‹ La créationChapitre 22 sur 113 · LIVRE SEPTIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE SEPTIÈME

dans rhomme, non un coupable, mais un condamné, que la nature attendait pour -s'en faire un jouet : « Animal pleureur qui doit commander aux autres. »

Ciombien cette philosophie désespérée se serait plu au spectacle de l'homme nouveau-né, jeté nu et proscrit, en naissant, dans un monde sibérien I- Mais les imaginations désolées, telles que celles de Pline, n'ont pu approcher de ce qui semble aujourd'hui la réalité, d'après le dernier mot de la science. Et c'est là justement ce qui me porte à penser que ce mot n'est pas le dernier, qu'il s'expliquera par des découvertes nouvelles, et que l'homme naissant ne restera pas à jamais muré dans ce berceau de glace.

On vient de retrouver, ces jours-ci, les contemporains de l'homme, l'Ursus spelœus, l'Ele- ]^s antiquus, le Rhinocéros hemitsechus, recouverts par les blocs erratiques des glaciers. Ils vivaient donc avant que les glaciers fussent étendus, puisqu'ils sont ensevelis sous leurs dépôts ; et s'ils vivai^t, ne faut-il pas en dire autant de leur compagnon, qui semble inséparable d'eoK, de l'homme qui a connu, pratiqué leur espèce? 6e a'est là, il est vrai, qu'une in-

duction que tout le monde n'admet pas, et qui a besoin d'être confirmée ; mais elle est grave ; elle renferme et laisse pressentir toute une série de faits nouveaux.

D'ailleurs, si j'ai rencontré, pour la première fois, l'homme au bord du glacier de l'Europe centrée, s'ensuit-il qu'il y soit né? Tant s'en faut. Il 7 est arrivé en suivant les sentiers tracés par les rennes. Il a pénétré, à la suite des ours, aux confins de la terre habitable; mais ce ne peut être là sa première demeure.

Je l'ai trouvé accroupi auprès d'un foyer.

Dirai-je qu'il a eu un foyer préparé en naissant?

Non, sans doute; et de même que nous établissons les époques de l'homme avant l'âge du bronze et des métaux, il faut porter plus loin les bornes de cette histoire et ajouter, à ce passé, tout un long âge de l'homme avant le feu.

S'il y a eu évidemment un temps où il n'en connaissait pas l'usage, et s'il ne pouvait lutter contre l'hiver, c'est une nécessité qu'il ait apparu sur la terre, dans une contrée et une époque tempérées, où il pouvait se passer de la chaleur empruntée à la flamme. Il est le plus nu des êtres ; il faut donc qu'il soit venu au monde

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