‹ La création et ses mystères dévoilésChapitre 30 sur 114 · Quant à son état de formation, nous y avons déjà · texte numérisé non relu

Quant à son état de formation, nous y avons déjà

été initiés par les deux époques précédentes, et du moment que la terre s est dégagée des eaux, et qu une partie, nommée Y aride dans l'Écriture, se présenta à découvert, cette partie dut immédiatement livrer sa surface au règne végétal ; celui-ci, à son tour, fut destiné à procurer la nourriture au règne animal ; ces deux règnes fonctionnent à la surface de la terre avec la même activité que le règne minéral fonctionne au-dessous, et les trois règnes sortant du même sein, liés ensemble par la même origine, ne pouvant pas exister l'un sans Tautre, seront obligés de suivre, pour l'éternité, les destinées de la terre, qui est leur mère commune; le travail d'ensemble, qui s'opérera par leur action combinée, sera appelé le règne de la nature.

Les fonctions du règne de la nature seront, d'après les lois établies par le Créateur, une conséquence aussi fatalement nécessaire que Ta été la formation même de la terre; elles seront en rapport avec l'activité de cette formation , mais embellies par Tordre merveilleux de ses nouvelles dispositions,

145. -^ Quel est le but visible de la terre? Après avoir constaté d'une manière qui nous semble irréfragable sa formation primitive ; après avoir reconnu qu'elle est la mère des trois règnes, minéral, végétal et animal; après avoir reconnu de même que sa mission est de produire ainsi le merveilleux règne de la nature ; lorsque nous voyons que les siècles déposent dans son sein toutes les générations, nous contenterons-nous de supposer que le but de la terre, que son objet définitif, eu un mot, est d'engloutir ce qu'elle a créé? Non, la mission de la terre n'est pas seulement d'ensevelir successivement les êtres qu elle a portés, puis de redonner la vie en reprenant dans son sein le dépôt des générations de tous les siècles; elle a un but plus important, plus grand, plus en rapport avec sa position; elle a été formée par une fatale

nécessité, et cette nécessité de sa formation entraîne, par la même loi, la nécessité pour elle de payer son tribut à Tunivers; la monnaie ou la matière de ce tribut se compose dans son sein par les opérations qui s y produisent; c'est une conséquence de Fharmonie qui règne dans la nature, d'après les fonctions et conformément aux prescriptions de la loi universelle.

U6. — La terre a été considérée longtemps parmi les anciens peuples comme l'univers même, comme la seule création de rÊtre suprême, née pour le service de Thomme. Il y €Ut dansies temps reculés des savants qui contribuèrent, par calcul, à propager cette croyance, et Ton connaît assez les motifs intéressés qui les ont portés à imaginer des mystères et à entretenir les peuples dans Tignorance.

La science a fini par déchirer le voile, mais il a fallu bien des siècles pour que la vérité osât se montrer au grand jour ; c'est à la science que nous devons d'avoir pu lire dans les entrailles de la terre, et c'est là un livre trop grand, dont les pages sont trop répandues pour qu'il soit possible d'en empêcher Texamen. En mettant ces pages en regard des récits de la Bible, nous voyons que Moïse savait parfaitement ce qu'il disait; mais en même temps il laissait mystérieusement le champ ouvert aux interprétations.

Moïse était trop savant pour ne pas prévoir qu'un jour viendrait où la terre parlerait d'elle-même en montrant ce qui existe dans son sein ; c'est pourquoi Moïse est resté sous la réserve; mais cette réserve même s'évanouit lorsqu'il annonce que la terre ou Varide a paru le troisième jour;. donc le premier et le second jour avaient été ceux de l'air, du feu et de l'eau. Il est évident, par conséquent, que la terre est le fruit de ces trois éléments; elle ne pourrait pas exister ni se perpétuer sans la présence de ces mêmes frois éléments générateurs; elle restera toujours sous leur dépendance et ne sera féconde et productive que par leur concours.

