‹ La création de VersaillesChapitre 53 sur 118 · Gazette , 1652, p. 442 ; 1660, p · texte numérisé non relu

Gazette , 1652, p. 442 ; 1660, p

Page 30. — 1. Deux documents principaux émanant de Colbert dominent toute la question. On en a cité un en le datant inexactement et par conséquent sans pouvoir en tirer un parti complet. Tous les deux sont publiés par P. Clément, à l’année 1665, avec quelques doutes en réalité trop justifiés [Lettres, instructions et mémoires de Colbert, t. V, Paris, 1868, p. 266, 268).

La première pièce est la fameuse lettre au Roi sur l’inutilité d’agrandir Versailles, quand le Louvre attend son achèvement. Je puis dater avec certitude ce document, qui ne porte aucune indication d’année. (« Ce 28 septembre au matin. » Minute autographe dans la collection Morrison. Catalogue ofthe collection ofautograpli letters formed by Alfred Morrison, t. I, Londres, 1883, p. 221.) Le texte complet, donné une première fois par P. Clément au t. II de son recueil, p. 220, d’après le cabinet du duc de Luynes, contient la phrase suivante : « M. de Saint-Simon m’écrit que celui qui a conduit les 170 rendus ou pris à la bataille d’Estremosl’a assuré qu’ilyenavaitencore300qui devaient débarquer à Brouage ou à La Rochelle, en sorte qu’il faudra y envoyer les mêmes ordres que ceux qui ont été envoyés à Blaye. » L’éditeur a pensé qu’il s’agissait d’une victoire (?) des Espagnols sur les Portugais en 1665, alors qu’il ne peut être question que de la défaite bien connue des Espagnols à Estremoz, le 3 juin 1663. La victoire de l’armée portugaise fut due à Schomberg, qui la commandait [Gazette, 1663, p. 663-674). A défaut de la lettre du duc de Saint-Simon, gouverneur de Blaye, écrite en septembre et qui n’a pas été conservée dans les papiers de Colbert, l’envoi de prisonniers en France à cette époque peut être attestée par une autre lettre du même personnage au ministre, qui est du 11 octobre 1663. Une pièce annexée à cette lettre est ainsi intitulée : « État de la dépense qui a été faite par des soldats prisonniers envoyés de Portugal et arrivés au port de Blaye dans un vaisseau hollandais depuis le 24e septembre 1663... » (Bibliothèque nationale, Mélanges Colbert, vol. 117 bis, fol. 577.) La lettre

NOTES

de Colbert sur Versailles et le Louvre est donc datée, sans doute possible, du 28 septembre 1663. Clément avait cru appuyer la date de 1665 sur une phrase où le ministre parle de « plus de 500 000 écus... dépensés depuis deux ans à Versailles »; comme les Comptes des Bâtiments, qui commencent avec 1664, fournissaient pour cette année à Versailles une dépense de 834 037 livres et, pour 1665, de 783 673 livres, le total de 1 617 710 livres, dépensées en ces deux années, paraissait concorder avec le chiffre indiqué par Colbert. Toutes les conclusions tirées de ces observations tombent en môme temps que l’erreur de date. Il reste acquis, au contraire, qu’il faut ajouter aux premières dépenses de Louis XIV pour la transformation de Versailles, une dépense de « plus de 500 000 écus », antérieure à la série des registres des Comptes.

Le second document ne nécessite point une discussion aussi minutieuse. C’est un rapport technique de Colbert au Roi sur les projets d’agrandissement du Château. Cette pièce non datée, classée par Clément à 1665, indique clairement, parmi quelques obscurités inévitables, qu’il est question de faire « l’enveloppe » des constructions Louis XIII sur les dessins de Le Vau. C’est le parti que conseille Colbert, après avoir examiné d’autres projets. Il est probable que le commencement d’exécution suivit de près cette étude. Or, j’établis, par les rapports inédits adressés à Colbert, que les fondations de Le Vau ont été commencées dans l’automne de 1668. C’est donc à 1668, ou au plus tôt à 1667, qu’il est logique de rattacher ce rapport au Roi.

