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II

tt6 LA CRÉATION.

J'ai trop souvent va l'homme misérablement abaissé prendre plaisir à son abaissement. Curieuse prétention après cela, de vouloir être traité comme un archange aux ailes diaphanes, qui ne touche pas la nature du bout du pied.

Bel archange, je t'ai vu trop souvent le cœur dans la boue; souffire que je m'en souvienne quelquefois.

Quand Tàme humaine s'abaisse au point de tarir, il faut profiter de cet abaissement pour faire des observations qui seraient impossibles en d'autres teûips, et dont vous n'auriez pas môme l'idée.

L'âme, en se retirant, laisse voir un fond jusqu'ici inaperçu. Profitons-en pour montrer les liens de parenté de la nature et de l'homme.

Quand les eaux des grands lacs ont baissé, c'est alors qu'on a découvert les témoins de l'âge de pierre et de bronze dans les constructions lacustres. Essayons quelque chose de semblable.

L'histoire étant le génie de notre époque, c'est par ses méthodes appliquées pour la première fois à la nature que l'on a le plus de chances de résoudre la question de notre siècle. Là se trouvent la clef et Toutil des paléontologistes

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pour sonder le .proiblÉiiie de la.isucoesaioai deiE^>f flores et des faonesi

Mais comment appliqueri}eS''mâ&odesr*hîirtoi>^. riques au dévaloppemaDt^rÂlatgrandeary âjadâcadence, à la disparitioni*deB;.'divw0eBje9pteept; de végétaux et d'animaux'^os&dles^ Là iphilo^o^ > phie de Thistoire fournit Un6> multitude! de clefe.i. Évidemment toutes ne 'sont^paa applicables* il > tous les cas. Il faut les essajer^t leS'idisceraeffiet*, s'arrêter à celles qui aident à ouvitr le> mystète^^

Je n'ai point âfaireici'iedénombremeat'CMO;»plet de toutes les lois générales} qui président là^ rhistoire. C'est respriiid'uneînfétliode^iïdttfreUii^ que j'indique ; il suffira donc d'un certaint-nomi^v.

bre de principes pour 'me> faire ^cou^i^ndiP^ Je choisis les plus simples. .

Je remarque, en premîér^liéu; que^OisMl' I4»

lois élémentaires de la palé(Mrt6lègie' se^Telro»^ ^ vent et peuvent se vérifia sur "de vast^^^pr^op^^ tions dans Thistoire des^^SdciétéÉ^htiioaûleftr Le» môtocbângent» lo princîp» 'rester lé'' môÉne «dàna*' la nature fossile et dansdé mondédé l%<mnamt#l

Premier exemple. Vo7Bff<ce^qae4è'nataraUlBM'' « appelle unité àe compesHionp^ co&Qordfanoadte caractères; » ces deu2^*priiioipes,<au\:iiie7eft|k»o^

quels il résout tant de difficultés^ ne sont point particuliers à sa science. Je les retrouve identiques chez tout historien qui mérite ce nom.

En e£fet, Thistorien ne rencontre aussi, comme le paléontologiste, que des débris, des fragments d'un grand corps; lui aussi, il restitue ce corps ^n son entier. Gomment cela? Au moyen de règles qui n'ont pas toujours été exposées théoriquement» mais qui ont été appliquées instinctivement dès qu'on a cherché à établir la filiation des temps. Or, ces règles des historiens ne sont rien autre chose que les deux ou trois lois fondamentales que les naturalistes ont exprimées en formules.

Sous combien de formes tronquées se pfrésente le passé du monde civil ! Que de sociétés, que d'époques qui n'ont laissé d'elles qu un fragment! C'est avec ce fragment mutilé, érodé, qu'il faut recomposer le tout. De grands empires n'ont laissé qu'une vertèbre, une dent. C'est un temple, un tombeau, une mosaïque barbare, une brique ciselée ; et voilà tout l'empire d'Âssjriei tout le royaume de Trébizonde.