147. — La' terre, avant l'élude de la géologie, a été le sujet de bien des recherches où se sont exercées les imaginations des plus célèbres philosophes, et qui ont donné lieu à mille théories plus ou moins ingénieuses ou absurdes, émises et soutenues soit par les Egyptiens, soit par les Grecs et les Romains, depuis Sanchoniaton jusqu'à Epicure, et depuis Platon jusqu'à nos jours.

On s'est même souvent divisé en deux camps principaux: cehii des Plutoniens, qui prétendaient expliquer la composition du globe par le feu, et les NeptunienSy qui soutenaient que l'eau seule avait formé le monde et donné la vie à tous les êtres.

Nous pouvons dire que ces disputeurs avaient raison de part et d'autre; seulement, ils n'ont pas aperçu que la théorie de chacun, prise isolément , était une impossibilité; mais réunies et combinées, les deux actions, celle du feu et celle de Teau, avec le concours de l'air, ont développé leurs propriétés, et produit, par le travail du premier et du second jour, les résultats que nous venons d'exposer.

Au surplus , les opinions relatives à cette belle question ont été si variées , et parfois si divergentes, qu'il sera curieux de rappeler par extraits les systèmes les plus importants et les opinions les plus accréditées des meilleurs philosophes.

OPINIONS DES AUTEURS ANCIENS SUR L'ORIGINE DE L'UNIVERS ET LA FORMATION DE LA TERRE.

148. — Sanchoniaton, prêtre de Beryte, le plus ancien^ des historiens , vivait du temps de Sémiramis, vers l'an 21 64 avant J.-C. (selon Ussérius), 937 ans avant que Moïse sortit de l'Egypte avec les Israélites.

Il a écrit l'histoire des Phéniciens; cette histoire commençait, dit-on , par un système absurde et fabuleux sur la formation de l'univers. On sait que les Phéniciens se croyaient»

suivant Sanchonialon , le premier peuple du monde/ L'auteur, qui ne s'accorde jamais avec Moïse, attribue tout aux descendants de Caïn , et ne parle pas du déluge.

Philon de Biblos, écrivain du deuxième siècle, a traduit en grec l'ouvrage de Sanchoniaton. Cette histoire phénicienne est perdue, ainsi que la traduction grecque de Philon. Nous ne connaissons ces deux ouvrages que par quelques fragments, que Polydore (né à Tyr, Fan 283 de J.-C), rapporte, et qui ont été copiés et commentés par Ëusèbe, dans sa chronique, que saint Jérôme a traduite.

Ëusèbe nous dit que Sanchoniaton avait puisé tout ce qu'il rapporte sur l'origine du monde, dans les écrits du Thot ou Mercure des Égyptiens, attendu que ce dernier, ayant été l'inventeur des lettres, doit avoir été le premier historien. C'est donc, ajoute l'abbé Banier, dans les ouvrages de ce chef de savants, du célèbre Mercuve, que l'auteur phénicien avait puisé le fond de son histoire.

U9* — Thalês (7e et 6e siècle avant J.-C.) a été le premier de tous les Grecs qui se soit appliqué à la physique et à l'astronomie. Il habitait en lonie sur les côtes de TAsie-Mineure. Il croyait que l'eau était le premier principe de toutes choses; que la terre n'était qu'une eau condensée , Tair une eau raréfiée; que toutes choses se changeaient perpétuellement les unes dans les autres; mais, qu'en dernier lieu, tout se résolvait en eau ; que l'univers était animé et rempli d'êtres invisibles qui voltigeaient sans cesse d'un côté et de l'autre; que la terre était au milieu du monde ; qu'elle se mouvait autour de son propre centre, qui était le même que celui de l'univers , et que les eaux de la mer , « sur quoi elle était posée, « lui donnaient un certain branle qui était la cause de son « mouvement. »

Thaïes a été le premier qui ait prédit les éclipses du soleil et de la lune; c'est lui qui a recherché le premier l'origine des

vents, la matière de la foudre, la cçuse des éclairs et du tonnerre.

