LIVRE SEPTIÈME
possible, soit qu'il commence à être embarrassé de sa toison et de sa crinière, il dépérit à mesure que la terre se réchauffe. Il se dérobe, il se réfugie obscurément dans quelque fiord de la mer polaire, comme aujourd'hui le bison au plus épais des forêts de Lithuanie. Avec lui périt toute ' une époque dont lui seul marquait le souvenir. Il en était le monument.
A sa place, voici le troupeau de rennes qui s'élance, comme s'il prenait lui seul possession du grand héritage de neige abandonné par Téléphant chevelu'. Le renne trouve, dans l'Europe centrale, en Allemagne, en France, dans le Périgord une mousse diluvienne (Hypnum diluvii), analogue à celle qu'il trouve aujourd'hui en Laponie,'au Groenland, au Labrador.
On a découvert dernièrement son bois ouviiagé par la main humaine, jusque sur le terrain erratique de l'ancien glacier du Rhin ; preuve cer^taine que le renne et l'homme vivaient ensemble sur le sol détrempé de la mer glaciaire, dans l'Europe centrale. C'est là , au moment où j'écris, le point le plus reculé de cette chi^onologie mouvante, où l'animal sert de date à L'his- , -toire diluvienne. Et qui sait, si demain, cette
môme date ne sera pas portée plus loin, dans le passé, par une autre découverte?
On a toujours parlé de Féducation dePanimal par rh(taQme; disons aussi quelque chose de l'éducation de l'homme par l'animal. Les êtres qui l'ont précédé lui ont assurément légué une partie de leur expérience. Et qu'est-ce que l'animal pouvait enseigner à l'homme? En premier lieUy la connaissance de la terre habitable.
D'après une légende, les barbares ont appris l'existence de l'Europe, en poursuivant un cerf à travers le Palus Méotide. Combien de fois celte légende a dû se réaliser pour l'homme de l'époque glaciaire! Ce n'est pas seulement le Romain qui a été élevé par la louve, c'est l'homme. En voyant les premiers tissus grossiers de l'homme post-glaciaire, j'ai peine à ne pas croire qu'il a appris d'abord à tisser la toile, à l'exemple de Minerve-araignée.
L'ours de caverne lui a appris le chemin des lieux montagneux, celui des antres formés par l'éboulis des rochers. C'est en suivant le mammouth qu'il a pénétré dans les marécages et les vallées profondes. Mais, avec le renne, quel espace s'ouvre devant lui dans les steppes mous-