MULTIPLICATION DES ANIMAUX. 24S
monstres à télé d'homme, qui sont réellement des mammi^ fères de Tordre des cétacés et de la famille des herbivores/ selon Cavier; les lamantins (1) ont reçu les noms de bœufs^ de vaches et de veaux marins, parce c(ù'ils paissent l'herbe comme les ruminants* Ces animaux se servent avec beaucoup d'adr( sse de leurs bras pour transporter leurs petits et pour sortir de l'eau. La position des deux mamelles sur la poitrine, l'habitude que les lamantins ont de tenir hors de l'eau leur tête et la partie antérieure de leur corps, leurs sortes de mains» les poils qui garnissent seulement leur mufle et qu'on a pu prendre pour de la barbe, ont fait appeler ces animaux, pmsom- femmes, hommes barbus , homm£S et femmes de mer* Ces êtres, que nous voyons vivants aujourd'hui, sont sans aucun doute les descendants de races beaucoup plus grandes qui existaient à Fépoque précédente.
i09. — Parmi les cétacés, la baleine, qui est de nos jours l'animal le plus colossal, la reine et la dominatrice des mers, imprimant le respect et la crainte, par sa masse énorme et sa force invincible, à tous les poissons et aux autres animaux vivant dans Teau ; la baleine, si elle eût existé aux époques primordiales avec ses dimensions actuelles, n'aurait été qu'un petit animal, en comparaison des bêtes colossales de la classe des mangeurs de coquilles, et de la race des lézards géants.
Les baleines se présentent déjà au cinquième jour, qui offre
(•1) Les plus grands lamanUns du Sén^l, suivant les observatioas d-Âdanson, u'onl aujourd'hui que Irois mètres de Long à peine, et pèr sent environ quatre cents kilogrammes; ils ont la tôte conique el d^uiie grosseur médiocre, les yeux ronds, Tiris d^un bleu foneé, el la prunelle noire; les lèvres obarnues el épaisses des dents molaires aux deux mftchoires^ la langue ovale^ quatre ongles d'un rouge brun et luisani, le euir épais et d-un cendré noirâtre, la graisse bKincbe el la chair d^un rouge pâle.
un olimet âl des pâtarages sympathiques etnécessair^ à leur
, BUe6 06 dtvîsQni déjà en plusieur»^ braoobes» de graodeur et même de fbrines diSér#ft(e», set^a les climats et les o^rs qu'elles halûteiil (1).
^10. — Dans les mers de la Chine, H y atait dés bâl'èined de te longueur de 300 mètres, mais il n'en existe plus de cette taille; la grandeur commune de nos jours est de 2^ à 36 mètres.
La pêche de la baleine qui se fait sur les côtes de la Californie offre une série île faits curieux, qui prouvent que les animaux même tes plus difformes, s'ils n'ont pas l'inteHigence, ont du moins nn instinct et un à-propos qui équivaut presque à la réflexion. Voici des faits signalés par les pêcheurs de ces parages.
«En 1&^7» une baleine qui avait été harponnée sans ré- « sttllat feignit de succomber à de graves blessures, laissa u approches: deux embarcations chargées de matelots balei- « niers, et lorsque ces embarcations se trouvèrent à sa porm, tée, elle se réveitija aussitôt et les submergea. Tous les a hommes qui élaieat venus pour la dépecer^ la croyant « morte, périrent aussi sovis le pouls de i^a vqn^eanee.^ »
On pourrait citer des traits nombreux de toutes sortes,, dit le Moniteur de la flotte, qui prouvent combien cette baleine est dangereuse, et quelles précautions il faut prendre pour la pêcher.
(i) Une baleiné qui échoua dana Pile de Corse en «iSâO, était longue Ti« 34 mètres; un homme à cfaetàl pou^vail entrer dans son -énorme gueule ; pour retirer le grand intestin de son ventre il fallut 47 hommes; elle fournit 67)500 kilogrammes d& lard. C/était uue femelle pleine; son fœtits avait déjà 40 mètres de longueur et pesait 750 kiiogr.