Personne, avant lui, n'avait connu la manière de mesurer les hauteurs des tours et des pyramides par leur ombre méridionale, lorsque le soleil est dans Téquinoxe.

Instruit à l'école des Égyptiens, Thaïes avait adopté leur calendrier, qui fixait Tannée à 360 jours; il ajouta cinq jours à la fin des douze mois pour achever le cours de Tannée.

C'est Thaïes qui a donné connaissance de la petite Ourse, dont les Phéniciens se servaient pour régler leur navigation.

150. — Dans le système de Thaïes, la terre élait formée en sphère; Anaximandre la croyait un cylindre, comme si elle devait rester enfermée dans un plat ovale au milieu duquel étaient les eaux; d'autres philosophes la supposaient carrée , conique , rhomboïdale ; enfin il n'y a que depuis trois siècles qu'on s'est approché de la vérité, encore avec un grand risque, car Galilée, qui soutenait que la terre est ronde et tourne sur elle-même, fut emprisonné et forcé de se dédire sous peine de perdre la vie. Ce célèbre astronome, obéissant aux caprices de l'ignorance et de la superstition, dut se rétracter; mais en même temps, fort de sa conscience, il murmurait entre ses dents: « E pur si muove! » Ce mot ayant été recueilli .et compris, tous les savants firent des recherche^ qui menèrent à la connaissance des plus grands secrets de la nature.

Cependant chaque vérité n'a été trouvée qu'à travers une foule d'hypothèses ; les erreurs mêmes ont servi de marchepied, car, dans les investigations scienti tiques, Terreur conduit souvent à une découverte sérieuse.

151. — OcELLus LucANUs cst Tautcur grec le plus ancien qui ait parlé de la nature de Tunivers. Né en Lucanie, côte de la mer lyrrhénienne, disciple de Pythagore, 6e siècle avant J.-C, il dit que l'univers est indestructible et impro-

OPINIONS DBS PHILOSOt^HES. 89

duil; qu'il a toujours été et sera toujours ; que s'il eût commencé, il ne serait pas encore.

152. — TiMÉE DE LocRES, qui vécut peu de temps après Ocellus, a traité de Tâme du monde ; il distingue Fintelligence, cause de tout ce qui se fait avec dessein, de la nécessité, cause de ce qui est forcé par les qualités des corps.

c< De ces deux causes, ajoute-t-il, l'une a la nature du « bon , et se nomme Dieu, principe de tout bien ; l'autre, ou « plutôt les autres, qui marchent après la première et qui € agissent avec elle, se rapportent à la nécessité » (1).

153. — Aristote, le plus savant peut-être des savants de l'antiquité, et précepteur d'Alexandre, prétend que la privation doit être mise au rang des principes; il dit que la matière dont se fait une chose doit avoir la privation de la forme de cette chose ; qu'il faut, par exemple, que la matière dont on fait une table, ait la privation de la forme de la table; c'est-àdire qu'avant de faire une table, il faut que la matière dont on la fait ne soit point une table.

Aristote tient que tous les corps terrestres sont composés de quatre éléments : la terre, l'eau, Tair et le feu; que la terre et l'eau sont pesantes, en ce qu'elles tendent à s'approcher du centre du monde, et qu'au contraire l'air et le feu s'en éloignent le plus qu'ils peuvent; qu'ainsi ils sont légers.

154. — Pythagore (70* olympiade, 6* siècle), chef de la secte italique comme Thaïes ét^it le chef de la secte ionique, enseignait que le monde était animé et intelligent; que l'âme de cette grosse machine était l'éther, d'où sont tirées toutes les âmes particulières, tant des hommes que des bêtes; il croyait à la métempsycose et défendait de manger des animaux.

