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II

rimpuissance ne suffisent pas à le vaincre (i).

Heureusement, les grands arbres descendent jusqu'au rivage. L'homme les attaque de sa hache de pierre. Il se contente d'abord de les entamer par une fente circulaire autour du tronc, puis il parvient à les briser. Voilà les troncs dépouillés, dégrossis, amincis vers le bout, durcis au feu. Du haut des rochers, il les précipite à travers le fouillis des forêts. Le lac les reçoit et les charrie jusqu'à l'endroit où doit s'élever la bourgade, à cent pas de la rive.

Pendant que, sur les pirogues, les constructeurs ont plongé les pilotis au fond du lac, d'autres y jettent des pierres qui serviront à les assujettir; d'autres les enfonçait sous les coups redoublés d'un arbre qui leur sert de marteau. Sur ces pilotis qui défient les tempêtes, ils étendent, à dix pieds au-dessus du niveau des eaux,

(1) V. Frédéric Troyon. Habitations lacustres des temps aneiCTw H modernes. 17 planches. « H est probable que plttsiaun des points oocupés diras i*ège du brânse l'ont été précédemment. » P. 78, 79, 81. tOn leirouwe à Vevey, à Tilleneuve et à Nernier des pilotis séparés de la rive actiiidle.... et tout permet de supposer qu'ils ee sont point étrangers à Tâge de ta pierre. > P. 8i,

E. Desor. Les Palafittes^ ou constructions lacustres du lae de Nenfchâiel 4865. P. 17.

une esplanade de bois légers et ronds. Là s'élèvent déjà une trentaine de cabanes circulaires aux toits coniques, enduites 2ui dedans d'un ciment d'argile qui les protège contre le froid et la bise. Une large pierre est placée au milieu de chaque cabane, pour servir de foyer, et la fumée s'échappe en tourbillon par les interstices du toit.

Premier gîte tranquille de Thomme dans nos contrées. Qu'il s'y repose en paix pour la première fois. Le voilà qui s'est dérobé à la terre. Des eaux dormantes reavironnent. Au loin, dans les failles des monts, les carnassiers ont beau hurler ; les Alpes encore innomiées font descendre leur ombre sur ces cabanes et sur ces couches de feuilles. Ne pouvant vaincre d'emblée la nature première, l'homme lui a échappé. La nuit est venue, une nuit sans alarmes, telle qu'il n'en a jamais connu de semblable auparavant, depuis son apparition sur la terre« Il a suspendu à la cloison sa hache, sa pique^ ses flèches de pierre, et il dort.

Avec le jour, voici la bourgade qui s'éveille. Le pont ou plutôt la passerelle de bois qui doit la réunir à la rive est rétablie. Le troupeau de

chèvres donne son lait que Ton recueille dans des vases pansus, très-semblables aux vases des chalets d'aujourd'hui; et il passe sur les poutres branlantes. Il va se môler au troupeau de vaches et de boeufs qui sont restés parqués pendant les ténèbres.

Le village lacustre a ainsi une première physionomie du village suisse, de même que la forme de la tête, chez les hommes, est déjà semblable au type crânien de l'Helvète de nos jours. Il sait déjà faire sa provision d'herbe pour l'hiver, Ten* tasser à l'abri du rocher, remuer avec un boyau de pierre le sol maigre des Plans qui s'étendent au flanc de la montagne, y semer le môme froment, la môme orge qui se retrouvent dans les plus anciens monuments d'Egypte. Quand le blé fut connu, le gâteau de glands (1) se maintint jusque dans l'époque de bronze.

Ces travaux se font dans le voisinage de la bourgade. Si quelque danger se présente, si l'alarme est donnée, aussitôt tous se précipitent, la hache de pierre au côté, vers l'endroit du refuge. Les embarcations fourmillent. Elles emportent,

(l)On voit un de ces plats de glands, dans la riche col* lection de M. Forel, à Morges; époque du bronze.

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