Une baleine de 24 mètres seulement^ échouée en 1726 dans la baie de la Somme, avait une gueule si vaste, que deux hommes y entraient à Taise sans se baisser.
MULTIPLICATION 'd£fi ANIMAUI. 2iS
La portée àé la baleine comprend souvent deux petite ; dans rOcéan pacifique, les baleinaux naissante ont ordinal^ Iremeilt de 10 à 12 mètres de longueur; ik escortent leur taère et la défendent lorsqu'elle est îittaqoée. On en voit tiui, trop faibles |^ur la pTO<)égerv se jettonl a«rdevant des jpêcteurs, aii» d'at)ttrer leiuF attention et pte permettre à leur mère de se saftfver,
41 J. — Danslps cétacés, on remarque plusieurs espèces, çoaujae le cachalot, )e dauphin, etc.; notons aussi le kraken, ou poisson-montagne, ou grand serpent de mer, qui parait quelquefois , dit-(Mi , dans les mers du nord comme un souvenir de sa race d'ancienne origine. Le kraken est beaucoup plus grand, que la baleine, mais exlrèjnement rare. On prétend qu'on en rencontre quionX jusqu à une lieue d'étendue.
Tous cçs^grands animaux ne sont pas bien qtiles à Thomroe, et Texcéplion de. la baleine, dont il retire Thuile et les façons; mais ils^ont très-utiles pour arrêter la multiplication des poissons et des petite animaux en équilibrant, par la destruction, l'immensité de la production ; à la mort de ces grands animaux, le fond de la terre reçoit de leur corps on volume et »n poida tri^-considérables.
LES POid^Q^S.
412. — Les poissons donnent un chiffre de population vivanle qui étonne rimagination même, et j^'ils n'étaient pas soumis à ui>e «d^tf-uçtioQ obligée, njéce^ire et périodi^uo^ 49À uaiatieut ré^tfilibra av^ T^^cès de production, il leur aitfSrtait d'inné anoée pour remplir de leurs corps entajssés tous les bassins des mers; l'eau n'aurait plus de place.
Pour nous .e^ faire uoe juste idée , nous aliops en examiner quelq^esrun^^
Les harengs, que tout le monde connaît, sfd tienoent au
fond de la mer et surtout dans le Nord. Lorsqu'ils se meileot en mouvement en sortant de la mer glaciale , ces poissons forment des bancs de plusieurs centaines de kilomètres de largeur; la droite va sur les côtes distende^ où elle arrive en mars; puis, tournant vers Toccident, elle gagne le banc de Terre-Neuve et disparaît ensuite. La gauche pvead w route vers le sud , et se subdivise en plusieurs colonnes.
Est-ce que Timagination la plus fertile pourrait calculer le nombre de ces poissons sur une étendue de plusieurs centaines de kilomètres et, bien entendu, sur une épaisseur considérable?
Les myriades de millions de ces êtres vivants ne sont rien encore en comparaison de ce qu'il sortirait des femelles qui font partie de Texpédition ; dans une seule femelle de moyenne grandeur on a compté 68,656 œufs. Qu'on juge de ce qui arriverait si la troupe restait intacte : bientôt il n'y aurait plus assez de place pour cette famille seule, car , en une année, elle remplirait au moins la moitié du bassin de TOcéan ; si toute la génération pouvait vivre sans être dérangée , il suffirait de quatre années, et les harengs seuls envahiraient complètement les bassins de toutes les mers!
La pèche de l'homme en enlève chaque année la charge de deux à trois mille navires, c'est-à-dire un million et plus de tonneaux pesant qui sont jetés dans le commerce pour la consommation publique; mais ce serait là un faible secours contre leur envahissement.
Tous les grands poissons, les cétacés, les requins, etc*, en font une consommation énorme et journalière.
