CHAPITRE PHEMIEH
La Terre. — Le Bolide. — Terrains primitifs. — Terrains Cumbrieu, Silurien, Devonieu, dits aussi de Transition.
Je ne veux point prouver le Dieu qui fit le monde, Ni chercher en mes vers si, matière inféconde, Cette terre reçut d'un pouvoir souverain ■ La chaleur ^ et la vie, ou s'il est plus certain
1. Bolide, nébuleuse, planète, comment la terre fut-elle formée? Il serait fort diffirile de le dire. Nous en sommes encore réduits sur cette question à de simples hypothèses... u Lorsqu'on jette les yeux sur le firmament, par une de ces belles nuits « où le? étoiles brillent de tout leur éclat, l'esprit est naturellement entraîné à réfléchir « sur ces insondables profondeurs du ciel qui nous environnent de toutes parts... Nous i< concevons alors l'espace infini ; nous comprenons que rien ne saurait limiter l'éleni< due, et qu'à quelque distance qu'il nous serait donné d'atteindre, une route infinie « se continuerait encore dans tous les sens au delà de ce terme si éloigné. L'espace ce est le milieu infini dans lequel se meut l'univers infini comme lui... Ces astres lunii- « neux que notre œil aperço.t en foule répandus dans le ciel sont autant de mondes « analogues au nôtre... Nous leur donnons le nom d'étoiles... Non seulement la con- « stitution des étoiles ne parait pas identique, mais nous ne pouvons n.ème pas dire « que l'état de ces mondes extérieurs soit permanent. Chez les uns, dos changements « périodiques paraissent s'effectuer ; chez les autres, il s'opère parfois des altérations « graduelles et même des destructions... Nous ne pouvons donc douter que l'espace ne « soit encore de notre temps le théâtre de for.i.ations nouvelles, que des mondes ne « prennent naissance sous l'action de la cause mystérieuse et intelligente que nous Il révèle à tout instant l'univers... "
(Alfred Mauby, la Terre et l'Homme, chap. I, passim.)
2. <i A mesure que l'on s'enfonce dans le sol, la température s'élève... Un accroisse-
i! I.A CRÉATION ET L'HUMANITÉ
Que, K'ube en liisioa ^ et llotlant dans l'espace, D'elle-mf'me elle prit et sa forme et sa place. Mon esprit n'est pas fait pour de si grands objets, Et je craindrais d'errer en ces obscurs sujets.
De plus savants que moi disent qu'au premier âge. De schisle * cl de granit" formidable assemblage, Du sein bitumineux du bolide '^ enilammé l.e terrain Cumbrien -, par les siècles formé,
« ment de 1° centigrade rorrcspond ù 33 mètres de profondeur; d'où il suit qu'à 3 ki- M lomètres au-dessous de la partie du sol qui demeure à une température à peu près « stationnaire et égale à la température moyenne de la localité, on doit rencontrer <i une chaleur de 100% autrement dit la température de l'eau bouillante... A iO kilomètres, <( 6GG°, chaleur suffisante pour fondre plusieurs des minéraux les plus réfractaires... « Vers le centre, à G3(i0 kilomètres, la même loi d'accroissement donnerait une tempé- (. rature de 21)0.000", laquelle dépasse toute imagination... »
(Alfred Maury, la Terre et l'Homme, chap. I, page 2.)
3. « La tori'c, rniiime on sait, a la forme d'une sphère légèrement renflée à l'équa- « teur, et a|)lalie \ers ses pôles. Or, cette forme, que les géomètres nomment un <■ ellipsoïde de résolution, est précisément celle que prendrait, sous l'influence de la « force centrifuge, une sphère parfaite, mais constituée ^)a)' une masse liquide, ou tout « au moins pâteuse, si on lui imprimait un mouvement de rotation autour de son axe, « tandis qu'une sphère solide conserverait, malgré le mouvement, sa forme priu mitive.
(I Cette remarque nous porte à croire qu'à l'origine le globe entier était une masse
« liquide, ou tout au moins pâteuse, dont les molécules mobiles, glissant les unes sur les
11 autres, cédaient à l'action de la force centrifuge développée par la rotation diurne
11 et déterminaient par là un renflement à l'équateur et un aplatissement aux pôles... »
(DupiNEY DE VoREPiEHBE, Dict. sncycl.J
4. 11 Le mot schiste (grec, (tzitto,-, aisé à fendre) est un terme générique quie Cl s'applique à toutes les roches terreuses, soit combustibles, soit agrégées, soit conglo- 11 mérées, qui se divisent aisément en feuillets plus ou moins épais et ne sont pas <i susceptibles de se délayer dans l'eau... »
(Cette définition est tirée du Dictionnaire encyclopédique de Dupiney de Vorepierre, auquel nous aurons très souvent recours. Nous déclarons ici une fois pour toutes que nous désignerons désormais les emprunts faits àcet ouvrage par les initiales D. V.)