Pythagore soutenait que le principe de toutes choses était l'anîté; que de là venaient les nombres; des nombres, les

(1) Traduction de Tabbé Le Batteux. Paris, 1768.

points; des points, les lignes; des lignes, les superficies; des superficies, les solides, et des solides, les quatre éléments, le feu, Tair, Teau et la terre, dont tout le monde était composé; et que ces éléments se changeaient perpétuellement les uns dans les autres, mais que rien ne périssait jamais dans l'univers, et que tout ce qui arrivait n'était que des changements.

,155. — tIÉRACLiTE dit que le feu est le seul élément de l'univers.

156. — Empedocles, d'Agrigente, était le chef de l'école qui donnait quatre éléments à la formation de l'univers : le feu, l'air, l'eau, et la terre. Voici. son explication. 1*» le feu, qui prend sa source au ciel, se change en air; 2*» de l'air est formée l'eau, qui s'épaissit et devient terre ; 3** de la terr« naissent en rétrogradant les autres éléments, l'eau d'abord, ensuite l'air et le feu. Cette chaîne de métamorphoses n'est jamais interrompue, et les éléments ne cessent de voyager du ciel à la terre et de la terre au ciel.

157. — Anaxâgore a créé le système iîomcBomigwe, d'après lequel le feu et l'eau, par exemple, naissent des particules du feu et de l'eau, et tous les corps, en un mot, se forment de l'assemblage d'éléments similaires. '

158. — Démocrite (5" siècle), disciple de Leucippe, croyait que les premiers principes de toutes choses étaient les atomes et le vide; que rien ne se faisait de rien, et qu'aucune chose ne pouvait jamais être réduite à rien ; que les atomes n'étaient sujets ni à la corruption , ni à aucun autre changement, parce que leur dureté invincible les mettait à couvert de toute sorte d'altération ; que l'âme de l'homme, qu'il croyait être la même chose que l'esprit , était aussi composée du con* cours de ces atomes, de même que le soleil , la lune, et tous les autres astres; que ces atomes avaient un mouvement tour-

noyant qui était la cause de la génération de tous les êtres; et comme ce mouvement tournoyant était toujours uniforme , c'était la raison pour laquelle Démocrite admettait le Destin , et croyait que toutes choses se faisaient par nécessité.

Ëpicure, qui s'est basé sur les mêmes fondements que Démocrite, mais qui ne voulait point admettre cette nécessité , a été obligé d*inven ter un mouvement de déclinaison.

Démocrile soutenait que Tâme était répandue dans toutes les parties du corps, et que le motif pour lequel nous avions du sentiment dans toutes ces parties, c'était parce que chaque atome de Famé correspondait à chaque atome du corps.

Démocrite disait que tous les astres étaient emportés par la rapidité d'un tourbillon de matière fluide , dont la terre était lé centre , et que chaque astre se mouvait d'autant pins doucement, qu'il était plus proche de la terre, attendu que la violence du mouvement de la circonférence s'affaiblissait peu à peu en tirant vers le centre.

159. — Épicure (4® siècle), adoptant les principes de Démocrite, développa son système de formation du monde. Les idées et la doctrine d'Épicure nous ont été transmises par le poète latin Lucrèce, dans son admirable ouvrage de la Nature des choses (1), où il s'est lui-même identifié avec le philosophe grec.

160. — Les prêtres d'Egypte possédaient un grand système de cosmogonie qui donne la plus haute idée de leurs connaissances. Ils avaient reconnu que les eaux avaient couvert tout le globe ; qu'elles y avaient déposé, à la surface, des coquilles et d'autres débris d'êtres organisés ; qu'il y avait eu de grands affaissements de continents entiers. ..

(i) On sait que le cardinal de Polignac en a entrepris, sinon fait la réfutation dans son ouvrage , également en vers latins, intitulé : V Ànti^Lucrèce,

161. — Platon, lui , prétendait que Tâge du monde doit se compter par des myriades de siècles; il supposait qu'au bout d'une certaine période , tout rétrogradait ; que les astres se levaient à l'occident et se couchaient à l'orient , et que les hommes d'alors commençaient leur carrière par la vieillesse pour mourir dans Penfance. [Plut. An Politic.)