C'est surtout la baleine qui a pour mission d'arrêter la menaçante invasion de cet animal , car la baleine lait du hareng son principal, sinon son exclusif aliment. Mais, qui pourrait le croire? le hareng, qui pèse à peine un quart de kilogramme, peut fournir pendant une semaine à la nourriture d'une baleine ! d'une baleine pesant, elle, 15 à^20 tour
MULTIPLICATION DBS ANIMAUX. 247
neauX) cest-ànlire 15 à 20 mUie kilogrammes I Cependant c'est une vérité , car une baleine de moyenne grandeur est ^ffisamment repue avec 11,000 harengs par jour, et comme nous avons vu qu'une femelle porte 68,656 œufs, qui pro^ duiseot autant de harengs, elle fburnit donc assez pour sati&* faire pendant une semaine à la nourriture d'une, baleine.
Il est heureux que le nombre des baleines soif en proportion assez considérable.
413. — La morue est un poisson doué d'une fécondité encore plus effrayante que le hareng; les femelles possèdent un nombre d^œufs si prodigieux que Leirv^enhoek, qui les a comp* tés, en a trouvé 9,340,000 dans une seule femelle de grosseur moyenne; mais depuis l'observation de ce naturaliste, on a trouvé qu'une seule morue peut donner 20,000,000 d'œufs fécondés; heureusement elle les dépose sur des fonds inégaux , entre les pierres, où une grande partie devient la proie des autres poissons.
La morue est vingt fois plus grande que le hareng et pèse ordinairement de 7 à 10 kilogrammes.
Toutes les nations vont à la pêche de la morue, et ies Hollandais, ainsi que les Américains, en font des prises considérables, en sorte que tous les marchés de TEurope en sont constamment fournis toute Tannée, car la morue est bonne fraîche, sèche et salée.
Il est facile de voir que, sans la destruction d'une grande partie des œufs par les autres animaux, et sans la pèche de l'homme, la morue , laissée à son état de progression libre, pourrait à elle seule, en deux ou trois années, remplir tout le bassin de TOcéan pacifique, où elle s'entasserait en forçant Teau à sortir de son domaine.
4U . — Nous citerons une troisième race de poissons: l'esturgeon, beaucoup plus grand que la morue, puisqu'il a
24S GINI^UIBME ÉPOQUE.
de 5 à 8 mètres de longueur (1). 11 abonde dans presque tous les grands fleuves, ainsi que dans la mer Caspienne et autres. Ce poisson annechaif très-délicale; il est très-fort et capable de tner un homoie d'un seul coop de queue , lorsqu'on le retire de Teau.
L'esturgeon produit aussi une prodigieusequantilé d'oeufs; on en a compté un milHon et demi dans me petite femelle. Une autre femelle d' esturgeon pondit 119 li:irres pesant d*œufs« et comme 7 de ces œufs pesaient un grain, le tout pouvait être évalué à 7,653,200 œufs.
Ces œufs sont préparés par les Russes, qui en font un corn* merce lucratif, et ils en composent le caviar, qui s'expédie sur tous les points du globe.
L'esturgeon donc, comme les autres espèces de poissons, serait capable de remplir, dans Tespace de deux ou trois ans, en s'y entassante tous les grands fleuves et la mer Caspienne, »i tous les œufs pouvaient éclore sous Teau.
415. — Nous nous bornons à mentionner les trois raceè dont nous venons de parler ; mais tous les autres poissons sont également d'une fécondité prodigieuse (2); et assurément, s'ils n*avaient pas des ennemis qui détruisent tous les ans les neuf dixièmes de chaque espèce, leur multitude accumulée remplacerait Teau dans tous les bassins des mers.
C'est encore ce qui arriverait si on laissait intacte la race des crustacés, qui, depuis le crabe géant des côtes de la Nouvelle-Hollande, dont les serres sont aussi grosses que le bras d'un bomme, jusqu'à la petite écrevisse qui vit dans nos rivières et dans nos étangs, produit une immense quantité d'œufs et n aussi une effrayante fécondité.
(1) Pallas en cile un qui pesait 2fi00 livres (4,400 kiiÎQgramnies) et qui avait 40 pieds de long (^3 mètres).
