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CHAPITRE X

LA LOI DE SÉLECTION APPLIQUÉE A L'mSTOIRE UNIVERSELLE* QUE SONT LES PEUPLES ÉLUS. ^ BOSSUET ET DARWIN.

Dans un peuple se trouve un individu supérieur aux autres. Il arme sa nation d'un instrument, d'une pensée, quelquefois d'un mot qui manque aux nations voisines ; et voilà que la première les supplante, les absorbe, leur prend jusqu'à leur nom. D'une végétation luxuriante de tribus, une seule subsiste ; les autres disparaissent sans rien laisser dans la mémoire des hommes.

N'est-ce pas là toute l'histoire des Romains? N'a-t-on pas vu une tribu de bergers du Palatin prendre tout à coup la place de celles qui l'entouraient en Italie, les étouffer de son

ombre, leur Ôter jusqu'à leur langage, compter seule pour quelque chose dans l'univers?

Cette histoire est aussi celle des Arabes.

Une multitude innombrable de tribus étaient semblables entre elles dans le désert. Le palmier n'était pas plus semblable au palmier. Vous n'auriez pu les distinguer l'une de l'autre. Et voici soudain que Tune de ces tribus obscures se trouve armée d'une vertu particulière ; elle absorbe toutes les autres, elle les entraîne après soi. EUe rayonne de la Mecque sur le monde. Et pour ce changement qu'a-t-il fallu? un homme; un caractère particulier qui devient celui de la tribu, puis dé la race. Tout s'abaisse devant elle, les choses, les hommes, les dieux.

Qu'est-ce que cela, sinon la loi d'élection que Darwin vient de jeter avec tant de puissance dans la science de la nature? Cette loi ne se montrait-elle pas dans l'histoire? N'était-elle pas, à vrai dire, le fond des événements? La lutte des peuples entre eux depuis l'origine des choses, qu'est-ce, 'sinon cette lutte pour l'existence, qui ' devient aujourd'hui Texplicatioi^ de tant de mystères dans les règnes végétal et animal?

Les petits États n'ont-ils pas lutté contre les

grands, et ceux-ci entre eux, Jérusalem contre Babylone, TAbyssinie contre TÉgypte, la Grèce contre la Perse, la Sabine contre Rome, comme les variétés de la même espèce, jusqu'à ce que la moins douée ait été absorbée ou supplantée par l'espèce supérieure?

La découverte d'un métal nouveau, le cuivre, le bronze, le fer, puis l'arc, l'épée, la phalange, la légion marquent autant d'époques diverses par la supériorité d'un peuple sur un i autre. La courte épée romaine, les longues flèches des Parthes, sont des supériorités analogues à celles du bec, des mandibules ou de la mâchoire, dans l'insecte, l'oiseau ou Talligator. On juge par là à qui appartient le monde.

Quand Bossuet montre ce petit peuple élu qui sort de sa tente, s'arme d'une pensée divine, s'élève, grandit par ses chates et lègue au monde une vie nouvelle, que fait-il, sinon appliquer instinctivement la loi d'élection naturelle, dont le sens était, en apparence, si différent dans sa bouche? Jérusalem était une variété» de cette grande famille d'États orientaux marqués du type de la théocratie. Cette variété se trouve posséder une vertu qui manque aux autres; aussitôt le

monde antique parait converger vers Jérusalem. Même dans ses ruines^ elle triomphe.

Ainsi, lutte pour Texistence, loi d'élection naturelle , ces principes éclatent dans l'histoire universelle à chaque ligne. Quand cette loi était m visiblement écrite sur le front des empires (1), Tétonnant est qu'on ait tardé si longtemps à la reconnaître dans les règnes inférieurs;

On aurait pu la rencontrer jusque dans l'histoire des langues. Les mots luttent entre eux pour se supplanter les uns les autres. Les plus robustes ou les plus faciles étouffent les plus faibles ou les plus maladroits ; c'est pour cela que des familles de mots vieillissent et disparaissent dans une langue.

Encore un exemple. Considérez la croissance de Byzance. Qa'était-elle dans Fantiquité ? La moindre des cités grecques, un fort, un village crénelé, rien de plus. Personne n'avait songé à elle tant qu'aVaitduré l'éclat des républiques helléniques«

(I) G'est^ faute d*avoir observé l'histoire, que des naturalistes ont pu dire que Thomme a échappé à la sélection naturelle. Cf. Lubbock, L'Homme avant Vhietoire, p. 491. Wallace, Revue anthropologique. Mai, 1864.

Elle était la plus obscure et la plus dénuée. Cependant, à un certain moment, un avantage auquel on ne songeait pas^ la distingue des autres; c'est sa position sur deux mers qui en fait le lien* de deux mondes. Cet avantage est pour elle un organe nouveau qui lui permet d'étendre ses bras, comme des tentacules, au loin en Europe et en Asie.

. Supériorité incontestée sur ses rivales; cellesci ne peuvent soutenir la concurrence, elles lui cèdent de toutes parts. Athènes, Sparte, Thèbes, Messène, disparaissent comme une forme de végétation qui cède à une autre forme.

Dans la disparition des petits États grecs, nous surprenons ici une véritable extinction d'espèces dans la faune et la flore historique. A leur place, reste une ville monstre, Bjzance, organisme nouveau, mégalosaurien éclos d'un lézard, mammifère énorme né d'un imperceptible insectivore, géant sorti du nain, souche mère des grandes monarchies modernes.

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