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ments survenus sur la (erre, subir trou cents fois et par gradation presque insensible, deî=i perfectionnements physiques de génération en génération, en sorte qu'à la tin de cette cinquième journée, la race s'est trouvée beaucoup plus belle de formes que celle qui avait paru au commencement de la même époque. .
445. — £n admettant donc que l'espèce perfectionnée ait duré, sous sa meilleure forme, seulement le tiers de Tépoque dont nous nous occupcHis, il s'ensuivra que pendant ce tiers, c^est-à-dire pendant les cent derniers siècles de la cinquième journée, Thomme sylvestre ou préadamite a dû dominer par ses formes, son adresse même ou sa dextérité, au-dessus des autres êtres, et que, sentant sa supériorité, il a cherché, par un premier acte de son entendement, à faire une chose qui le distinguât des autres animaux, ses inférieurs.
Que pouvait faire cet habitant des mêmes plaines, vallées et forêts? il avait pour lit le même soi, pour le couvrir la même voûte du ciel , la même eau à boire, les mêmes fruits pour sa nourriture ; il grimpait sur les arbres comme eux, il marchait et courait comme eux ; en un mot , tout était égal entre lui et les autres animaux.
446. — Que fait aujourd'hui le lion, qui se sent être le roi des animaux? Tout le monde le sait : quand il a faim, il ne pense qu'à dévorer sa proie; mais aussi, quand il est rassasié, il se montre généreux; bien plus, il se conduit en héros et protège les faibles animaux, lorsqu'il les voit menacés ou attaqués par le tigre ou d'autres carnivores; ceux-ci, à sa vue, s'éloignent pour ne pas commencer un combat dangereux, et renoncent à leur proie.
Que font de même l'orang-outang ou le singe, qui se sentent aussi , dans leurs forêts , les plus adroits de tous les animaux ?
Personne ne l'ignore, l'orang-outang (1) etle singe ont Tair d'être toujours occupés, toujours affairés. L'orangoutang, plus sérieux , arrache sans cesse des bâtons sur les arbres qui lui conviennent ; il va choisir les meilleurs fruits, et s'il peut entrer dans une butte d'hommes vivant à l'état sylvestre, comme les sauvages et les nègres, il leur enlève une femme, qu'il transporte sur ses bras nerveux au milieu des arbres de la forêt; le, après avoir satisfait sur elle ses propres appétits, il lui jette des fmits et l'abandonne.
Le singe fait des grimaces, comme si, pour le succès de ses occupations pressantes, il avait besoin d'exprimer des idées pour lesquelles la parole lui manque ; il parait mépriser les autres animaux et leur tendre des pièges, comme s'il désirait les soumettre à ses bizarreries.
447. — Par la même analogie, l'homme sylvestre de la cinquième époque devait avoir des idées plus avancées sans doute que le lion, l'orang-outang ou le singe. Entre autres idées, il avait assurément celle de sa propre supériorité; et soit qu'il eût la parole ou une partie seulement de la parole, juste ce qu'il en fallait pour se faire comprendre des autres êtres de sa race, il est certain que cet homme-animal (car nous ne voulons pas dire simplement Vhomme, et cela avec d'autant plus de raison qu'il n'est pas encore tel que nous le voyons aujourd'hui), cet homme-animal donc avait des vues au-dessus des autres animaux. Mais quel pouvait être le premier acte de diversion qu^il devait faire pour se singulariser, puisqu^l se trouvait exactement dans les mêmes conditions sur la terre ?
Ce premier acte a été de déposer ses nécessités naturelles dans une localité spéciale, choisie à l'exemple des grands oiseaux, soit pour ne pas être offensé de l'odeur désagréable des ordures, soit pour d'autres causes que nous verrons ; et de ce
({) Voyez la note P, à la fin du volume.
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fait il nous reste des preuves incontestables, d'où ressort évi demment, chez cet animal, une première lueur d*intelligence.
