CHAPITRE VI
DE L'nOlinMENT PETIT DAKS Xé*H01QIB ET I>ANS I.A. NATimi»
Uhomme est plein de sentiments obscnrs dont il n'a pas conscience. Mille fois j'en ai fait sur moi l'expérience décisive. Ma volonté avait chassé de mon esprit telle pensée, tel regret^ tel souvenir, au point de ne plus leur permettre aucun accès dans mon intérieur. EUe pouvait donc se .croire Maîtresse absolue du champ de bataille et se vanter de la victoire ; car il ne restait aucun vestige de lutte ni môme de douleur.
Les pensées que j'avais condamnées, les noms que j'avais effacés, les émotions que j'avais voulu proscrire, ne m'importunaient plus ; il s'était fait un silence, un calme profond en moi-môme. Ma
volonté avait fermé la porte à tout un cortège d'impressions^ de sentiments ; ils avaient obêi^ ils s'étaient retirés en silence. •
Par exemple, lorsque je résolus de ne pas rentrer en France, à la première réquisition de Tamnistie, cette décision se prit sans combat. Je renvoyai, je congédiai toutes les images attendrissantes qui sont renfermées dans Tidée de patrie; et comme mon âme était parfaitement calme, je pus croire et je crus, en eflfet, que cette décision ne m'avait rien coûté. Car je ne ressentais aucune ombre de douleur qui ne fût étouffée sur-le-cbamp au premier ordre de la volonté.
Il ne me serait donc resté que l'impression de sa toute-puissance, si pendant mon sommeil, la nature n'eût, repris une sorte de revanche. Non pas qu'elle se permît les songes qui vont visiter la patrie absente ou perdue. Même les rêves cédèrent au commandement intérieur ; ils n'osèrent désobéir, ils se dissipèrent.
Une seule chose me fut impossible : ce fut d'empêcher que, pendant le sommeil, le cœur ne restât meurtri, sans que j'eusse ressenti aucune douleur ; et cette blessure, dont je ne m'apercevais qu'au réveil, me prouvait que les pensées, les images.
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les regrets que j'avais crus anéantis, survivaient quelque part, et continuaient, à mon insu, leur travail dans une partie cachée de mon être qui m'échappait à moi-même.
Par cette expérience et par d'autres du môme genre, j'ai fini par reconnaître avec certitude, que nous n'avons conscience que d'une partie de notre être moral. Nous régnons sur quelques points visibles, sur quelques dehors plus apparents, sur quelques plages avancées de notre monde intérieur. Mais notre empire s'arrête à ces frontières ; il n'atteint pas les parties obscures et inconnues de nous-mêmes.
Les pensées que nous reléguons ne nous obéissent qu'en apparence. Refoulées, elles se réfugient plus loin, dans le for intime de notre être; poursuivies jusque-là, elles se retirent plus loin encore, dans je ne sais quelles fibres, où elles régnent sur nous, malgré nous, à notre insu.
Elles nous deviennent imperceptibles comme les vibrations qui nous échappent par leur ténuité. Insaisissables, elles travaillent sans relâche et composent la trame de notre existence. Surtout, elles se dérobent à notre volonté ; elles nous régissent et nous ne pensons jamais à elles, tout
ooccrpés de Vscppsitenty du superficiel, en nous et iors de nous.
Mystères qui n^s oûvëlôppônt encore, je ne dis pas dans le ciel ou s«r -ht terre, niais dans la moéllle de nos os^ dans nos fibres,' dans nos nerfs. Il n?est pas^^ bôôoin potfr rencontrer Tincoimu denous'perdite'daîïS'iatëgiôii déè Sstfes. Ici tout près de nous, en nouô est rinsaisissablé.
iDana la physiologie, chaque nerf 'a son histoire. On explique ainsi la volonté, c'est-à-dire, ce .qu'il y a de plus actuel, par tfù état pi*écëdeat, unesensation antérieure qui për^îsteconriiie souvenir; il n'est pas distinct et je né sais 'où îl est enf oui. i. «Est-ce qu'il agit sans êti'è pferçu? 'Peuti-être. Jiia vie, en m qu'elle a' de pte spontané, ne serait donC' qu'une «érié de ï^Simnis- «euces qui* s'engendrent' et 'Se pérpëtuëiil l'iùne Tautre, vibrations d'une^ corde ^ui s'èhchàîrie'nt dans unetsiûte ieofûtinu)s?'Ma^; 'VétitabMiént, ne siiisvje qulune rôminisoéitcë'âââs^ibtjet, un écho sans voix? Pâ?r dêfe-^eft '&ihe& 'qtli' tiamontent à>J'infini,je dfeceî^nëV j'^ëntfend* clairement une voix qui est la mîétthe^>T>Mi*Tiriâûî ne peut
'-De la môfiaeimartièfift iJUÉ^lë^hiëiiQë est fait, en
grande partie, d'êtres imperceptibles qui construisent les continents, pareillement l'homme est tout rempli de perceptions obscures, de sentiments inconscients qui sont le fond de son être et auxquels il né teongé Jamais* .
Aujourd'hui encore, il est comme un continent, un monde dont on n'a reconnu que lès grèvesvfeîB lyâîscISi qudques paysages lèôtîers et les promontoires escarpés. Mais l'intérieur de ce monde, et dans cet intérieur, les formatious successives, les dépôts séculaires, l'ouvrage accuiû\ilë des ^géiits imperceptibles, "^ôilâ une terra i%d?l?^tfe.''J^ïtentÔ'dâns cet ihcoïïnù, un voyagé de décôuVerlèii. • '
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