(2) On a vu des poissons^ pesant à peine un quart do kilogramme, contenir ^00,000 œufs; une carpe de 40 centimètres de longueur en avait ë6i2,^24; une autre, longue de 45 centimètres, en avait 342,144.
MULTliaiCATiON .Dis ANIMAUX. 249
On eonnatt ks œafe'qiie les homards, comme les éerévisâes, oai sbils lenr qneoej on pettt juger par là ^é \em éetergi^èè reproduction.' ' . . .>
Si T'On coosMère la matière dont est composée l'écorce dé ces animaux, <m couTiendra que le poids de ces êtres, com-^ parati^en»eut petits, est cependant bien fort par ses m^^es, et que cette ra*e doit donner a la terre, après la mort des îndi*- >idU8, une somme de matières dures 4' un poids assez notable^
l*huItrb.
416. — Comme nous Tavonsdit, et ainsi qu'on peut l'observer, toutes les races d'animaux paient à la terre le tribut de leurs corps; mais la mesure et la proportion . que nous cherchons à déterminer pour chaque classe d'êtres ne sont naturellement qu'approximatives.
Poursuivre ce travail important^ examinons les objets qui
sont le plus à la portée de nos yeux. Voyons^ par exemple,
l'huître, ce petit animal dont Paris consomme un nombre de
70 millions par an, provenant d'un seul petit coin d*uae côte
, maritime (1). r
Supposons que ces 70 millions d'hui très aient pesé 10 millions de kilogrammes ; la poulpe ou Tânimal qu'on «n a retiré et qu'on a mangé n'a guèrQ ptesé en totalité qu'un demi-million de kilogrammes, car les deux écailles ont bien pesélc^s neuf dixièmes et demi» Qu'a-i-on fait de ces 9 millions et demi de kilogrammes d'écaillés? Évidemment, on lésa donnés à la terre, en les jetant comme oliget inutile.
L'huître peut servir de point de oomparaison pour tout autre animal, y compris Thomme, au point de vue du compte courant de chaque individu avec la terre.
(1) En 1853, il s'eist consommé à Paris 70,876,825 huîtres dp là Manche, venant de Cancale et de Granville; 1,26^,430 huUres venant d"'Ostende , et 374,400 haîtres vertes de Marennes.
L'hultre ne fournit rien de son vivant» ni en transpiration, ni en excrétion ; tout s'amasse autour de son écaille ; mais, à la fin de son existence, elle donne tout ensemble, tandis que les autres animaux ont produit périodiquement ; et si on rassemblait tout ce qu'un animal» ou Thomme même, procure journellement à la terre et à Tair» on trouviirait que» durant le cours de sa vie (pris en terme moyen), il a donné en poids, tous les trois ans , au moins neuf fois et demie plus que ne pèse son corps au moment de sa mort. '
Nous aurons Toccasion, en parlant de l'homme, de dresser sa statistique spéciale; en attendant, l'huître va nous suggérer quelques autres observations.
417. — L'huître nous donne l'idée de la matière qui a servi aux premiers jours pour la consolidation des pierres, ainsi que nous l'avons souvent indiqué, dans les fusions des coquillages à l'intérieur de la terre.
L'huître nous fournit encore la preuve de la rapidité de l'accroissement des coquillages et des crustacés.
L'huître est hermaphrodite, comme la plupart des fleurs de nos jardins. Le rapprochement des sexes n'est pas nécessaire pour sa reproduction, et une huître produit, chaque année, dmx millions d'huîtres pareilles d elle-même.
n n'est besoin, pour s'assurer une grande récolte d'huttres, que d'en mettre une sur un fond garni de branches d'arbres, ou parsemé de roches on d'autres coquillages présentant un abri, afin que les huîtres naissantes puissent s'y attacher et grandir. Ce qui est mortel pour les huîtres, c'est le mouve*ment des vagues, qui balaient, enlèvent et détruisent, à chaque instant, des millions d'enfants.
On peut semer un champ d'huîtres sous l'eau comme on sème le blé sur lin sol terrestre, pourvu qu'on ait soin de les garantir contre les vagues.
Avec une si prodigieuse abondance de production , Thuitre