«8. — En effet, Tindustrie et le commerce ont trouvé que le ni ire est rare dans nos climats; la science a reconnu que sa production est lente et difficile ; le commerce alors a cherché et a trouvé le nitre en grande abondance dans l'Inde, et surtout en Tarlarie et en Egypte, La science, après examen de ce produit, a déclaré que le nitre ne se forme que des détritus, principalement des animaux et des végétaux réunis, et ne se développe qu'après leur fermentation, lente et élaborée par le travail des siècles.
Or, comme nous découvrons de nos jours des amas immenses de nitre en Asie, en Afrique et en Amérique, et spécialement en Tartarie et en Egypte , ces dépôts , faute de fossiles plus explicites, parlent d'eux-mêmes, et nous fournissent la preuve et les traces d'une grande population ancienne habitant ces plateaux de la terre dans la cinquième époque.
U9, — Pourquoi cette population aurait-elle en l'idée de déposer ses détritus naturels dans des lieux particuliers? Rien n'est plus facile que de répondre à cette question. D'abord ces lieux devaient être de- grandes excavations, ou des cavernes , ou des précipices profonds qui abondaient à la suite des éboalements passés (1); car les amas de nitre nous expliquent positivement une pareille origine.
Or, l'homme sylvestre ne pouvait, à son début sur la terre, jouir que d'une dose assez faible d'entendement; deux besoins impératifs étaient les seuls objets de sa pensée et le sujet de ses occupations , c'est-à-dire manger, et rendre se» digestions.
Pour manger, il n'avait qu'à ramasser les fruits des arbres et de la terre. Toutefois, il remarqua qu'il faisait son choix
(1) Ce qui était à la cinquième époque le fond d'un précipice a pu devenir, à la sixième, le niveau du plateau et même la cime d'une montagne, par Teffet des soulèvements que nous avons souvent indiqués.
plus facilemml et mieux que les autres anioiaux , et qa il pouvait, par son agilité et son adresse, regarder le ciel et grimper sur les arbres, casser les branches et exécuter toutes sortes d'évolutions impossibles aux quadrupèdes.
Il observa , en outre, que les quadrupèdes laissaient le produit de leurs digesti<ms partout où Je besoin le demandait : l'homme sylvestre , se sentant supérieur , ne voulut pas imiter en cela le quadrupède; ce fut la première idée qui le poussa à agir comme nous Tavons expliqué , mais c'était aussi le seul acte difTérentiel qui lui fût possible à ce moment pour se distinguer à ses propres yeux, car pour tout le reste, ainsi que *nous l'avons dit, il était fatalement forcé de copier les autres animaux»
Ainsi, sa conduite , dans cette circonstance (1), a été le premier pas , le premier acte d'une action spontanée de son entendement supérieur aux quadrupèdes; peu t-étre aussi que les grands oiseaux, qui opéraient ainsi sous ses yeux ^ ontcon^ tribué à lui en fournir ridée.
Cet acte , continué de génération en génération , est devenu un devoir pour les enfants par respect pour la disposition paternelle, et dans la suite il a fini par être un devoir de religion.
450. — Quelque faible qu'ait été l'entendement de Thoi»me sylvestre, son second mouvement de réflexion l'a porté à
(1) Si nous nous trouvions nous-inômes aujourd'hui, toul civîliséa que nous sommes, sur le même Verràm et dans les mêmes conditions que ces animaux, il nous serait impossible de rien faire de différent de ce qu'ils font; car pour manger nous aurions l^es mêrpes fruits, la même eau pour boire, le même sol pour lit et le même ciel pour toit. Un seulacte dépendrait de notre voloïilé, et nous le remplirions assurément : ce sérail de déposer nos digestions dans un endroit à pari; pour tout le reste, nous serions soumis à une nécessité fatale, et nous ferions ce que font les antres animaux , justïd'à ce que nous eussâoil^ obtenu des moyens d'amélioration.
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aperçevoir.q^u'il r^d»ii à la terre ce cpt'elle \m avait fourni ^ mais (|u'il faisait cette restitulioa sous uae forme différentt^ de l'objet qui était eiitré dans son corps > ce4te matière^ qui avait soutenu et fortifié son corps et soriajt de lui comiMune ^rabondàflce, niéritait ses remerctmeBts; et sa reconnaissance lui insinuant df regarder cette traosfprmatioja comn^ un roirade, il en a fait le premier objet de ses adorations.
