LIVRE SEPTIÈME
dans une région où il n'avait pas besoin d'être vêtu pour résister aux frimas. Dans une pareille misère, les rayons d'un soleil bienfaisant ont dû être longtemps son unique vêtement et son seul foyer.
Que tout cela nous rejette loin de notre hémisphère boréal à l'époque glaciaire! J'ai beau voir s'avancer sur la terre gelée le rhinocéros et le mammouth velu en compagnie de Thomme ; je me dis que l'homme n'a pas surgi de ce désert de glace ; il y est entré et l'a traversé, il n'y est certainement pas né.
Là où la science m'abandonne, je consulte la vie. Je vois l'activité fiévreuse de l'homme, cet esprit qui ne connaît pas de saison, ce génie des tropiques qui ne sait ce que c'est que s'engourdir, à la manière des ours, cette course que rien ne ralentit, cette flamme qui ne peut s'éteindre ni dans le bien ni dans le mal ; et j'en conclus, prématurément peut-être , mais avec certitude, que cette flamme inextinguible a été allumée, pour la première fois, sous un ciel hospitalier, èur une terre amoureuse, au rayon du soleil qui a laissé ses étincelles dans les Védas, non point au milieu des animaux à fourrure de la région
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glaciaire, mais au milieu d'une faune sous-tropicale, avant que Téléphant et le rhinocéros aient eu besoin de se faire leur toison et de se couvrir de laine.
Le cœur humain, tout seul, à défaut d'autres preuves , protesterait contre l'origine glaciaire. Bon ou mauvais, il dit assez haut qu'il n'est pas né dans la mèr de glace.
Cette terre hospitalière , ce ciel indulgent où sont-ils? On le saura peut-être un jour. Il suffit de dire aujourd'hui que l'homme, aventuré dans les glaces de notre hémisphère, avait déjà pourtant une ébauche d'art et d'industrie dans les cavernes du Périgord et de la Meuse. Peut-être, n'était-il qu'un groupe égaré d'une race humaine, qui, ailleurs, sous un climat moins hostile, avait déjà fait de plus grands pas au-dessus de la nature brute.
Sans poursuivre cette hypothèse qui ne peut être aujourd'hui ni prouvée ni démentie, je m'attache aux traces de cet homme que je viens de reconnaître. Pendant la longue durée de son existence, que fait-il? •
Il voit, autour de lui, les espèces éteintes disparaître et s'enfouir, Tune après l'autre, dans