LIVRE HUITIÈME
tude; choses impossibles tant que le domicile n'était pas assuré.
Déjà, il à autour de lui le cheval, le bœuf, la chèvre, Tâne, le mouton, le porc; il les conduit paître dans les alpages inférieurs; le soir, au moment où Tours et le loup isortent de leurs repaires, il rentre dans son refuge, où lui et son troupeau sont inexpugnables.
Grâce à cette sécurité, il n'est pas seulement pasteur, le voilà agriculteur; il sait déjà semer et moissonner. Il récolte la petite orge à six rangs, le petit u ornent, le même qui se trouve dans les briques de la pyramide de Daschour, le millet, le pavot, le lin dont il se fait un premier tissu ou un gâteau. Il a des vases en terre cuite où il conserve la pomme sauvage, la fraise, les nèfles, la framboise, surtout la noisette. Il en a d'autres pour le laitage.
On a comparé les premiers hommes lacustres de Suisse et d'Italie aux sauvages de la Californie et des îles de la Sonde ; et il est vrai que, par leurs armes et leurs outils de pierre, ne connaissant aucun métal, ils semblent encore au degré le plus infime de la condition humaine. Mais, en voyant leurs nombreux troupeaux, leur
agriculture naissante, en entendant le mugissement de leurs vaches, le beuglement, de Taurochs, autour de Tenceinte de la bourgade, le hennissement des chevaux, l'aboiement des chiens, le sifflet des bergers dispersés sur les plateaux des alpages, on est ramené à Tétat de civilisation représenté par les plus anciens chants du Rig-Véda.
Les choses, les animaux, le genre de vie pastorale se ressemblent. Seulement, à cette vie des lacustres manquent le chant, Tadoration, la prière. Une vie fourmille autour des lacs, peuplades isolées, emprisonnées dans leurs enceintes de pilotis. Ce n'est pas la grande âme, le souffle immense du genre humain, à son berceau, dans les hymnes védiques de l'Inde. Les Alpes se taisent devant l'Himalaya.