LIVRE SEPTIEME
sues, stériles, qui se perdent à Thorizon! Aucun objet ne semblait pouvoir l'y attirer jamais. Si, avec Tours, il s'est fait un premier domicile fixe (Jans un rocher ou dans un tronc d'arbre, il a dû changer de mœurs avec le renne et devenir promptement nomade comme lui. Les sentiers intelligents, tracés par les rennes, Tout amené, à Genève, au pied du Salève, dans les vallées du Rhin, et de là, dans celle de la Tamise.
Ce qui se voit, de nos jours (1), dans le nord de la Sibérie, chez les Yakoutes, les Toungouses, a dû se passer dans le centre de l'Europe. L'homme attendait le passage des rennes dans leur double migration de chaque année. Il s'embusquait, pour les surprendre, sur les bords de la Garonne, de l'Adour, du Rhône, de la Somme, delà Meuse et du Rhin, comme il s'embusque aujourd'hui aux bords des affluents de la Lena, de la Kolima et de TAmouy dans les toundras de Sibérie.
(1) V. Le Nord de la Sûérie, voyage parmi les peuplades de la Bussie asiatique et dans la mer glaciale, entrepris par ordre du gouvernement russe par MM. de Wrangel, amiral, chef de Texpédition, Matiouchkine et Kozmine, officiers de la maritie russe, traduit par le prince £mr manuel Galitzin. 1843. #
S'il manquait le passage, c'était un malheur irréparable, une cause d'angoisse et de famine pour toute une saison ; et, dans dés langues encore monosyllabiques, semblables au râlement des rennes, éclatait une plainte funèbre qui remplissait la contrée. Au contraire, s'il avait été bien inspiré dans le choix de son embuscade, s'il s'était trouvé à son poste au bord du fleuve, à l'endroit et au moment où le grand troupeau se jetait, par milliers, dans les flots glacés des rivières de France, de Belgique ou d'Allemagne, lafscène était difiërente. Armé de haches et de couteaux de silex, il se précipitait à la nage ou dans un tronc d'arbre creusé sur la horde des rennes qui s'embarrassaient l'un l'autre de leurs cornes rameuses, au milieu des flots.
Il les égorgeajt de son large couteau de pierre et teignait de leur sang les neiges des deux rives. Alors c'étaient des hennissements de joie, et un jour de fête, tel qu'on peut se le représenter chez l'homme fossUe. Car il pouvait, ce jourlà, rassasier sa faim ; et peut-être avait-il déjà appris à se ménager sa pâture pour le lendemain, en laisi^^nt plonger les cadavres do