162. — Les Indous ou Indiens, peuple le plus anciennement civilisé, représentaient la terre sous la formé d'une fleur de lotus flottant sur l'Océan. Au milieu de la fleur, à l'endroit du germe, ils plaçaient le mont Mérou, habitation des dieux, qui symbolisait l'Inde, située au milieu du monde.

D'autres sectes de l'Inde n'admettaient pas la fleur de lotus, mais elles y substituaient un vaisseau mystique dont le mont Mérou formait le mât.

Quant au Mérou , tous les systèmes s'accordent pour le placer au centre de la terre.

Le centre de la terre était pour chaque peuple dans son propre pays; les Egyptiens le plaçaient à Tbèbes aux cent portes; pour les Assyriens, c'était Babylone; pour les Hébreux, c'était Jérusalem , et les Grecs avaient fixé le centre de la terre au mont Olympe; mais plus tard, par l'influence des prêtres d'Apollon, le point central fut reporté au temple de Delphes.

1 63. — Plutarque {de Oraculorum defectu) nous raconte qu'un vieillard vénérable vivait dans l'Inde avec les génies, et interprétait les oracles de la nature aux rois qui venaient le consulter. Il révéla à ses prosélytes qu'il y avait dans l'univers 183 mondes rangés en forme de triangle, de sorte que 60 occupaient chaque côté, et qu'il y en avait un de plus à chaque angle. Ces globes tournaient tous en rond et l'aire du triangle était la demeure de la vérité.

Métrodore disait qu'il était aussi absurde de n'admettre que

1 83 mondes dans Vespace, que de ne faire crotlreque 183 épis de blé dans une vaste campagne.

164. — La comparaison des idées de ces philosophes fait voir que Tlndien avait pour but d'indiquer , par une image , l'espace étroit de la demeure deJa vérité; son opinion était toute morale; tandis que le Grec se contente de critiquer l'idée matérielle sans appliquer la sienne; preuve de la mauvaise critique qui a régné dans tous les âges. Mais il résulte de cette comparaison que le penseur indien, à une époque très-reculée, reconnaissait plus de planètes et de mondes que n'en ont reconnu quelques astronomes de notre moyen-âge.

Sans nous arrêter aux opinions des autres philosophes de l'antiquité , non plus qu'à celles des Romains, qui se trouvent principalement dans les écrits philosophiques de Cicéron , mais qui n'offrent guère que l'examen critique de la philosophie grecque , nous traversons le moyen-âge et arrivons au 17© siècle. A cette époque , les esprits, excités par le succès du système astronomique que Copernic et Galilée venaient de proclamer , cherchaient également à soulever les voiles qui cachaient encore l'origine et la formation du monde.

OPINIONS DES PHILOSOPHES ET DES SAVANTS MODERNES SUR L'ORIGINE DE L'UNIVERS.

165. — Descartes (17* siècle) dit que la terre et les cieux ne peuvent être faits que d'une même matière.

Le soleil et chaque étoile fixe sont les centres d'autant de tourbillons de matière subtile qui font circuler autour de ces centres d'autres corps plus petits. Notre tourbillon, par exemple, entraîne toutes les planètes autour du soleil, et le tourbillon entier du soleil et des planètes circule autour de la terre.

Cette dernière opinion rentre dans le système de Tycho-^ Beahé.

La matière subtile de ces tourbillons esl celle que Descartes nomme le premier élément; il imagine ensuite un second élément pareillement composé de molécules subtiles , mais de forme ronde, et enfin un troisième élément composé de molécules sillonnées de canaux à travers lesquels les deux sortes de molécules susdites peuvent se mouvoir et circuler dans une infinité de directions. Avec ces données hypothétiques, il entreprend d'expliquer tous les phénomènes de la nature.

