurent été quelque temps dans cet endroit si charmant, et que les dames eurent fait collation, le Roi abandonna les tables au pillage des gens qui suivaient, et la destruction d’un arrangement si beau servit encore d’un divertissement agréable à toute la Cour, par l’empressement et la confusion de ceux qui démolissaient ces châteaux de massepains et ces montagnes de confitures. » Le Roi monta ensuite en calèche, la Reine dans sa chaise, et la Cour dans ses carrosses, entrés au parc par faveur spéciale; et l’on alla faire « le tour du bassin de la fontaine des Cygnes, qui termine l’Allée Royale vis-à-vis du Château2. » Il y avait maintenant, en attendant le groupe d’Apollon, une haute gerbe d’eau formée d’un grand nombre de jets. Continuant la grande allée de tilleuls qui borde le Petit Parc, et remontant par celle qui sera l’allée de Saturne, on arrive au carrefour où sera le bassin de l’Hiver. C’est là que Vigarani a élevé le théâtre, dont la scène est prise sur l’allée et dont la salle peut contenir près de trois mille spectateurs. Au dehors, elle est toute en feuillage; le dedans est tendu des plus belles tapisseries de la Couronne et éclairé de trente-deux lustres de cristal. De chaque côté de l’ouverture de la scène deux statues, la Victoire et la Paix, rendent hommage au vainqueur de l’Espagne. « La première face du théâtre fut un superbe jardin orné de canaux, de cascades, de la vue d’un palais et d’un lointain au delà. Une seconde collation fut offerte au bord du théâtre... Ensuite une agréable comédie de Molière fut représentée; le théâtre changea plusieurs fois très agréablement et la comédie fut entremêlée d’une symphonie la plus surprenante et la plus merveilleuse qui fût jamais, de quelques scènes chantées par les plus belles voix du monde et de diverses entrées de ballets très divertissantes... La dernière surtout lut admirable par une prodigieuse quantité de personnages et de figures différentes, dont la foule régulière, s’il est permis de parler ainsi, occupa tour à tour toutes les places du théâtre avec tant d’ordre et de justesse qu on n a jamais rien vu de pareil3. » Ce dernier ballet, où plus de cent personnes évoluèrent a la fois sur la scène, représentait le Triomphe de Baechus et fut le triomphe de Lulli. Molière avait compté sur les conventions théâtrales du temps pour entremêler les bergeries du ballet et la scène mytho-

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logique finale à deux actes d’une comédie bourgeoise assez joyeuse. Elle traitait des malheurs « d un riche paysan marié à la fille d’un gentilhomme de campagne »; et ses couplets, si bien tournés qu ils fussent, ne valaient point sa prose, qui n’était autre que Georges Dandin.

Au sortir du spectacle, on se dirigea vers un autre rond-point du parc, où l’on aperçevait de loin l’illumination d’un salon octogone de feuillée, couvert en dôme et orné de figures dorées, de trophées et de bas-reliefs1. L’intérieur fut un enchantement. Les effets d’eau et de lumière s y multipliaient. Au milieu du salon, un grand rocher surmonté d’un Pégase et parsemé des figures d argent d’Apollon et des Muses, représentait le Parnasse ; d’abondantes cascades jaillissant du sommet formaient quatre petits fleuves et allaient se répandre sur des pelouses. Toute l’architecture était de feuillage, sauf les huit pilastres d’angle, qui supportaient des coquilles de marbre superposées et se renvoyant des nappes d’eau. La corniche soutenait des vases de porcelaine garnis de fleurs, alternant avec de grandes boules de cristal, et des guirlandes de fleurs y étaient suspendues par des écharpes de gaze d’argent. En face de l’entrée, le principal buffet, dans un cabinet assez profond, présentait la plus belle vaisselle, la « nef du Roi », avec vingt-quatre énormes bassins d’argent ciselé, « séparés les uns des autres par autant de grands vases, de cassolettes et de girandoles d’argent d’une pareille beauté ». On y avait mis aussi de hauts guéridons d’argent récemment faits aux Gobelins, sur lesquels posaient d’autres girandoles, allumées de dix bougies de cire blanche2. Le Roi prit place devant le rocher, où étaient comme incrustées les pâtes et les sucreries, et autour duquel se trouvaient dressées les tables pour soixante personnes. Le festin eut cinq services, chacun de cinquante-six grands plats. Dans les allées voisines, sous des tentes, la Reine avait sa table particulière, et beaucoup d’autres tables étaient préparées pour les dames. Les ambassadeurs en avaient trois dans la Grotte de Téthys, et l’on en rencontrait en plusieurs endroits du parc, servies à profusion et « où l’on donnait à manger à tout le monde ». Ne retenons que la table de la duchesse de Montausier, où furent réunies Madame de Montespan, la belle Madame de Ludre, Mademoiselle de Scudéry et Madame Scarron. A la table du Roi, où était la duchesse de La Vallière, avaient été conviées la marquise de Sévigné et mademoiselle sa fille3.

