‹ La création de VersaillesChapitre 99 sur 118 · Dangeau, t. I, p · texte numérisé non relu

Dangeau, t. I, p

7. La Martinière décrit ainsi le jet central : « Au milieu du bassin, il y a un rond de marbre blanc d’une pièce posté sur un pied orné de trois consoles, du cëntre duquel s’élève un fort jet à soixante-dix pieds, lequel, se trouvant noyé par un gros bouillon au pied, retombe en produisant une eau qui ressemble à des perles, ce qui est un effet produit par le bouillon qui divise les parties. Cette eau se répand en nappe autour du bassin où est le jet. » Ces effets anciens ont pu être en partie rétablis.

Page 167. — 1. Du 15 décembre 1686 : « A Caffiéri le fils, à-compte des ornements de coquilles et glaçons, qu’il fait sur les socles de marbre pour porter les figures dans les Bains d’Apollon, 500 livres. » Du 31 mars 1687 : 200 livres. (Comptes, t. II, 890. Cf. Guiffrey, les Caffiéri , p. 52.) La beauté de ces sculptures, que nous avons vues entières sous la végétation qui les couvrait, a été beaucoup altérée par l’amincissement produit par le nettoyage.

2. Manuscrit 22 de la Bibliothèque de la ville de Versailles, p. 139. Le Mercure galant de novembre 1686 annonçait ainsi les commandes : « On travaille à quatre groupes (sic) de figures de marbre pour mettre sur quatre (sic) grands piédestaux qui sont dans le bosquet. Le premier est le Point du jour , représenté par un jeune homme qui tient un flambeau et qui a des nuages à ses pieds et un hibou qui paraît fuir ; il est aussi accompagné d’un zéphir qui souffle. Dans le second de ces groupes paraîtra V Aurore répandant des fleurs et descendant de son char. Le troisième représentera Arion invoquant les dieux et monté sur un dauphin. On verra dans le quatrième Leucothoé recevant les offrandes des nautonniers. » Ce projet de décoration, si modifié par la suite, est assez curieux à rapprocher de l’ensemble définitivement exécuté. On trouve, au 25 mai 1698 : « A Pierre Le Gros, sculpteur, parfait paiement de 3 700 livres pour la figure représentant le Point du jour , qu’il a faite en marbre pour les Bains d’Apollon. » Au 26 février 1696 : « Ouvrages de charpenterie faits pour sortir des ateliers du Louvre la figure de marbre représentant Arion et le groupe de marbre représentant Y Enlèvement de Proserpine et pour les conduire à Versailles. » (Comptes, t. IV, 351, 44.)

3. Les Comptes de 1705 donnent les noms exacts de ces deux statues : Y Aurore et Caliston (sic) : « Aux nommés Armand et Montéan, pour deux piédestaux qu’ils ont faits en marbre pour les figures de Y Aurore et de Caliston (sic) du bosquet des Dômes de Versailles. » Magnier reçoit 2190 livres pour sa figure de Y Aurore (t. IV, 1184; t. V, 41.)

Page 168. — 1. Bien que je m’interdise d’ordinaire de faire intervenir ici des témoignages modernes, il nie semble utile de publier, à propos du Bosquet des Dômes, quelques extraits de la correspondance administrative de Frédéric Nepveu (d’après la copie appartenant à M. Paul Favier). ün y verra à quelles études s’était livré, pour la restauration de ce bosquet, l’architecte de Louis-Philippe et quelle opposition fut faite par lui à l’enlèvement des statues qui le décoraient. Nepveu écrivait à son directeur, M. de Cailleux, le 30 août 1844 :

« Le Roi m’a fait part qu’il avait besoin de statues pour décorer le bassin en fer à cheval à Saint-Cloud, dont

NOTES

il vient de faire rétablir les vingt-quatre jets, et qu’on lui proposait de faire enlever du Bosquet des Dômes les huit belles figures qui le décorent, pour faire partie de celles qui entoureront cette pièce. J’ai de suite supplié le Roi de n’en rien faire, en l’assurant d’abord que ce Bosquet des Dômes, qui fait pendant à celui de la Colonnade, pouvait être parfaitement restauré de la manière la plus simple et la plus heureuse, avec un chiffre de dépense très inférieur à l’importance de la conservation d’un point aussi remarquable par la beauté et la richesse de ses sculptures que par son effet d’eau.

« J’ai particulièrement étudié la restauration de ce bosquet pour l’obtenir par les moyens les plus simples, j’en ai fait sonder tous les points ; j’en ai fait relever et mettre au net tous les détails ; je puis donc fournir les plus amples renseignements à l’Administration, soit pour son rétablissement, soit pour sa conservation. Les huit statues qui le décorent sont l’ouvrage de sculpteurs de la meilleure époque et particulièrement la Galatée , qui est de Baptiste Tubi, le môme qui a fait cette copie du Laocoon qui est au Grand Trianon et qui est la plus belle connue. Ces huit statues en marbre, sur des piédestaux en marbre blanc veiné très riches, forment, avec ce magnifique double exèdre orné de balustrades en languedoc et quarante bas-reliefs de Girardon, un monument d’art très précieux à conserver et auquel il ne manque, pour être complet, que la restauration et la conversion du bassin inférieur à pans coupés en un simple bassin circulaire. »

Nepveu ne put. intéresser Louis-Philippe à la restauration du bosquet, qui fut dès lors abandonné à la ruine ; il n’eut même pas gain de cause pour le maintien des statues, et dut se contenter d’exprimer sa peine à son chef, le 8 juillet 1845, après une visite du Roi :

« Sa Majesté s’est particulièrement arrêtée au Bosquet des Dômes, dans lequel le Musée a fait poser sur les anciens et larges piédestaux, et pour remplacer les huit grandes et belles statues de marbre blanc, toutes de la grande époque, qui formaient un ensemble si précieux à conserver, huit petites statues, dont une noire, toutes plus ou moins restaurées et n’ayant aucun rapport entre elles. Bien que le fait soit accompli, j’ai dû répéter au Roi qu’il est toujours bien regrettable d’enlever à une résidence les monuments qui lui sont propres, qui datent de sa création et qui ont été si bien faits pour la place qu’ils deviennent inhérents au sol. « C’est, ai-je dit à Sa Majesté, vouloir disperser les membres d’une bien noble famille, qu’il faudrait, au contraire, comme la sienne, tenir toujours réunie. »

Pour être piquante et respectueuse, la protestation de Nepveu n’en est pas moins véhémente. L’année suivante encore, il revient dans ses rapports sur un sujet qui lui tient au cœur; il demande qu’on envoie au moins des copies en pierre des statues emportées à Saint-Cloud. Son désir a été exaucé et au delà, par le retour de ces figures à Versailles, après la guerre de 1870-71, et leur réinstallation récente à la place qu’elles occupaient jadis.

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