166. — Linné suppose que tout le globe a été couvert par les eaux (1) ; qu'il n'y avait qu'une île considérable qui fût au-dessus des eaux. Dans cette ile, située sous l'équateur, était une montagne irès-élevée, et dont la cime était couverte de neiges, en sorte qu'elle offrait tous les climats, depuis la température là plus chaude, qui était au bord de la mer, jusqu'au sommet.

Sur cette montagne étaient dispersés les plantes et les animaux de tous les climats.

Les eaux se changèrent en terre et diminuèrent les

continents parurent et parvinrent à l'état où nous les

voyons.

167. — BuRNET (Thomas), Londres, 1681, dans son système, n'indique pas comment s'est formé le globe; seulement il dit : « Avant le déluge de Noé, la surface était plane, sans « montagnes, sans vallées. Les matières les plus pesantes « s'étaient précipitées au centre du globe; les moins pesantes « se déposèrent autour de celles-ci en raison de leur gravité, tt en faisant différentes couches concentriques. L'eau surce nagea par-dessus toutes ces couches. Des matières plus « légères que l'eau , telles que des matières houilleuses, ^< grasses..., composèrent une dernière couche au-dessus de « cette eau ; ce qui forma la surface ou croûte extérieure du « globe. Toutes les parties de celle matière grasse qui s'étaient

(\) Oratio âe telluris hahitahilis incremento.

« élevées dans Tatmosphère retombent sur cette croûte, et « Tair devient pur.

« Au délude tout changea de face. La croûte légère de la « terre se dessécha par Tardeur du soleil. Elle se creva de « toutes parts. D'un autre côté, Teau qui était sous cette « croûte se dilata , fit effort contre cette croûte qu'elle sou- « leva en différents endroits. Les fentes de la croûte aug- « mentèrent; enfin elle s'écroula dans le vaste abîme d'eau « qui était au-dessous.

c< L'équilibre du globe fut troublé, Taxe de la terre s'in- « clina comme il est aujourd'hui , et amena l'inégalité des « saisons. One partie des eaux fut refoulée à la surface du « globe, et vint former les mers, tandis qu'une partie des « continents se précipitait dans l'océan intérieur. Les angles c( de la croûte abîmée s'élèvent dans les airs et y forment les c( montagnes et les vallées. Les eaux qui s'écoulent creusent « de plus en plus ces vallées. . . »

Il n'y- avait pas, à notre connaissance, de matières grasses dans le règne minéral avant la production des êtres organisés. Il n'y a aucune terre plus légère que l'eau pouvant former des couches qui surnagent sur celle-ci. Ce sont là des erreurs qu'il est bon de signaler en passant.

168. — BouRGUET, naturaliste, à qui la physique doit la belle observation de la correspondance des angles dés montagnes^ a établi un autre système. Il dit « que notre planète <i a pria sa forme dans un instant; que ce n'était d'abord « qu'un amas de matière fluide ; après un certain nombre « d'évolutions sur son axe et autour du soleil , sa première « structure fut détruite. Bientôt après, le feu se mit dans le « globe, et cet élément destructeur le consume lentement.

0 jusqu'à ce que tous les êlres animés qu^l renferme dans son (( sein soient anéantis. »

Il admet comme Woodward que, lors- du déluge, tout ce qu'il appelle Vancien monde fut dissous, excepté les coquilles... Il convient aussi que les montagnes , les vallées et les plaines ont été formées dans les eaux, qui, par conséquent, ont couvert les pics les plus élevés.

Il ne dit point ce que sont devenues ces eaux. . . mais, comme il admet des cavernes intérieures, il est vraisemblable qu'il suppose qu'elles s'y sont enfouies.

Il dit encore que le globe diminuera de diamètre, mais que son atmosphère sera beaucoup augmentée.

169. — Woodward (1) suppose aussi qu'une croûte de terre et de pierres s'est formée au-dessus de l'eau , sans en assigner les causes...; que cette croûte s affaisse...; que les eaux ont dissous toutes les substances minérales et n'ont pas touché aux coquillages ni aux autres débris d'êtres organisés.