Delà vient le culte des excréments, qui s'est conservé longtemps aussi dans la sixième époque, à tel point que les Indous adorèrent et adorent peut-être encore aujourd'hui les produits excrémentiels de la chaise percée du grand Lama, qye les prêtres vendaient aux fidèles sous forme de poudre renfermée dans de petites boites , ou sachets , précieuses amulettes bien dignes, en effet, des adorations de Thommel... (1).
iSI. — L'entendemeat borne des animaux quadrupèdes iodique assez qu'ils n'ont jamais pu avoir l'id^ d'aller déposcor dc^QS un lieu particulier leurs excréments ; toutefois, nous avons vu l'instinct porter les oiseaux à faire des dépôts de cette nature; à plus forte raison , à n>esureque l'instinct s'est développé, Têtre animal, ou l'animal-homme, a naturellement accompli cette action comme un premier signe de son intelligence; il reste plus que prouvé que ce fait a été l'acte d'une population humaine.
Ainsi s'expliquent les amas énormes de nitre que les siècle ont produits; ces matières animales nous montrent, par leur situation actuelle , les points du globe où les races humaines primitives séjournaient par peuplades considérables dans la cinquième journée.
^52^ — Çe$ pi^emiers êtres 4e la race humaine sauvage étaient grands de taille ; les besoins de leur appétit devaient être relatifs, et conséquemment leurs évacuations abondantes.
(i) Voyez la note Q , à la fin du volume.
Pour satisfaire la faim avec Taccroissement des générations , les fruits des arbres ne suffirent plus. Voyant les grands animaux attaquer et dévorer les petits, l'idée leur vint de faire de même, et l'adresse suppléant à la force, ou la secondant , ils inventèrent la chasse et la pêche , qui fournirent à leur nourriture les animaux, les poissons, le gibier que F instinct leur faisait rechercher.
453. — Pour prendre le poisson, rhomme sauvage se sert de branches d'arbre ; un arbre, creusé par Tâge ou par la foudre et amené sur le rivage par les vagues, lui donne l'occasion de s'avancer sur l'eau pour pêcher plus loin ; voilà là pêche et la navigation dans leurs premiers essais.
Un bâton lui sert pour prendre les oiseaux et tuer de petits animaux; Vunion de plusieurs sauvages munis de bâtons leur procure la force et l'adresse pour combattre les animaux carnassiers et apprendre aux quadrupèdes , même les plus terrir blés par la force et la taille, que dorénavant ils seront soudais à l'homme. ^
454. — Les premiers hommes sauvages remarquèrent les orages^ les tempêtes, qui étaient fréquentes et terribles à cette époque; l'éclair et la foudre qui enflamment et brûlent un arbre, leur inspirent l'idée du feu; ils saisissent ce feu allumé sous leurs yeux, voient avec quelle facilité il se communique à des végétaux desséchés ; deux morceaux de bois dur, frottés avec force au milieu d'une atmosphère brûlante, leur fournissent également le feu; deux cailloux solides font jaillir des étincelles qui embrasent des feuilles ou des écorces sèches; ils se rendent maîtres de ce feu auquel ils devront bientôt l'idée de faire cuire les aliments et plus tard de former des outils : de là l'industrie dans sa première enfance.
455. — Le climat très-chaud , la terre presque ardente, permettent aux hommes sauvages de vester toujours «us; mais, dans leurs chasses au milieu de forêts épaisses.
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il y avait des plantes épineuses ; Tidée vint de couvrir avec les plus grandes feuilles des arbres les parties du corps les plus sensibles; cette idée fournira plus tard celle de se couvrir avec des peaux d'animaux, et ensuite de tisser des brins d'herbes^ puis réunir des filaments de plantes et plus tard filer du chanvre, pour se faire des couvertures, des toiles, etc., qui ont servi à envelopper leurs corps, et des filets pour prendre les poissons et les oiseaux;
456. — Les cavernes, très-nombreuses, offrent des retraites pour la nuit; l'ombre des montagnes et celle des grands arbres présentent la fraîcheur que nos hommes sauvages cherchent, en se mettant à Tabri des rayons d'un soleil ardent; cette ombre, ces cavernes donnent l'idée de faire des huttes avec les arbres et les branches : premier pas à Fart de la construction.
