‹ La créationChapitre 94 sur 113 · II. iS · texte numérisé non relu

II. iS

tèmes duraient encore longtemps après que les faits les avaient réfutés.

Le premier pas fut de considérer les fossiles, comme un monceau de médailles frustes qu'il s'agissait de restaurer. Guvier retrouva l'effigie complète^ il rendit à chacun son empreinte et son type. Miracle du génie qui suffit d'abord à la curiosité humaine.

Second progrès. Les médailles ainsi restaurées, voici la question qui se présente. Elles n'ont pas été frappées toutes, en môme temps ; au contraire, elles portent l'empreinte d'époques essentiellement différentes. D'où il suit qu'elles peuvent servir à dater les périodes géologiques, comme les médailles ordinaires les périodes de l'histoire civile.

Dans ce qui semblait un chaos de pierre, voilà le moyen trouvé d'établir une chronologie, de reconnaître à l'effigie la jeunesse ou la vieillesse du monde. De ce moment, la critique historique est entréeidans la science des géologues. UArt de vérifier les Dates n'a plus été seulement le privilège des annales humaines; il est devenu le fond de Thistoire des révolutions du globe.

De même que de nos jours on travaille à re-

trouver la succession des dynasties égyptiennes, assyriennes, perses, on retrouve aussi, par un procédé analogue, au moyen d'une inscription végétale ou animale, les dynasties perdues des époques siluriennes, permiennes ou jurassiques. On déchiffrd^les lignes principales de la Genèse nouvelle; c'est à quoi travaille heureusement l'esprit de nos jours.

Voyez comment se forme sous vos yeux une science nouvelle. Ce spectacle en lui-môme est peut-être aussi intéressant que l'objet dont elle s'occupe.

Quelles nouvelles étranges se renvoient aujourd'hui les savants d'un bout du monde à l'autre ! et quelles inductions inattendues ils en tirent ! On vient de découvrir un scarabée de bois dans l'époque du lias : preuve que les îles de l'époque seconcïaire étaient déjà couvertes de forêts.

Voici une aile de mouche ou de fourmi ; elle a été trouvée dans un dépôt d'oolithe inférieure; il y avait donc déjà un continent formé.

Dans le carbonifère, un insecte d'eau douce, une libellule a été signalée. Témoin qu'un fleuve d'eau douce aboutissait à l'estuaire voisin.

Au milieu de la Suisse, à Olten» on annonce la découverte d*une feuille de cycadée sur un banc de corail. Concluez que la terre ferme s'exhaussait déjà au-dessus de la mer helvétique, et que la Suisse se couronnait des arbres flu GhiU. •

D'Amérique, d'Angleterre, du Wurtemberg, la nouvelle se confirme que les fouilles ont mis au jour les dents d'un petit mammifère de la famille des rongeurs, dans le jurassique inférieur; la nouvelle est grave. Elle atteste que Tordre des mammifères existait à cet âge reculé du monde.

Un papillon nocturne s'est montré, en Bavière, à Solenhofen, dans Toolitbe. C'est le premier qui ait paru dans la création. Il y avait donc alors des plantes florales dont ce papillon buvait le nectar? mais quelles fleurs?

Nous surprenons ici l'esprit humain à la recherche d'un monde nouveau. Le fait le plus petit a pour lui une importance énorme. Laissezle s'élancer. Sur l'aile d'une libellule, il va d'inductions en inductions qui enveloppent peu à peu l'univers. Cela ressemble au journal de Christophe Colonib, sur la caravelle amirale,

naviguant à la recherche de l'Amérique. Une herbe flottante (1), une mousse, un tronc d'arbre' qui vient battre la proue de la Pin ta, un oiseau qui rase au loin Tocéan inconnu ; qu'est-ce que cela? Rien, les messagers d'un monde (2).

Voyons maintenant ce que ce monde nous apprend sur nous-mêmes.

(i) y. mon histoire des Révolutions d'Italie. Le Nouveau Monde, p. 344.

(2) V. Oswald Heep. Die Urwelt der Schweitz, p. 464>

Dans cet ouvrage capital, les détails les plus minutieux s'accordent avec les vues les plus hautes. M. Heer ne croit pas que l'imagination soit inconciliable avec la science. Tout au contraire, il s'en fait un instrument de précision. Au milieu de ses chapitres d'entomologie fossile, éclatent des odes en vers^ dont je traduis seulement les strophes suivantes :

« Si nous nous penchons sur le gouffre et si nous regardons dans l'ancien royaume des oipbres, nous voyons, au ^ lieu de spectres^ se dresser des êtres qui ressemblent à , ceux d'aujourd'hui. Ce ne sont plus les épouvantements de Pluton, ni les sphinx, ni les harpies, ni les chimères qui 'vomissaient les flammes dans la fournaise et sur les tisons de l'enfer. 1

» Non! A travers les espaces tranquilles où l'on se représente l'orcus, nous voyons des millions d'êtres rêver, * plongés dans l'éternel sommeil. Jadis, ils ont joui du inonde sous la tente bleue du ciel.

» Maintenant, scellés dans le roeherjils habitent le noir inonde souterrain. •

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