170. — ScHEUZER a embrassé l'opinion de Woodward; il dit que Dieu a brisé les différentes couches de la terre. Là, il élève de hautes montagnes, comme en Suisse et dans toutes les Alpes, tandis qu'ailleurs, comme en Flandre et en Hongrie.... il n'a formé que des plaines...

171. — Foî^TENELLE a aussi supposé des abaissements considérables de différentes parties de la surface de la terre, dérivations de grands tremblements de terre ou des volcans ; mais il n'émet aucune opinion relative à la première formation; il dit : c( Ce qui se présente le plus naturellement à « l'esprit, c'est que le globe de la terre, jusqu'à une certaine « profondeur, n'était pas solide partout, mais entremêlé de « quelques grands creux, dont les voûtes, après s'être soute-

(i) Essai sur P Histoire naturelle de la terre. Londres, -1684.

« nues pendant un temps, sont enfin venues à fondre subite- « ment. Alors les eaux seront tombées dans les creux, les « auront remplis , et auront laissé à découvert une partie de « la surface de la terre, qui sera devenue une habitation con- « venable aux animaux terrestres et aux oiseaux. .

« Dans le même temps que les voûtes ont fondu, il est fort « possible que d'autres parties de la surface du globe se c< soient élevées et par la même cause. Ce seront là les mon- « tagneSj qui se seront placées sur cette surface avec des carre rières déjà toutes formées. »

172. — Whiston suppose que la terre avait été primitivement une comète, ou l'atmosphère d'une comète, qui décrivait une ellipse fort excentrique. Tantôt échauffée à un degré prodigieux dans son périhélie, tantôt exposée au froid le plus âpre dans son aphélie, elle était alternativement en partie vitrifiée, et en partie couverte de glaces.

Enfin son orbite se modifie et son ellipse devient à peu près circîulaire, k la distance du soleil où elle se trouve aujourd'hui.

Tout change pour lors dans l'organisation intérieure du globe terrestre. Le soleil communique une grande chaleur, les glaces fondent. L'eau, devenue liquide, laisse précipiter au centre les parties les plus pesantes. Des parties aqueuses et aériformes demeurent engagées avec celles-ci. Cependant la majeure partie des eaux surnage à ce noyau brûlant.

Au-dessus de cette couche d'eau se forme une nouvelle croûte de matières, terres et pierres, qui compose la surface du globe.

Cette croûte, mal affermie, s'écroule enfin et tombe dans le sein des eaux. Une partie s'élève en l'air, et va former les montagnes; tandis que l'autre partie, occupant la place des eaux, force celles-ci à refluer sur la terre et à venir former nos mers. Ces montagnes, avant le déluge, étaient peu élevées.

Mais, le 18 novembre 2349 avant l'ère vulgaire, une co-

mète, revenant de son périhélie (celle de 1680), passe à peu de distance de la terr« et l'ienveloppe de sa queue, formée de vapeurs aqueuses lrè&-dilatées par la chaleur. La terre attire une portion de ces vapeurs, qui se condensent et tombent en pluies, qui dui*ent quarante jours, et inondent toute la surface du globe. (C'est encore le déluge rapporté par la Genèse.)

173. — Deluc admet également la chute de la plus grande partie du globe, mais il l'explique par une hypothèse toute différente des précédentes. Il dit « que le premier coordonnateur « de Tunivers a construit primitivement nos globes, le soleil « et les planètes, aux lieux où ils sont, et leur a donné leur « forme actuelle. x>

Son système ne signale pas les lois qui ont produit ces événements.

174. — Ret; ce savant prétend également que les montagnes et les vallées ont pu être formées.par des aJOTaissements, et il s'appuie sur ridentUé des couches que présentent les^leux rives de la vallée.

175. — L'opinion de be Maillet est curieuse. Cet auteur pense que tous les globes célestes^ et par conséquent la terre, sont alternativement embrasés et recouverts d'eau; que Teau, par conséquent, peut occuper des globes différents en passant des uns dans les autres par Tévaporation.