5. Il Le ijranit ou r/ranite est une roche formée de grains plus ou moins volumineux Il (d'où son nom), et qui se compose essentiellement de silice, de silicates alumineux, Il répandus abondamment dans la nature sous différents noms, lesquels sont agrégés Il avec plus ou moins de force... » D. V.
6. Le mot bolide vient du grec eo"/.{;, SrAi^o;, jet, coup, dérivé lui-même de la forme du parfait second SéSo'i.o. du verbe 6a/.>,f.j, lancer. Le bolide est donc un météore igné, dont la course est d'une ra|)idité extrême et qui fait souvent explosion. . . Voyez ci-dessus la note 1, et ci-dessous la note 8.
7. Le terrain Cumbrien commence la série des terrains de transition; mais avant ceux-ci s'étaient formés les ter7'ains primitifs, parmi lesquels il faut distinguer deux sortes de produits : les uns déposés par les eaux et nommés terrains Nepiuniens, dépôts de sédiment, terrains stratifiés : les autres, dus à l'action du feu, et que pour cela on dit terrains Plutoniens, terrains de cristallisation, terrains massifs ou ignés.
Pendant longtemps les géologues ont cru que les plus anciens sédiments occupaient le centre du pays de Galles, l'ancienne Cambrie CCambriaJ; da là le nom de terrain
GÉOLOGIE ET PALEONTOLOGIE 3
Emergea tout à coup, et, stable dans sa masse. De la sphère en travail hérissa la surface *.
Hauteurs, dépressions : partout ce sont des monts Dont la base se perd en des goutfres profonds. De leurs flancs entr'ouverts d'innombrables fissures Montent en tourbillons mille vapeurs impures ^, Qui dans l'air, par le froid, bientôt se condensant, Se résolvent en eau'"... Les eaux, en s'épanchant, De Roches ", de limon, qu'elles prennent aux cimes, Gigantesque dépôt, comblent les noirs abîmes.
Camhrien. Plus tard, on s'aperçut que les terrains de sédiment sont beaucoup plus anciens que ceux du pays de Galles et qu'ils ont plus de rapport avec ceus du Cumberland, l'ancienne Ciunbrie (CumbriaJ. Dès lors le nom de terrain Cumbnen fut adopté pour désigner les dépôts de la Bretagne et ceux du Cumberland, Ces dépôts se composent en général de masses granitiques et de masses schisteuses.
8. « Il est impossible de reconnaître la série de transformations qui ont conduit « notre globe de l'état de nébuleuse à celui d'une masse de matière incandescente et « en fusion. Ce qui parait certain, c'est que notre globe a toujours été se refroidissant « et qu'à mesure que sa température s'abaissait, son écorce prenait plus de solidité, « son atmosphère devenait moins chaude. Ce refroidissement se continue encore de nos « jours, mais d'une manière infiniment lente, et les calculs des astronomes établissent « qu'en 2.000 ans la température de la masse terrestre n'a pas varié de la dixième .< partie d'un degré... Cette écorce solide, mais peu épaisse, qui enveloppa d'abord « notre globe, n'offrait dans le principe qu'une faible résistance aux matières en fusion « qui tendaient à s'échapper, et aux gaz d'une force élastique immense qui se produi- « salent dans le mouvement intestin des entrailles de la terre, et ces matières qui « sortaient souvent à travers l'écorce et en dérangeaient sans cesse la disposition i< modifiaient la nature de ce sol primordial... »
(Alfred M.4dry, la Ten'e et l'Homme, passim.)