Page 32. — 1. Je ne peux mentionner qu’en passant la somptueuse résidence de Fouquet, qu’un dessin original de Pérelle rappelle ici au souvenir du lecteur et qui a été dignement restaurée de nos jours par M. Alfred Sommier. Les dessins originaux des estampes de Silveslre sur Vaux sont conservés dans un album du Musée du Louvre, qui contient aussi ceux de Versailles. On connaît la monographie de Rodolphe Pfnor, Le château de Vauxle- Vicomte, Paris, 1888, in-fol., enrichie d’un texte de M. Anatole France. Si je nomme sans hésiter Francine, en l’absence de document formel, comme le créateur des jeux d’eau de Vaux, c’est qu’il est le seul spécialiste auquel on doive naturellement songer et que sa charge le mettait, tout comme Le Vau et Le Nôtre, entre les mains du surintendant.

On ne peut passer sous silence le château de Rueil, dont la beauté des eaux importunait d’autant plus Louis XIV qu’elles étaient fort voisines de Paris et que tout le monde les connaissait. La création du cardinal de Richelieu, qui éclipsait en magnificence les maisons royales, avait passé entre les mains de la duchesse d’Aiguillon, nièce et héritière du cardinal. Louis XIV eut quelque désir de l’acheter, en 1666, et en fît écrire à la duchesse par Colbert ( Lettres de Colbert , t. V, p. 512). Il y avait à Rueil des grottes, des cascades, un canal, un immense parterre entouré de jets d eau, en quantité extraordinaire pour l’époque. Tous ces aspects sont rendus par les gravures contemporaines, notamment par la petite suite d'Israël Silvestre consacrée à Rueil.

2. La date de 1661 pour le début des travaux de Louis XIV est donnée par Félibien, historiographe officiel contemporain, et par Blondel, qui a eu sous les yeux les

papiers de Charles Perrault. On la trouve également dans le texte ci-dessous. Il n’y a aucune raison d’y substituer 1662.

3. Notice sur Errard, par Guillet de Saint-Georges : « En 1661, il commença à travailler au petit château de Versailles, que le Roi voulait faire rétablir, et, pendant l’année 1662, il continua de l’orner et de l’enrichir. M. Coypel y peignit le plafond du petit salon ; mais ces ouvrages ont été détruits par les divers changements qui se sont faits au bâtiment de Versailles». ( Mémoires inédits sur la vie et les ouvrages des membres de V Académie royale de peinture et de sculpture, Paris, 1854, t. I, p. 81). La mention del’apparlement du Dauphin est dans un document de 1663. (Bibliothèque Nationale, Mélanges Colbert, vol. 115, fol. 11).

4. Lettres , instructions et mémoires de Colbert, t. V, p. 269.

5. Sur le séjour du 12 au 16 mars, on peut remarquer la mention suivante : « Le 16, Leurs Majestés retournèrent de Versailles, et le lendemain Monsieur et Madame pareillement de Saint-Cloud, après avoir pris les divertissements que la nouvelle saison leur pouvait offrir en ces délicieuses maisons de plaisance. » ( Gazette , 1663, p. 267.) Cf. Gazette , 1663, p. 95, 119, 143, 196, 220, 240, 292, 320, 348, 372, 466, 514, 537, 561, 637, 638, 685, 738, 796, 820, 922, 1044, 1095, 1148. On trouvera plus loin des renvois pour les années suivantes.

Page 34. — 1. Ces documents sont conservés à la Bibliothèque nationale, Mélanges Colbert , vol. 114 à 153. Celui qu’on publie ici est au vol. 114, fol. 616. Le dernier rapport de Petit sur Versailles est du 10 juin 1669, Colbert ayant envoyé ensuite cet agent à Fontainebleau. La série n’est malheureusement pas au complet ; mais, malgré les lacunes, il est toujours possible d’y suivre la marche générale des travaux.

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