176. Lazare Morro, dans son ouvrage sur Torigine des coquilles fossiles, imprimé en 1740, avance que loutes les montagnes ont été soulevées par Faction des feux souterrains* Il distingue deux époques où a dû se faire cette opération.

177. — BuFFON suppose que les soleils et les comètes ont été créés comme nous les voyons , et avec les forces nécessaires pour leur faire parcourir Jeurs orbites.

Mais il y a 96,000 ans qu'une comète tomba obliquement dans le soleil, et en détacha la 650* partie. Toute cette masse.

lancée dans l'espace, se dissipa et forma toutes les planètes principales et secondaires de notre système solaire, qui décrivirent des ellipses peu allongées.

Notre terre, composée de cette matière incandescente» liquide, acquit la figure sphéroîdale par son mouyement de rotation diurne. Elle se refroidi! chaque jour. Une partie des vapeurs qui s'étaient élevées dans l'atmosphère se condensa et forma les mers.

Ces eaux attaquèrent les parties solides du globe, et en firent dissoudre une portion; c'est ainsi que se formèrent les terres et les pierres.

Le refroidissement de la terre au point de pouvoir la toucher s'est fait en 34,770 ans, et son refroidissement à la température actuelle, en 74,832 ; d'où il suit que notre globe a joui d'une chaleur convenable à la nature vivante depuis 40,062 ans, et que les êtres sensibles pourront encore y subsister pendant 93,291 ans, c'est-à-dire jusqu'à Tan 168,t23, depuis Torigine des planètes.

Suivant ce système, notre monde planétaire ne s'est organisé que depuis 74,832 ans

178. — Système de Hutton, — Ce système n'explique pas la première formation du monde. Le docteur Hutton coaçoit seulement que notre globe est soumis à une vicissitude de destruction et de renouvellement. La matière solide de la terre est continuellement rongée par des agents naturels. Ainsi les rochers les plus durs sont minés peu à peu par l'air et par l'eau , et les débris des matières sont constamment portés vers l'Océan et déposés dans son lit.

En outre , il existe dans le sein du globe , à une grande profondeur , une chaleur qui met en fusion les substances déposées dans ces régions intérieures. Mais les substances sur lesquelles opère le feu, se trouvant comprimées par les couches supérieures, cette pression s'oppose, du moins en

grande partie, à la volatilisation , et il se produit des dépôts, des strata de matières durcies par la condensation.

Ces dépôts successifs et continuels poussent sans cesse les matériaux consolidés à la surface du globe, où ils sont soumis à la loi de destruction que nous avons expliquée.

C'est ainsi que notre monde est formé des débris d'un monde qui l'a précédé, et donne maintenant les matériaux pour uo autre monde. Celte opération naturelle n'aura jamais de fin, comme il est impossible de lui assigner un commencement.

179. — Pallas n'indique pas de système de formation; il dit que les eaux des mers n'ont jamais dû couvrir que les collines calcaires à 100 toises d'élévation.

180. — Saussure, sans s'occuper du globe comme les précédents, se trouve encore plus embarrassé pour expliquer les soulèvements des montagnes, opérés, dit-il, par une cause quelconque.

181. — DoLOMiEU admet une dissolution primitive de tous les matériaux qui composent Técorce du globe, la destruction et la précipitation de toutes les matières, la coagulation opérée par la cristallisation confuse.

182. — La Placé. Son hypothèse est qu'au commencement y toute la masse de notre système solaire , formant une immense atmosphère, a d'abord existé à l'état gazeux ; qu'ensuite elle s'est modifiée en passant par l'état liquide.

183. — Patrin écrivait, en 1788, que la surface de la terre était primitivement plane... « Mais, dit-il, les matières « terreuses, salines, métalliques composant le globe, péné- « trées d'eau, agissent, réagissent. •• Or, point de fermenta- « lion sans augmentation de volume, sans boursoufflements... « Ces boursoufflements ont soulevé les montagnes. »

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