LIVRE HUITIÈME
Le jour que je viœiâ de raœutep se répéta indéfiaimeut et, presque^ms aucune différeuce, il remplit l'âge de pierre. Les siècles s'ajoutaient aux siècles^ ils 11'aiKienaâent que des changements insensibles. Si l'on réfléchit à ce genre de vie insulaire» ob Toit que la cité ne pouvait guère &'accro}iare, puisque tenant la terre pqur hostile, elle ne pouvait s'y répandret. Les hommes ne s'éloignaient point de la côte ; ils ne prenaient pas possession de la contrée* Encore moins soageaient-ila h passer les monts/ à émigrer, à conquérir, à s'adjoindre des territoires et des. peuples* Les bourgades qui occupaient les lacs airaieni beau être nombreuses^ elles ne sortaient pas de leur bassin..
Peut-être les plos voisines, se firent entre elles une guerre de pirogues.. Armées de flèches incèBdÂairea, elles parait réussir à porter le feu, au dé&ut du fer, au milieu des cabanes de feuillagie et de chaume qui s'allumaient et brûlaient dans les lacs. Pendant des siècles de siècles, ce *fut là leur mad périlv £Ues étaient défendues des autres par la solitude, par la hauteur des monts, surtout par leur obscurité. La force des choses les défendit de leur propre ambition et de celle des autres.
Voilà comment elles se conservèrent inconnues de toute l'antiquité derrière les Alpes, de même que les peuplades océaniennes furent soustraites et dérobées à la curiosité du genre humain^ par rimmensité des mers, *
La bourgade lacustre de Morges était la plus nombreuse^ elle comptait pins de douze cents habitants. Passé ce nombre, elle ne pouvait s'accroître. Les eaux profondes eussent englouti l'ambition des lacustres, si elle avait pu naître. Ainsi ces villes commençaient comme Rome à être des lieux de refuge ; elles avaient devant elles un temps incommensurable; mais elles restèrent à la fin, ce qu'elles étaient au commencement, dans leur berceau, des villages, à travers l'ère de. pierre et mômé de bronze.
La cité lacustre a beau durer; elle ne grandit pas. Une bourgade ne s'adjoint pas une autre bourgade. Chacune d'elles, renfermée dans son îlot, tremble d'en sortir, situation unique pour un peuple naissant.
Dans ces premiers traits, ne reconnaissez-yous pas, comme dans l'embryon, les linéaments de l'avenir du peuple suisse? Obscurité, simplicité, modestie. Si la paix peut exister'quelque part.