Il n'arrive jamais que l'historien ait affaire ft uncorps completi à moins qu'il ne s'agisse de la

société contemporaine ; et encore là, il ne possède qu'un commencement , un embryon.

Le plus souvent il n*a sous les yeux qu*un monument mutilé. Tantôt il ne reste que les idées, et c'est par elles qu'il faut découvrir quels ont été les événements ; ou bien, c'est le contraire. Les faits ont survécu, il faut en dédaire les^ idées; ou encore, les faits et les idées ont disparu; reste seulement un tronçon de dieu antique ; il s'agit de reconstruire avec ce tronçon la nation entière dans son tempérament et son humeur.

Les dieux étant donnés, j'ai cherché (1) à en déduire les hommes et les institutions. Le contraire peut également être tenté : les institutions étant posées et les hommes connus, en déduire les dieux. C'est souvent avec un tronçon de loi que Montesquieu a découvert une société perdue.

Voilà quelques exemples des cas nombreux où riiistorien se trouve dans la situation du naturaliste en face du monde fossile. Je ne finirais pas si je voulais les énumérer tous.

Pour refaire le tout avec une partie, comment s'y prend l'historien? Il part de l'idée souvent

(i) Le Génie dei Religions. 5e édition. 1868.

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.inoonseiente que le», éléments d'un siècle, d'une . société coïkcoarent à. an môme but, que le môme .esprit doit' se retrourer dans chaque individu. .Ce quiip^met.à rhistorien de saisir le général ^.dans le particulier ^ le particulier dans le général, . Khomme dans le temple, le temple dans Thomme ; '.^t, quand il a atteint & cette vue, le moindre « détail lui représente Tensemble.

Ou encore, il obéit à cette pensée, qu'une cer- I laine unité de type est au fond de tous les changements d'époques ; et il cherche à retrouver . l'homme, identique à lui-môme, avec un fond semblable, en dépit des changements apparents de forme, dans l'esprit et les mœurs des nations. Voilà les premières idées sur lesquelles s'est fondée la philosophie de l'histoire, d'est à elles que se sont . conformés tous les penseurs qui ont fait leur, science . des^ diverses périodes de Thu- .manité.

Mais, véritablement, que sont ces idées, sinon les lois d'unité de composition, de concordance .des caractères, telles que les ont formulées, en « termes spéciaux, les naturalistes de nos jours? Ces lois, sans avoir été promulguées méthodiquement, agissaient dans les. grands esprits. Plus

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ils y étaient conformes, plus ils montraient de divination dans Tart et la science de Thisfoire.

Avant que Cuvier eût établi le principe de la subordination des caractères, ce principe dirigeait instinctivement les historiens de l'art et de l'humanité. Winckelmann et Herder savaient déjà qu'il suffisait d'un bras ou d'un torse pour déterminer à quel dieu ce reste appartenait.

Avant que Geoffiroy Saint-Hilaire eût énoncé la loi de l'unité du type d'organisation, Voltaire avait déjà retrouvé. le même fond humain, et comme le môme cœur, les mêmes nerfs, les mêmes vertèbres, la même ossature dans les époques humaines les plus différentes.

Par où l'on voit que les lois du monde fossile ont été d'abord appliquées par les historiens à l'histoire du monde civil. La question capitale qui s'ensuit est de savoir si la réciproque est vraie.

En un mot, les lois qui gouvernent l'histoire humaine peuvent-elles s'appliquer en certain^ points à l'histoire du monde fossile (1)?

Je n'aperçois guère de question plus nouvellôf

(1) F.-G. Piclet. Paléontologie, Distribution des fossiles, T, ï. ch. V, ch. VI, p. 39, 76.

et plus importante. Il est urgent de la poser. Car le nataraliste peut avoir k gagner quelque chose à s'emparer de certains principes foada- . mentaux de l'histoire civile; ne fût-ce que pour vérifier si cesj principes, traduits dans d'autres rdgnes, ne s'y retrouvent pas, altérés, changés, à l'état nidimentaire , embryonnaire dans la succession des populations fossiles des diverses eonches du globe.

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