9. « L'enveloppe de la terre ne serait, d'après M. Elisée Reclus, qu'une pellicule « ténue, dont une simple feuille de mince carton entourant une sphère liquide d'un « mètre de largeur peut donner une juste idée. Dans la terre, ce liquide serait une mer « de laves et de roches confondues, ayant, comme l'Océan superficiel, ses courants, ses i< marées, peut-être ses orages. Les révolutions géologiques du globe ne seraient autre « chose que le contre-coup des ondulitions souterraines de cet enfer caché; les mon- « tagnes de porphyre, de diorite, d'ophite seraient les rides figées de cet océan de « feu, et les grands géants placés au bord des mers, l'Etna, le pic de Teyde, le « Manna-Roa, témoigneraient par leurs éruptions et leurs laves des tempêtes qui gron- « dent au-dessous de l'enveloppe solide... "
(Elisée Reclus, la Terre, tome I, page 20.)
10. « Les eaux ont dû pendant longtemps rester à l'état de vapeur autour de la « masse incandescente de notre planète. Sous la pression exercée par l'atmosphère, « elles purent enfin passer à l'état liquide, bien avant que la température de la croûte a terrestre fût descendue à 100». Ces eaux, portées à une haute température, chargées « de divers gaz et vapeurs, qui se dégageaient de la pellicule solidifiée, durent atta- « quer énergiquement les roches formées à cette époque. Telle est l'origine des pre- « miers dépôts aqueux. Leur formation remonte à une époque excessivement reculée « et antérieure à celle où les corps organisés ont pu vivre dans l'eau... » D. V.
H. Il On appelle Roches, les substances minérales qui, réunies en amas plus ou « moins considérables, concourent à la formation du sol ; tandis que l'on désigne sous
4 l,.\ CRKATIÛN l'T L'HUMANITE
Celte action des oaux, qui s'exerça long-temps, Produisit dans le sol de profonds changements. Le terrain Cumbrien, mine sur ses assises, Fut couvert par degrés de couches indécises '2, Ofi, sous l'amas confus de différents débris, Ramassés, non liés, la science a surpris Des restes incertains d'Orthis et de Lituites '^ ; On croit y voir aussi des Orthocératites, Des Prodiictus sans nom et divers Polypiers, Et de Pentamerus des moules presque entiers "\
C'est aux Calles, c'est dans le pays des Silures'" Que l'on a découvert, concluantes et sûres,
.< le nom de Terrains les diverses réunions de roches qui paraissent s'être formées c< dans des cirronstanres identiques...
<i Le terme do Roche ne préjuge rien sur l'état de la substanee. Que celle-ri soit dure i< ou sans consistance, volumineuse ou en fragments ténus, amorphe ou cristallisée, elle t( constitue toujours une Roche pour le géologue. Ainsi l'argile, le sable, etc., sont <i aussi bien des Roches que le granit, le marbre, le porphyre, etc.. » D.V.
12. .c Los phénomènes que nous voyons se produire encore chaque jour sous nos Il yeux, nous expliquent en partie la manière dont s'effectuèrent la formation et la dis- « position des terrains de sédiment.
« Ces innombrables assises, si diverses par leur position, leur inclinaison, leur épais- « seur, sont analogues aux couches de même nature que nous voyons se former inces- '• samment sous nos yeux. Les montagnes que ravinent les torrents, les falaises que 1. sapent les (lots, livrent, soit au courant fluvial, soit à celui de la mer, des masses « de débris qui s'étalent en grèves et en lits de cailloux et se changent peu à peu en <■ de solides conglomérats. Quant aux roches cristallines broyées par les agents atmos- « phériques,les eaux des rivières ou celles de l'Oféan, elles deviennent des plages sous- " marines de sable, qui finis^^ent par se changer tôt ou tard en roches de grès, sous la I. pression des masses surincombantes. L'eau tranquille des rivières et des fleuves qui <' ne roulent plus de cailloux et ne charrient plus de sables, mais seulement les moléi-ules <■ ténues des vases et du limon, dépose sur les bords et dans le fond des mers ces " bancs d'argile qui, eux aussi, deviennent do puissantes formations géologiques. " (Elisée Reclus, la Terre, tome 1, page 33.)
13. <i A la longue, en vertu de la faible conductibilité des substances terreuses Il pour la chaleur, la surface solide de la planète descendit insensiblement à des tem- « pératiu-es assez basses pour que des êtres oreranisés pussent s'y développer... »
« Des végétaux, des animaux rudimentaires naissaient dans les eaux et sur les <i terres émergées, et finalement, dès que la température de la surface du globe, deve- '< nue inf.jrieure à 50°, eut permis à l'albu nine de se liquéfier et au sang de " couler dans les veines, se développèrent la Elore et la Fauae dont les débris se rctrou- II veut dans les premières cou-hjs fossiles. . . »
(Elisée Reclus, la Terre, tome I, page 2a.)