457. — L'homme sauvage n'est pas seul au milieu des bois ; un instinct l'entraîne vers sa compagne ; la nuit les enveloppe de son ombre; la nature commande, elle est obéie; Texistence de Thomme est doublée, elle est triplée au bout de neuf mois ; le nouvel être auquel ils ont donné le jour aura besoin pendant longtemps de lait, de secours, de soins.
Pourquoi le père n'abandonne-t-il pas ce petit, comme le bœuf, qui oublie son veau et le laisse à la mère sans plus y songer? Parce que Thomme sauvage voit cette petite créature mieux faite, dans ses formes en miniature, que lui-même qui en est l'auteur ; de son admiration est née un sentiment, c'est Famour paternel ; les feux de ce sentiment s'allument et s'animent par une action mutuelle ; un lien durable se crée ; le partage des plaisirs et des peines est établi : la famille est formée.
458. — Les petits grandissent, le père domine, il est chef dans la famille, il donne des signes de commandement ; on
obéit, Tautorité et la subordination sont établies. Le nombre des individus augmente^ la race s'étend, elle trouve des êtres semblables dans d'autres contrées ; la société se forme.
459. — La réunion d^ hommes sauvages présente biwtôt un chiffre nombreux d'individus de la même espèce ; m se communique ses sensations et ses désirs; on se divise, et bientôt r^pèce est ivoj^ nombreuse sur plusieurs points du glotbe; de là, des querelles et des désunions; les combats commencent^ et avec eux s'allument les guerres de destruction, entre les individus de la même race.
460. — C'est ainsi qua existé et péri partiellement la race des hommes préadamites (1), géants de taille, et sur lesquels nous n'avons eu jusqu'à présent d'autres renseignements que les récits mythologique et les fables des poètes de l'antiquité, mais qui nous ont laissé des preuves irrécusables ^e leur existence dans les amas de nitre analysés par la science- Ce^ populatipns cint dû être trës-npmbreuses; elles ont à peu
près disparu avçc les s^utr^ êtres da la cinquième époque, m moment ^u grand catacJysiiie qui a terminé ce jour nnéwor»^ ble àfi la Bible, et ouvert la brillaqte aurore du dixième jiNir de la création.
(1) Ypyez la note R, à la fin du vohime.
SIIIËME JOUR
RÉ6NE DÉ L'HOMriC
Tout se tient, tout s'unit : un nœud mystérieux Joint et le ver et l'homme , et la terre et les deux ; L'Étemel, dans ses mains, tient cette chaîne immense Que termine l'insecte et que l'homme conmience.
Chènedoluê, Le Génie de C Homme,
O mystère profond des enfances sublimes!
Qui fait naître la fleur au penchant des abimes?
Qui donc prend par la main un enfant dès l'aurore Pour lui dire : -^ < En ton &me il n'est pas jour encore , Enfant de l'homme! Avant que de son feu vainqueur Le midi de la vie ait desséché ton cœur, Viens, je vais t'entr'ouvrir des profondeurs sans nombre! Viens , je vais de clarté remplir tes yeux pleins d'ombre ! Viens, écoute avec moi ce qu'on explique ailleurs. Le bégalment confus des sphères et des fleurs. Car, enfant, astre au ciel ou rose dans la haie, Toute chose innocente ainsi que toi bégaie ! Tu seras le poète, un honmie qui voit Dieu. Ne crains pas la science, âpre sentier de feu.
Ne crains donc pas l'ennui ni la fatigue, — viens; Ëcoute la natiure aux vagues entretiens. 2>
Vktqr Hugo, Les Rayons et Us Ombres.
BieilE DE L'HOMME