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LIVRE HUITlàME

Suisse, en Italie, en Autriche, et dans l'Europe centrale.

Mais, comment faire? Quel moyen d'établir son domicile au milieu des eaux dormantes?

Probablement, il se construisit d'abord de petits Ilots artificiels, en entassant des pierres dans les parties les moins profondes. Mais il restait encore ainsi trop près du rivage. Les ennemis (c'était la terre entière) pouvaient l'y atteindre trop aisément. Coinment donc naîtra en lui l'idée de se bâtir, au loin, un refuge assuré au milieu des eaux profondes ?

Peut-être a-t-il vu quelque part les castors cabanes abattre des arbres, s'en former des pieux, les enfoncer dans le lit d'une rivière ou d'un lac, unir entre eux ces pilotis par des branches flexibles, asseoir sur ces fondements, à fleur d'eau, des cabanes qui sont, à la fois, des endroits de refuge et des magasins de provision? Les castors, que l'homme n'avait pas encore troublés dans leur industrie, auraient été ses premiers maîtres dans l'art de bâtir sur pilotis.

Lisez dans Bufibn la description des huttes des castors cabanes j vous croirez qu'il s'agit des villages de nos lacustres. Pilotis, planchers, ca-

banes, magasins de provisions, maisonnettes en dômes, bourgades aquatiques, tout s'y trouve (1). Comment croire que ces traits communs, cette parfaite ressemblance de détails appartiennent seulement au hasard?

Dès que le modèle de ces constructions aquatiques fut fourni à l'homme, il l'imita. Partout, il^ se fit des villages et des bourgades de castors sur les lacs de Genève, de Neuchâtel, de Zurich, de Varèse, de Gôme. D'abord, il n'osa établir ses constructions qu'à une courte distance du rivage ; tant il était encore peu familier avec le monde lacustre. Mais, l'art croissant, il porta plus loin son domicile. Il se sépara davantage des rives, et se sentit assuré contre les périls.

Ainsi, il a un refuge où il est maître de ce qu'il possède. N'ayant plus l'inquiétude de chaque moment, il peut songer au lendemain. De chasseur nomade, il devient pasteur; et de nomade, sédentaire.

C'est alors qu'il put commencer à apprivoiser les animaux, à choisir ceux qu'il rendit domestiques, à faire peser sur eux le joug de l'habi-

(1) Buffon. Hist. NaL T. VIIF, p. 49.

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