Le Roi s’étant levé de table, sortit par un portique montant vers le Château et fut, en deux cents pas, h la salle de bal4. Ce n’était plus une construction de feuillage, mais un superbe salon ù huit pans revêtu, au dehors et à l’intérieur, de marbre et de porphyre, embelli seulement de festons de fleurs. « Il n’y a point de palais au monde, s’écriait Mademoiselle de Scudéry, qui ait un salon si beau, si grand, si haut élevé, ni si superbe5. » 11 y avait six tribunes en amphithéâtre, dont le fond était orné de grottes de rocaille. Les figures décoratives de plâtre ou de carton, auxquelles les bons sculpteurs des Bâtiments avaient travaillé de leur mieux6, étaient celles d’Arion, d’Orphée chantant au milieu de nymphes, et huit femmes, « qui tenaient dans leurs mains divers instruments, dont elles semblaient se servir pour contribuer au divertissement du bal ». Les eaux réunissaient ici leurs effets les plus surprenants. Elles coulaient des piédestaux des statues, du fond des grottes, et tout le long d’une allée qui s’ouvrait sur un des côtés de la salle. Cette allée, flanquée de huit cabinets dont des termes marquaient l’entrée, paraissait extrêmement profonde. Tout au bout, la Grotte qui la terminait avec des figures dorées de dieux marins, donnait naissance à un g'ros bouillon d’eau, qui tombait par trois nappes en des vasques successives, et se divisait au bas en deux canaux h goulettes, qui descendaient jusqu’à l’entrée du salon et s’y réunissaient dans un bassin. Un grand jet d’eau dans ce bassin et seize moins grands, jaillissant des canaux, aidaient à prolonger la perspective. La splendeur du bal fut digne du décor ; « et, si l’on pouvait faire concevoir l’effet merveilleux de cent chandeliers de cristal et d’un nombre infini de plaques, de girandoles et de pyramides de flambeaux dans ce grand salon, où 1 éclat des eaux disputait de beauté avec les lumières, où le bruit des fontaines s’accordait avec les violons, et où nulle objets différents faisaient le plus bel objet qui fût jamais, les nations étrangères auraient peine à croire qu’on n’ajoutât rien à la vérité7 ».

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Un spectacle plus étonnant termina la fête. Après le bal, le Roi et la Cour gravirent les rampes du ber-à-cheval, et y trouvèrent une illumination grandiose, qu’aucun préparatif apparent n’avait laissé prévoir dans la journée :

Après avoir passé par quelques allées un peu sombres pour donner plus d’éclat à ce qu’on devait voir, comme l’on arrivait sur une magnifique terrasse, d’où l’on découvre également, et le palais, et les terrasses qui vont en

ILLUMINATION ET FEU d'aRTIFICE DE LA FÊTE DE 1668. DÉTAIL DE L’ESTAMPE DE LE PAUTOE.

descendant et qui font un amphithéâtre de jardins, on vit un changement prodigieux en tous les objets; et l’on peut dire que jamais nuit ne fut si parée et si brillante que celle-là. En effet, le palais parut véritablement le palais du Soleil; car il fut lumineux partout, et toutes les croisées parurent remplies des plus belles statues de l’antiquité, mais de statues lumineuses et colorées diversement1, qui répandaient une si grande lumière, que les ombres pouvaient à peine se cacher sous les bois verts qui sont à l’extrémité du parc... Toutes ces diverses balustrades, aussi bien que les terrasses des divers jardins, qui ont accoutumé d’être bordées de vases de porcelaine remplis de fleurs, le furent de vases flamboyants, qui ornaient et éclairaient en même temps la vaste étendue de ces superbes jardins. Outre les statues du palais et les vases des terrasses et des balustrades, on vit dans les jardins d'en bas des allées de termes enflammés..., des colosses lumineux, des statues, des caducées de feu entrelacés et mille objets enfin qui, en se faisant voir eux-mêmes, servaient aussi à faire voir les autres. Mais comme ce n’était pas encore assez de charmer les yeux par tant d’objets éclairés qui étaient fixes dans leur éclat, on entendit tout

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d’un coup, par le bruit éclatant de mille boîtes, une harmonie héroïque pour ainsi dire, qui fut Suivie de mille aigrettes de feu d’artifice, qu'on vit sortir des rondeaux, des fontaines, des parterres, des bois verts et de cent endroits différents1.

Les deux éléments étaient si étroitement mêlés ensemble qu’il était impossible de les distinguer... En voyant sortir de terre mille flammes qui s’élevaient de tous côtés, l’on ne savait s’il y avait des canaux qui fournissaient, cette nuit-là, autant de feux comme pendant le jour on avait vu de jets d’eau qui rafraîchissaient ce beau parterre. Cette surprise causa un agréable désordre parmi tout le monde, qui, ne sachant où se retirer, se cachait dans l’épaisseur des bocages et se tenait contre terre. Ce spectacle ne dura qu’autant de temps qu il en faut pour imprimer dans l’esprit une belle image de ce que l’eau et le feu peuvent faire, quand ils se rencontrent ensemble et qu’ils se font la guerre. Et chacun, croyant que la fête se terminerait par un artifice si merveilleux, retournait vers le Château, quand, du côté du grand étang-2, l'on vit tout d'un coup le ciel rempli d’éclairs et 1 air d un bruit qui semblait faire trembler la terre. Chacun se rangea vers la Grotte pour voir cette nouveauté ; et aussitôt il sortit de la Tour de la Pompe, qui élève toutes les eaux, une infinité de grosses fusées... Il y en avait même qui, marquant les chiffres du Roi par leurs tours et retours, traçaient dans l’air de doubles L, toutes brillantes d une lumière très vive et très pure. Enfin... toutes ces lumières s’éteignirent ; et, comme si elles eussent obligé les étoiles du ciel à se retirer, l’on s’aperçut que de ce côté-là la plus grande partie ne se voyait plus, mais que le jour, jaloux des avantages d’une si belle nuit, commençait à paraître3.

Telle fut la fête de 1668, la première apothéose de Versailles. En retournant au matin à Sainl- Germain avec la Cour, Louis XIV put être satisfait de l'ouvrage de ses serviteurs, qui avaient obtenu, dans tous les genres, des résultats supérieurs à ce qu’on avait vu jusqu’alors en France pour les fêtes royales. Mais il était lier surtout d’avoir montré, dans tout son éclat, à ses trois mille invités le beau domaine qu’il avait créé.

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