14. « Ces êtres dont il est ici question, savoir ; les Orthis, les Lituites, les Ortho- « cératites, les Productus, les Pentamerus, sont autant de genres de mollusques hra- « chiopodes, qui se trouvent en grand nombre parmi les fossiles dos terrains paléo- « zo'iques ou primitifs. >> (^Yoir, pour les Brachiopodes, page 8, note 33. Quant aux Polypiers, il en sera longuement parlé à la page 43, note 00.
I.j. Le terrain Silurien doit son nom à cette circonstance que les roches qui le
r.KOLOGIR KT f A LKO NTOLOd 1 K S
Les dispositions de ce nouveau terrain
Qui, du nom du pays, est dit Silurien :
Stratification de nature esquilleuse ^^,
D'où l'industrie obtient une ardoise schisteuse '\
Ces terrains sont aussi dits de Transitions'^ : Car on a remarqué que leur formation Mène insensiblement des gneiss sédimentaires'^ Aux poudingues plus durs des âges secondaires-''.
Ceux-ci sont préparés par de nouveaux dépôts Qu'au comté de Devon-' les siècles et les tlots, Par le long tassement de matières fossiles,
composent peuvent être parfaitement étudiées dans la partie de TAnglcteiTe et du pays de Galles qui foi'mait l'anrien royaume des Silures.
La prin^-ipauté de Galles est située dans la partie oroidentale de la Grande-Bretagne. Les Romains donnèrent d'abord à rette rentrée le nom de Britannia secunda ; plus tard ils l'appelèrent Cambria. Ses premiers habitants durent être des Gallo-Kymris sortis de la péninsule armoricaine fnotre Bretagne), et o'est de ces deux mots Gallo-Kymris que lui sont venues les deux dénominations qui ont servi et qui servent à la désigner : du mot Kymri, celle de Kyiubery ou Cambria; du mot Gallia, Gai ou Gais, celle de Galles ou Wales.
Les Silures formaient, dans la Cambrie même, un royaume indépendant. Ils ne furent soumis ni par les Romains, ni par les Grecs, ni par les Saxons. Guillaume le Conquérant lui-même ne put les réduire. Ce fut Edouard 1°'' (12S2) qui, le premier, les rattacha à la couronne d'Angleterre; et c'est depuis cette époque que les fils aines des rois d'Angleterre portent le titre de prince de Galles.
16. u Le caractère distinctif des terrains de séliment, celui qui a le plus persisté « malgré les influences modificatrices les plus variées, est la stratification, c'est-à-dire « la disposition en couches ou strates successives, superposées parallèlement les unes « aux autres, et qui se sont formées les unes après les autres... »
17. « L'ardoise est une espèce de schiste argileux qui se présente sous la forme de « feuillets sonores, minces, étroits, faciles à séparer. Sa couleur est très variable ; « mais le plus souvent elle est d'un gris foncé, appelé pour cela gris d'ardoise. On ren- « contre cette substance dans tous les terrains primitifs, mais principalement dans les « terrains de transition... >>
18. Les géologues comprennent en général, sous le nom de terrains de transition, la série des terrains Cumbrien, Silurien, Deoonien.
19. « On donne le nom de gneiss à une roche essentiellement composée de feld- B spath lamellaire ou grenu et de mica en paillettes, dont la structure est toujours plus « ou moins feuilletée.. . o (Voir, pour le mot feldspath, la note 27 à la page (i, et, pour le mot mica, la note 3 à la page 2o.)
20. « On distingue sous le nom de poudingues des roches formées par la réunion « de cailloux arrondis de nature diverse, et qui sont agglutinés par un ciment terreux « et quelquefois cristallin. Les poudingues forment, dans la plupart des terrains sédi- « mcntaires, des bancs et des amas parfois considéribles... 'i
21. Le comté de Devon ou Dcvonshire est situé au sud de l'Anglctcni! ; son chef lieu est Excter.
(Jnl fini par changer en strates -^ immobiles,
Où, sous le vieux grès rouge ^3, au quartz ^'^ plus ou moins fin,
Dut se constituer le sol Devonien-'*.
Murchison -^ en trouva les couches étagées Dans des fouilles par lui savamment dirigées. L'Angleterre le vit, une pioche à la main, Creuser, creuser encor cet antique terrain. Du milieu des foldspaths -'' extraire Fanthracite Et les corps charbonneux, précurseurs du lignite 2^.